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ARCHITECTURE IN HELSINKI - Places Like This
/ paru le 09-09-2007 /

Comme I’m from Barcelona, un groupe suédois, la nationalité de Architecture in Helsinki n’a aucun rapport avec son nom, qui aurait été formé par découpage de mots dans le journal, puis assemblage dans un certain ordre par Cameron Bird, leader charismatique et fondateur du groupe. Pur produit d’un marketing friand de modes, le nom est en partie le fruit du hasard. Au départ, ce sont des adeptes du jeu d’échec qui ont décidé de faire de la musique. Voilà pour l’anecdote.

Le groupe, souvent renforcé en studio par une flopée de musiciens, nous vient d’Australie. On s’étonne moins de l’ampleur de leur musique, un mélange qui ressemble à un chaos en principe savamment agencé de pop et d’expérimental. Ceci dit, l’album est excitant et somme toute, c’est ce qui compte. Il est issu de l’inspiration de musiciens multi-instrumentistes très créatifs et part un peu dans toutes les directions mais c’est précisément ce qui déroute et fait son charme. L’expérimental, c’est ça aussi : une musique déstructurée au service d’une idée plus forte qui la sous-tend.

En constant renouvellement, le groupe a réussi à créer un style à nul autre pareil. En tout cas, les idées fusent de partout et donnent une certaine ampleur à cette musique parfois dansante mais pas uniquement. Sur scène, les musiciens s’éclatent sans retenue et sortent de scène complètement exténués ; ça gesticule, ça crie, ça bouillonne, ça s’agite, ça vocifère, ça danse, ça disjoncte, ça dérange et les musiciens terminent le set en nage. Bref, ça vit. Le groupe amuse et s’amuse. Le public, lui, en a pour son argent. Petite ombre au tableau : tout le monde n’est pas réceptif à ce genre de musique et pour le groupe, il vaut mieux ne pas viser le grand nombre mais se cantonner dans un phénomène de niche.

L’album débute par des bruits qui font penser à un feu d’artifice sur « Red Turned White », un morceau qui démarre par des gimmicks tonitruants. Influencée par le hip hop et le rap, la voix énonce des phrases plus qu’elle ne les chante, sous un déluge de sonorités diverses et de percussions qui surgissent de partout au moment où on les attend le moins, comme si chacun jouait une partition différente. Puis le propos glisse tout en douceur et le morceau se termine dans le calme. Première surprise.

« Heart It Races » relève plus de la musique tribale. Les chœurs qui évoluent dans l’aigu apportent leur part de dépaysement pour céder la place à une voix féminine aérienne qui s’énerve progressivement et vocifère au milieu d’arrangements biens pensés. Vers la fin, une voix lui répond par des « da da da da » ponctués par un « boum » tranchant. On n’invente rien. La world music au service de l’expérimental.

« Hold Music » change encore de style et fait penser à une sorte d’extrait de comédie musicale où les choeurs complètent le tableau kitsch, un peu comme les Scissor Sisters ont l’habitude de le faire. Les voix s’entremêlent pour former des agglomérats vocaux ponctués par les cuivres et par des bruitages bizarres. Tous s’éclatent et on pense par moments à Split Enz, le groupe expérimental des seventies né en Nouvelle-Zélande, l’île voisine. Mais ici, grosse différence, l’emphase et le pompeux sont la règle.

« Feather In A Baseball Cap » débute par de petits thèmes musicaux joués au synthé et ponctués par une mélodie qui va et vient au gré de la vague. Vient se greffer là-dessus la voix rythmée par les bruitages et les thèmes saccadés de la musique, littéralement parsemés de gimmicks où le synthé garde la main et fait la pluie et le beau temps.

Le climat de « Underwater » est plus sombre et comporte des bruits inquiétants, comme si on y abordait la survie de l’humanité tout entière. Cette cacophonie évoque à la fois la Tour de Babel et le chaos et la voix émerge par moments sur ce magma informe. C’est très innovant et très tendance mais le final en forme de soubresauts fait froid dans le dos. Deuxième surprise.

Sans transition, « Like It Or Not » est très déjanté et ne ressemble à rien de connu. Cela s’anime rapidement et la voix du chanteur fait penser de très loin à celle de Mick Jagger, seule concession à une musique rock hélas devenue commerciale. La partie festive disjoncte complètement et se termine en un bouquet final plus serein. En passant, on se dit que sans la pression furtive exercée par le Net, ce groupe n’aurait sans doute pu atteindre la notoriété.

« Debbie » concède encore quelques phrases musicales plus proches de la pop mais rapidement, la voix de falsetto disjoncte de nouveau et les cris qu’elle profère trouvent un écho dans des chœurs qui n’ont rien de mélodiques. On est plus proche du jazz et des improvisations farfelues brouillent les pistes pendant que le rythme s’accélère progressivement. La fin abrupte dément tout ce à quoi on a pu penser pendant le reste du morceau. Bien joué. Troisième surprise.

Primesautier, presque guilleret, l’afro-pop « Lazy (Lazy) » adopte très vite un style complètement décapant ponctué de bruits de voix qui ressemblent à des aboiements émis en cadence mais le morceau se termine en catimini sur un rythme lent.

« Nothing’s Wrong » évoque aussi les joyeuses musiques africaines rythmées par le tam tam mais pendant que la voix masculine s’énerve, les voix féminines dirigent le morceau vers une tournure plus classique, genre mélange concocté par Xiu Xiu ou Blonde Redhead. On assiste ensuite à une débauche de bruits insolites jazzifiants et on se dirige vers une fin tronquée. C’est tout le paradoxe de l’underground quand il remonte à la surface. Il n’empêche que ça frise le génie.

A peine plus calme et toujours un peu déjanté, « Same Old Innocence » tente de ramener l’église au milieu du village mais c’est peine perdue : l’exubérance est à son comble et la musique imagée évoque les gesticulations qui l’accompagnent et donne envie de voir le groupe sur scène. C’est seulement vers la fin que le combo retrouve sa sérénité. Brillant et quatrième surprise !

On se retrouve ainsi à la fin d’un album très court qui ne prend pas la peine de s’étirer en longueur : tout a été dit. C’est l’album le plus percutant de Architecture in Helsinki. Le précédent, « In Case We Die », était beaucoup plus calme et plus « dans la norme ». Depuis, ils se sont encanaillés et ont perdu une partie du personnel. Ce groupe volubile, en apparence incohérent, semble savoir où il va. En tout cas, on en redemande. Puisse-t-il ne pas être récupéré par le système. Encore un détail : on doit l’excellente cover futuriste à Will Sweeney, un diplômé du réputé Royal College of Art. Il a déjà travaillé pour Stephen Malkmus & The Jicks, notamment.

Architecture in Helsinki sera au Koko de Londres le 10 septembre, au Concorde 2 de Brighton le 16 septembre et à La Maroquinerie de Paris le 18 septembre 2007. Comme ils sont venus cette année au Botanique et au Pukkelpop, il n’y a plus rien de prévu pour la Belgique. Pour être honnête, leurs prestations ont été commentées en sens divers. Tout le monde n’est pas réceptif à leur bordel organisé.

MM
Pays: AU
V2 5033197479224
Sortie: 2007/08/13


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Dynatop
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