Le cas Tricky
Date: 26/12/2017 à 00:00
Catégorie: Concerts

Notre dernière sortie musicale de 2017 nous a conduits au Depot de Leuven ce mardi 19 décembre pour la visite de Tricky. Auteur d'"Ununiform", un excellent nouvel album d'ores et déjà assuré de figurer dans notre top de l'année, allait-il réussir à bouleverser celui de nos meilleurs concerts ?

Il se passe toujours quelque chose à un concert de Tricky. Ainsi, en janvier 2015 à l’AB, il a étalé son aversion aux selfies en balançant le smartphone d’un fan un peu trop insistant lors d’une invasion de scène. L’année suivante au même endroit, on s’est retrouvés dans sa loge en train de converser de mille et une choses (deux règles cependant : pas de photos et pas un mot sur sa musique) en l’aidant à venir à bout de son rider. Autant dire que les attentes étaient élevées.

Malheureusement, le kid de Bristol livrera un set inégal ce soir. Si l’on est désormais familiers à un environnement visuel désespérément sombre dans lequel le rouge et le bleu se disputent la palme, on l’est un peu moins à ses absences. Visiblement défoncé, il passera la moitié du concert dos au public, s’imprégnant notamment de "Vybes" joint au bec après une intro reggaeton un peu hors propos balancée avec un bon quart d’heure de retard sur l’horaire.

Et quand il quittera la scène moins de de quarante minutes plus tard, on a vraiment pensé qu’il se payait nos têtes. D’autant qu’entre-temps, la plupart de ses interventions étaient quasi inaudibles. Et quand elles ne l’étaient pas, on le soupçonne d’utiliser subrepticement la technique du lipping. Dans le cas contraire, quel subterfuge trouve-t-il pour que sa voix reste intacte pendant qu’il se caresse le torse à l’aide du micro sous son maillot de basketteur…

Ceci dit, un ange blond va rattraper les manquements et sauver la soirée d’une voix limpide proche de celle de Roisin Murphy. Elle éclaircira ainsi l’excellent "Armor" et accentuera la vision pop synthétique du prenant "Nothing’s Changed" tout en répondant aux murmures de son boss. Entre-temps, elle sublimera la cover de Hole ("Doll Parts", abrégé en "Doll") et apportera de la douceur au cotonneux "Running Wild" serti d’influences trip hop marquées. Mais la dextérité du guitariste sera également essentielle à "Parenthesis" (dont il assurera également les vocaux) et "Here My Dear" notamment.

C’est à ce moment que tout partira en vrille. En effet, ni Tricky ni son guitariste ne jugeront utile de remonter sur scène pour le premier titre des rappels, laissant le soin à la vocaliste et au batteur le soin de peaufiner "Overcome", bien aidés par des bandes omniprésentes. Puis la star de la soirée (ou considérée comme telle) se contentera d’écouter "My Palestine Girl" diffusé dans les haut-parleurs en regardant ses musiciens. Un moment surréaliste que les riffs nerveux de "Dark Days" (on pense à l’intro de "Rocks" de Primal Scream) et le caractère hypnotique de "Sun Down" pardonneront toutefois.

Le second rappel sera de nouveau entamé sans les deux rebelles mentionnés plus haut. Ceux-ci rejoindront tout de même leurs camarades plus ou moins rapidement avant de se plonger dans une version extra-longue de "Vent" pendant laquelle le chanteur aux bras abondamment tatoués s’appropriera les deux micros de la scène et alignera des séquences d'air-boxing dont il a le secret. Le tout se terminera de façon bordélique et embrumée lors d’un troisième rappel qui verra le groupe revisiter le "Do You Love Me Now?" des Breeders aux multiples rythmiques pendant une dizaine de minutes tout en abandonnant "Black Steel" sur la set-list. Imprévisible, le Tricky. Mais un peu trop que pour chambouler notre classement des meilleurs concerts de l’année…


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