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Concerts: compte-rendu
Crocodiles entre deux eaux au Bota
/ paru le 28/09/2015 /
Article le plus lu du trimestre à propos de: Concerts
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Crocodiles au Bota en septembre. Un air de déjà vu puisque voici déjà la troisième fois en quatre ans que le groupe emmené par Brandon Welchez pose ses amplis dans le complexe de la rue Royale le mois de la rentrée. Ils étaient cette fois à la Rotonde ce jeudi 24.

Et on peut dire que l’on a eu de la chance car, exclusivement pour un soir, ils ont été rejoints par leurs copines de Pins, des nanas originaires de Manchester signées sur le très respectueux label Bella Union et dont le deuxième album ("Wild Nights") a été chaleureusement accueilli par la critique.

Mais on ne peut pas parler d’elles sans d’abord évoquer leur image. Trois blondes décolorées se trouvent aux avant-postes, dont Faith Holgate, la chanteuse au look de secrétaire modèle et aux jambes interminables. Derrière elle, la batteuse arbore une coiffure empruntée à Martin Gore au milieu des années 80 alors que celle de la claviériste renvoie à la célèbre coupe au bol de Mireille Mathieu.


Ceci dit, lorsqu’elles se concentrent sur leurs instruments, c’est la musique qui capte notre attention. Froid et sombre à l’instar de "Baby Bhangs" (le titre d’intro), leur environnement se voit toutefois nuancé par des harmonies vocales discrètes (le single "Dazed By You" en est un parfait exemple). Parallèlement, le timbre de voix vindicatif de la chanteuse (on pense très fort à Siouxsie) mène l’ensemble dans des reliefs rugueux qui atteindront leur paroxysme sur "Hybrid Moments" au final très Clash. Car les guitares ont clairement leur mot à dire dans l’ADN d’un groupe que l’on rangera au sein de la même catégorie qu’Alvvays et Veronica Falls par exemple.

Les Californiens de Crocodiles ont sorti au printemps dernier "Boys", une cinquième plaque qui contrecarre quelque peu la direction de plus en plus poppy qu’ils avaient empruntée avec "Endless Flowers" en 2012 et "Crimes Of Passion" l’année suivante. Plus complexe et travaillé avec de surprenantes incursions (psyché, groovy, touches électroniques), il montre que le groupe n’a, en studio en tout cas, plus du tout l’intention de construire le mur du son qui nous avait tant impressionnés au début de leur carrière.


C’est pourtant avec l’impeccable "Mirrors" qu’ils vont prendre la Rotonde à la gorge d’entrée de jeu, alarmant d’emblée nos tympans. Brandon Welchez, veste en cuir et chevelure en brosse accentuant la ressemblance avec son homonyme des Killers en plus maigrichon, semble bien décidé à en découdre. Faux rebelle, il sera même plutôt souriant, à défaut d’être bavard.

Cette phase noisy qui leur sied à merveille formera sans surprise les moments forts de la soirée. On se régalera à l’écoute des bombes que sont "Billy Speed", "Refuse Angels" aux généreux larsens ou le récent "Do The Void", qui renverront aux meilleurs moments de Black Rebel Motorcycle Club. On surprendra le leader à triturer son sequencer en y sortant des sons bidouillés alors que ses cris stridents sous reverb dans le micro seront légion.


En parlant des nouvelles compositions, celles-ci confirment que les natifs de San Diego ont d’abord cherché à se réinventer. Entre un "Foolin’ Around" presque funky, un "Kool TV" que n’aurait pas renié Beck sous la contrainte d’une pédale disto et un "Crybaby Demon" limite oriental, ils ont mis en avant la diversité et les détours sonores, avec plus ou moins de bonheur. De son côté, la veine pop de "Peroxyde Heart" se mariait parfaitement avec le très Dum Dum Girls "Marquis De Sade" (ah, l’influence de Dee Dee…) et le côté séduisant sombre de "Me And My Machine Gun".


Le set principal se clôturera via un glacial "I Wanna Kill" aux généreux relents de Joy Division. Ils reviendront toutefois bien vite sur scène en invitant les nanas de Pins à les rejoindre (elles regardaient le concert dans le public jusque-là) pour une reprise délirante et musclée de "Jet Boy, Jet Girl" ("Ca Plane Pour Moi" en anglais). Et puis basta. Quarante-cinq minutes (le tarif habituel) et un léger goût de trop peu au final…
Photos © 2015 Denoual Coatleven

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