The Sisters Of Mercy : un mystérieux phénomène
Date: 08/09/2017 à 00:00
Catégorie: Concerts

Question. Quel groupe peut se targuer de remplir l'AB deux soirs d'affilée lors de ses passages en Belgique sans avoir sorti de nouvel album depuis plus de vingt-cinq ans ? Réponse : The Sisters Of Mercy qui ont remis le couvert ces 4 et 5 septembre. Retour sur la première de ces deux dates.

À vrai dire, on n’avait au départ pas prévu de se retrouver au beau milieu de corbeaux nostalgiques arborant fièrement le t-shirt de leur groupe favori (souvent en version XXL). En tout cas jusqu’à ce que la première partie soit annoncée, transformant du même coup la soirée en double affiche avec Therapy?, de retour aux affaires courantes après une parenthèse acoustique qui avait fait escale au Bota l’an dernier.

En quarante minutes et douze uppercuts (à l’exception de "Diane"), les éminemment sympathiques Irlandais ont fait le boulot en chauffant les oreilles d’un public déjà très nombreux à l’heure de l’apéro. Il est vrai qu’ils ont toujours été particulièrement populaires par ici, se produisant de nombreuses fois à guichets fermés dans cette même salle. Ceci dit, les voir débuter à froid en gardant un œil sur l’horloge (ils avaient pourtant annoncé via Twitter qu’ils débuteraient un peu plus tôt pour jouer plus longtemps) n’a pas tout à fait eu l’effet escompté.

Malgré l’évidente bonne volonté, un son trop brouillon (rare à l’AB) et trop puissant ainsi qu’une voix à la limite de la justesse ont rendu la prestation du trio (augmenté d’un quatrième larron officiant dans l’ombre) moins captivante qu’à l’accoutumée. Pourtant, ils avaient adapté leur set à la philosophie de la soirée, ne jouant qu’un seul titre postérieur à 1999 ("Still Hurts", la plage qui ouvre leur dernier album en date, "Disquiet"), les classiques "Troublegum" et "Infernal Love" se taillant sans surprise la part du lion ("Screamager" et "Stories" en tête). Pointons aussi "Sister" et "Potato Junkie" ("James Joyce is fu**ing my sister"), deux clins d’œil aux hôtes de la soirée. Ou pas.

En plus d’avoir déjà joué deux soir d’affilée à l’AB, les Sisters Of Mercy ont assuré la tête d’affiche du Sinner’s Day l’an dernier. Manifestement, cette surexposition n’a pas l’air de lasser les fans purs et durs du groupe d'Andrew Eldritch qui ont l’air de ne vouloir manquer ces célébrations pour rien au monde. Ceux-ci vont s’empaqueter devant la scène et exploser dès le refrain de "More", le titre qui mettra d’emblée le feu aux poudres au travers de pogos aussi endiablés que spontanés. "Ribbons" et "Detonation Boulevard", dans la foulée, vont même nous priver de l’espace minimum vital nécessaire pour vivre le show dans des conditions optimales.

Les choses se calmeront quelque peu par après au son de l’excellent "Crash And Burn" (un des titres inédits - encore que, joué en live depuis quelques années - du set, avec "Summer" et le sinistre "Romeo Down"). L’occasion d’observer la scène qui, pour une fois, ne sera pas trop hantée par les fumigènes et fera la part belle aux faisceaux lumineux. On y remarquera des miroirs suspendus qui, à l’instar du set-up des récentes prestations de The xx et de Phoenix, permettent d’apercevoir l’envers du décor. Même si ce soir, le seul musicien visible via leurs reflets sera celui en charge de Doktor Avalanche, la célèbre boîte à rythme aux sons, avouons-le, par moments désuets.

Andrew Eldritch, crâne en forme d’œuf et lunettes de soleil inamovibles, va inlassablement arpenter la scène, ne s’arrêtant au bord de celle-ci que pour croiser un projecteur (et ainsi obtenir un effet visuel flippant) ou provoquer des larsens. S’il est toujours aussi taiseux entre les compositions, il risque de bientôt le devenir pendant, tant sa voix semble de moins en moins fiable. À ses côtés, deux guitaristes hors pair vont s'éclater en balançant des riffs tout en pavanant (Ben Christo finira en singlet et se servira du baffle de retour comme pose-pied quasi permanent). On a connu des moments plus austères dans le chef du groupe.

Musicalement parlant, les hits affoleront bien entendu l’assemblée, de "Walk Away" à "First And Last And Always" en passant par "Dominion / Mother Russia". Ce titre, à l’instar du "Tower Of Strength" de The Mission (le groupe de Wayne Hussey, une vieille connaissance d’Andrew), va générer de véritables pyramides humaines. À ce propos, rendons hommage au pauvre type qui a porté sur ses épaules non pas une, mais deux personnes au milieu d’une foule en délire. Retenons également une cover hypnotique du "Rumble" de Link Wray et une autre, nettement plus nerveuse, du "That’s When I Reach For My Revolver" de Mission Of Burma, déjà dépoussiéré par Moby il y a une vingtaine d’années, lors des premiers rappels.

Ceux-ci débuteront avec un des rares titres downtempo du set, "Something Fast", repris en chœur par des spectateurs désormais assimilés à des disciples avant que "Temple Of Love", le dernier véritable hit du groupe en… 1992 ne fasse remonter la température. Curieusement, au terme de celui-ci, les musiciens quitteront la scène dans l’indifférence quasi générale, générant quelques cris et à peine plus d’applaudissements.

Le pire, c’est que le même phénomène se produira à la fin de "This Corrosion", en clôture de la deuxième salve de rappels qui avait fière allure avec deux autres hits, "Lucretia My Reflection" et un fougueux "Vision Thing". Cela ne perturbera pas outre mesure Andrew et Christ Catalyst, le second guitariste, qui vont se lancer dans un ultime titre acoustique, "Wichita Lineman", une cover de Jimmy Webb, quelque part entre "Ziggy Stardust" et "Wonderwall".

Renseignements pris, la prestation du lendemain sera d’un meilleur niveau, à plusieurs égards (set-list, voix, son,…). Ceci dit, cela n’est toujours que du travail à mi-temps… Andrew Eldritch ne songerait-il pas tout doucement à prendre sa pension ?


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