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CHRONIQUES

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CURE (The) - The Cure (special edition)
/ paru le 20-07-2004 /

Le line-up actuel comprend Robert Smith (chant, guitare), Simon Gallup (basse), Perry Bamonte (guitare), Jason Cooper (batterie & percussions) et Roger O’Donnell (claviers).

Ceux qui ont eu la chance de voir The Cure en concert, à Werchter ou ailleurs, savent que sur scène ses membres ne se roulent pas par terre. Ce n’est pas leur style et ils n’ont pas besoin de ça. Ils jouent leur musique, c’est tout. Elle s’adresse au cerveau, pas à la moëlle épinière.

Classé punk rock, goth rock, new ou cold wave, alternative rock, post punk ou college rock, The Cure ne répond complètement à aucune de ces définitions réductrices; s’il est vrai qu’il a traversé ces époques sans dommage, c’est dû au caractère génial, intemporel et universel de la musique créée par Robert Smith. Le personnel change, la musique évolue mais reste le reflet de son évolution personnelle.

Entrer dans son univers n’est pas une sinécure. Cet hypersensible change au gré de ses états d’âme, dont il transpose les moindres soubresauts dans sa musique. Qu’y a-t-il de commun entre le LP « Three Imaginary Boys » flanqué de ses pictogrammes sans titres et le CD « The Cure » agrémenté de ses très beaux dessins d’enfants ? Pas grand-chose, sinon le talent, la griffe du maître et son désir permanent d’innover.

A ce sujet, la cover photo possède une valeur hautement symbolique. Elle comporte une dimension descriptive - quand il crée un dessin, l’enfant s’y consacre spontanément sans se demander s’il sera ressemblant et si on l’aimera - et une dimension normative : l’artiste doit se comporter comme l’enfant et s’investir instinctivement et totalement dans le processus de création sans se soucier du « qu’en dira-t-on ? ». C’est une condition de réussite indispensable.

Marqué par la co-production de Ross Robinson (Korn, Limp Bizkit, Sepultura, At The Drive In, Slipknot) dans sa facture moderne et actuelle, l’album reste néanmoins frappé du sceau de Robert Smith. Ceux qui avaient des craintes peuvent être rassurés : ça ne ressemble à aucun des groupes cités.

« Lost » décontenance par son attaque abrupte, en jouant des distorsions et des effets de réverbération. Longue plainte d’abord, chanson criée à tue-tête ensuite, son mid tempo va crescendo pour se terminer brutalement et revenir rapidement à la normale. Le thème est la conscience que l’on peut avoir de soi-même. Selon le chanteur / compositeur / guitariste, ce morceau a été inspiré par le livre « The View from Nowhere » de Thomas Nagel, professeur de philosophie à l’Université de New York. Il y traite notamment de l’identité personnelle analysée d’un point de vue philosophique. Confronté à des sentiments parfois contradictoires, Robert Smith est en quête permanente de sa propre identité.

Si les thèmes traités restent les mêmes, on remarque d’emblée sur le plan musical la présence accrue des guitares par rapport aux claviers. Coulé dans une très belle musique arabisante répétitive, « Labyrinth » est une réflexion sur le sens des relations amoureuses projetées dans le temps. « Dis-moi que tu n’as pas changé, que rien n’a changé, que les choses sont toujours les mêmes. » Et plus loin : « Mais tu n’es plus la même, ou est-ce moi qui ai changé ? » Dans ce contraste au niveau des paroles, on retrouve, comme chez Alain Souchon dans la chanson française, la nostalgie du temps qui passe. Toujours ce thème récurrent qui le hante, dans un climat musical qu’il est seul, avec Peter Gabriel, à pouvoir moduler de façon aussi intense et modeler de façon aussi précise.

« Ce sont nos bons souvenirs, même lointains, qui nous maintiennent en vie », semble nous dire « Before Three », sur une musique mid tempo bien appuyée par la basse de Simon Gallup, très appliqué. La voix distordue et les guitares sont bien présentes mais elles doivent abandonner la vedette à la rythmique. « Même si les souvenirs des jours heureux s’estompent, ils nous permettent de survivre aux avatars de la vie. » En vieillissant, les souvenirs de Smith le rendent nostalgique et le conduisent à la recherche du temps perdu et révolu à jamais. Le monde change, c’est irréversible. Sur le thème de l’innocence perdue, on retrouve là tout le romantisme du chanteur.

La voix de Smith est toujours criée plutôt que chantée sur « The End Of The World ». Ce morceau musicalement plus faible, sorti en single, traite de la fin d’un amour, la fin du monde, en quelque sorte, pour ceux qui le vivent. Du moins pour un temps … Mais l’amour existe-t-il vraiment ? C’est un autre thème de prédilection de Smith. Il y revient plus loin dans l’album.

