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CHRONIQUES

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EYEHATEGOD - Eyehategod
/ paru le 25-05-2014 /

Ils reviennent! Appelez l’hôpital psychiatrique le plus proche pour réserver une chambre à l’année, car avec Eyehategod, quelques précautions médicamenteuses ne seront pas de trop pour soutenir à nouveau la vision malsaine et incroyablement lourde des choses professée par ce combo louisianais qui est tout simplement le père du sludge metal. La bonne ville de la Nouvelle-Orléans, non contente d’être la patrie d’un certain blues et du jazz du même nom, a en effet enfanté dans ses ruelles les plus sombres la frange maudite du métal lourd et lent qu’on appelle sludge et qui a trouvé ses parrains les plus marquants chez Eyehategod et ses concitoyens Corrosion Of Conformity, Crowbar ou Down. Corrosion Of Conformity est le plus ancien mais il fut d’abord hardcore punk, Crowbar commence à opérer au début des années 90, Down a à peine vingt ans d’existence et dans le lot, Eyehategod, formé en 1988, forge directement le créneau sludge à partir de riffs sabbathiens rendus encore plus épais et angoissants.

Le groupe, qui avait hanté les milieux sludge et hardcore durant les années 90 avec des albums fondamentaux et maladifs comme "In the name of suffering" (1992), "Take as needed for pain" (1993, son chef-d’œuvre), "Dopesick" (1996) et "Confederacy of ruined lives" (2000), avait rapidement trouvé une relative stabilité autour de Jimmy Bower (guitariste et fondateur incontesté du combo), Mike IX Williams (chanteur arrivé en 1992 et aussi célèbre pour ses addictions multiples que pour son chant geignard et crasseux), Joey LaCaze (batterie) et Brian Patton (guitare). Pour ce qui est du bassiste, les postes ont longtemps valsé avant que Gary Mader prenne les choses en main à partir de 2001.

C’est justement à cette époque qu’Eyehategod disparaît des écrans radars pour ce qui est de la production discographique. Il faut dire que le groupe a été particulièrement touché par l’ouragan Katrina qui ravagea la Nouvelle-Orléans en 2005. A cette occasion, le chanteur se fait serrer par la police pour possession de narcotiques et passe quelques mois à l’ombre. C’est Phil Anselmo, ex-chanteur de Pantera et à l’époque hurleur chez Superjoint Ritual, qui paie la caution pour le sortir du trou. On retrouve Eyehategod en concert mais toujours pas dans les studios tout au long des années 2005-2012. Au moment où le très attendu successeur de "Confederacy of ruined lives" est sur le point de sortir, un nouveau malheur frappe Eyehategod, avec le décès du batteur historique Joey LaCaze, victime d’une déficience respiratoire. Il venait de terminer les sessions de "Eyehategod", le nouvel album enfin disponible. Son successeur Aaron Hill (ex-Mountain Of Wizards, ex-Missing Monuments) a été présenté par Eyehategod comme nouveau membre permanent du groupe.

Evidemment, tous les amateurs de métal déviant et poisseux retiennent leur souffle au moment de la sortie de ce cinquième album studio en 26 ans d’existence. Que va donc donner un disque attendu depuis 14 ans? Eh bien, on ne boudera pas son plaisir d’entendre une musique toujours aussi sauvage, hargneuse et alanguie dans des riffs pesants et massifs. De ce point de vue, la marque de fabrique d’Eyehategod est bien présente. Le groupe piège son auditoire d’entrée de jeu avec un gigantesque "Agitation! Propaganda!" d’une rapidité supersonique et d’un hardcore destructeur. Suivent alors une série de morceaux typiquement sludge, bordés de riffs brontosauriens et agressés à coups de chant strident et haineux, signés de l’inégalable Mike IX Williams.

Mais dans "Trying to crack the hard dollar", "Parish Motel sickness", "Quitter’s offensive" ou "Nobody told me", on sent qu’Eyehategod tourne toujours autour d’un même pot, adoptant une formule faite de riffs hachés et de constants changements de rythmes. Certes, les tympans prennent leur dose réglementaire de décibels thermonucléaires mais cette approche qui manque de fluidité finit par briser les élans du groupe dont on attend toujours en vain une envolée ou une percée sans à-coups dans un couloir de son massif qui serait parcouru directement sans cette sorte de hoquet cassant un peu le rythme. Il est toujours difficile de revenir aux affaires après une longue absence. Entre-temps, les petits prétendants au trône (Mastodon, Down) ont eu le temps de laisser leur marque et le vieux souverain doit batailler dur pour rétablir son autorité sur le royaume. Avec cette politique qui consiste à aligner du riff, du riff et encore du riff sous des coups hachés de batterie, Eyehategod mouline un peu dans le vide mais met peu souvent des coups au but.

Heureusement, après une nouvelle poussée hardcore ("Framed to the wall"), Eyehategod entame un dernier tiers d’album plus en conformité avec son génie des débuts. "Robitussin and rejection", le long "Flags and city bounds", "Medicine noose" et le final "The age of bootcamp" montrent un Eyehategod ayant renoué avec les accords malsains et les hululements de guitare. Sans véritablement bouleverser leurs compositions finales par rapport à celle de la première partie d’album, Jimmy Bower et ses sbires reconstituent le son qui a fait la légende de leur groupe. C’est donc un come-back intéressant de la part du mythique Eyehategod, mais l’immensité de son statut dans la galaxie sludge créait des attentes légitimes d’un disque monumental. Ce n’est pas le cas ici (l’album n’est pas immense, juste très bon) mais on peut espérer, si Eyehategod bat le fer pendant qu’il est chaud, qu’il sera à nouveau craint par les nouvelles générations de groupes sludge et doom metal à l’occasion de nouveaux albums que l’on espère moins rares.

François Becquart
Pays: US
Century Media
Sortie: 2014/05/26


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