Le temps qui passe est réellement une obsession chez lui. Sur des effets électroniques dignes de Brian Eno, « Anniversary », où la présence des claviers est plus marquée, rappelle au couple dont il est question la même nuit passée un an auparavant. La dernière phrase, « Je ne te laisserai jamais partir », est le message ultime. Il ne faut pas l’oublier : chaque instant qui passe rapproche de la mort … Pas toujours marrant, Robert.

Sur le morceau suivant, l’atmosphère aérienne et un peu irréelle de « Us Or Them » crée une dramatisation propre au sujet traité, avec une rythmique saccadée et les cris stridents de Smith. Pour une fois, les effets spéciaux apportent un plus sur cette longue plainte chantée. C’est un refus de la guerre et des dirigeants belliqueux, qui s’appuient sur un sectarisme religieux qu’ils condamnent chez les autres. Tiens, encore un groupe qui apporte sa petite pierre à l’édifice ; on peut faire de l’introspection sans oublier la vie réelle.

« alt.end » participe à la dynamique nouvelle du groupe, même si c’est une fin plutôt qu’un commencement. Tous ses rêves sont devenus réalité, qu’y a-t-il à gagner à faire autre chose ? La voix de Smith est décidément déchaînée sur ce CD : il a retrouvé la pêche. Etrange paradoxe …

Empreint de romantisme, « (I Don’t Know What’s Going) On » est un peu plus calme et traite de l’amour entre deux êtres, sur une mélodie relativement facile à mémoriser. Est-ce ça, le bonheur ? Moulée au goût du jour, la très bonne musique de « Taking Off », sur un tempo rapide et très bien rythmé, poursuit sur le même thème : « Pourquoi chercher autre chose ? C’est ici et maintenant avec toi. »

Dans un déluge de guitares poussé au paroxysme, « Never » traite d’un autre aspect de l’amour. Chacun fait tout pour séduire l’autre mais ce n’est pas suffisant. Par ce contraste dans les paroles entre le début et la fin du morceau, il persiste et signe : l’amour n’existe pas.

« (I Don’t Know What’s Going) On », « Taking Off » et « Never » sont trois variations sur le thème de l’amour si souvent traité par Smith. Sur ces trois titres qui forment un tout, si la forme a changé, on retrouve pourtant la déprime et le désespoir très présents dans le reste de son œuvre.

Atmosphère grandiose et cris de détresse comme aux meilleurs moments de sa carrière « purple and blue » pour « The Promise » ! Après une intro instrumentale de une minute et demie, les guitares vrombissent et vocifèrent, la voix agressive et proche de la colère pousse des cris de désespoir et se fait oppressante, la section rythmique se surpasse pour créer une tension démentielle qui va crescendo, pour se terminer subitement dans un calme apaisant. Sur le plan des paroles, après de vaines promesses non tenues, la conclusion est qu’il n’y a pas d’amour. Mais le temps guérit de tout. Il ne reste donc qu’à attendre … A lui seul, ce titre génial vaut l’achat de l’album.

La magnifique ballade « Going Nowhere » confirme cette impression. En partie acoustique et tout en contraste, elle achève de laisser groggy et renvoie à la case départ ; où va-t-on ? On n’en sait rien, finalement. On y est peut-être déjà. Ce parallélisme avec la carrière du groupe est évident : The Cure est à la croisée des chemins ; il peut tout aussi bien arrêter que repartir vers de nouvelles aventures. Apparemment, ce dernier titre figure en « bonus track » uniquement sur la version « DELUXE EDITION ». Signalons encore que cet « enhanced CD » donne accès à un site secret sur lequel vous pourrez voir et entendre l’interview du leader du groupe.

Le DVD « Making The Cure » joint à cette version montre le groupe en répétition et permet de mieux cerner l’état d’esprit de ses membres. On y voit d’abord les roadies installer l’imposant matériel. Les musiciens vérifient dans les moindres détails si tout est prêt et font les dernières mises au point dans un fatras épouvantable. Ils se sont réunis dans un studio pour discuter de l’album et y travailler.

L’enregistrement a été fait au fur et à mesure en prise directe, comme s’il s’agissait d’un concert coupé en tranches. Détail amusant, on voit notamment le très consciencieux Jason Cooper lâcher une baguette pendant la répétition. Il continue à frapper ses tambours de la main droite pendant que Ross Robinson la ramasse, le tout sans interruption du morceau. D’après ce que l’on voit, les membres du Cure semblent de nouveau prendre du plaisir à travailler ensemble. Il est donc peu probable que ce soit la fin.

Titres du CD :

  1. « Lost »
  2. « Labyrinth »
  3. « Before Three »
  4. « The End Of The World »
  5. « Anniversary »
  6. « Us Or Them »
  7. « alt.end »
  8. « (I Don’t Know What’s Going) On »
  9. « Taking Off »
  10. « Never »
  11. « The Promise »
  12. « Going Nowhere »
Titres du DVD :
  1. « Back On (instrumental) »
  2. « The Broken Promise (instrumental) »
  3. « Someone’s Coming »
  4. « Credits »

MM
Pays: GB
I Am Records / Geffen Records 0602498629055
Sortie: 2004/06/29


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