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VITJA - Digital love
/ paru le 16-03-2017 /

Formé seulement en 2013 mais déjà crédité de deux albums et un EP, le groupe allemand Vitja semble être embarqué dans une course à la productivité. Ce haut rendement est sans doute dû à l'expérience acquise par le passé pour David Beule (chant), Vladimir Dontschenko (guitare), Mario Metzler (basse) et Daniel Pampuch (batterie) qui évoluaient dans plusieurs groupes de la région de Cologne (Disposed To Mirth, Shake The Pagoda Tree, Progress Utopia et Myterror) et qui mettent au point Vitja dans l'optique d'apporter leur contribution à l'expansion du metalcore.

Metalcore… Le mot a encore été prononcé. Vous connaissez la procédure : gants de protection, combinaison ignifugée, périmètre de sécurité. Il va falloir aller examiner cet engin douteux avec la plus grande précaution, la main sur le bouton du détonateur au cas où il faudrait détruire le truc s'il était trop metalcore.

Pour leur salut, les gens de Vitja (du russe qui veut dire victorieux) revendiquent aussi des influences djent, c'est-à-dire plus progressives et plus complexes que le bête metalcore pour adolescent attardé tombé amoureux de son téléphone portable. Certains journalistes ont pu voir en Vitja des similitudes de style avec des combos comme Veil Of Maya ou Volumes, des groupes de deathcore et de métal progressif américain. Quand on est dans le deathcore, on est déjà sur des rivages plus intéressants que le metalcore standard sorti de l'usine sans options.

Bon, que donnent donc les résultats de l'analyse de ce "Digital love" ? D'abord, ce titre à une signification importante pour le groupe. Comme le dit le chanteur David Beule, ses camarades et lui ont commencé à prendre conscience que notre monde ultra-moderne commençait à déconner quelque peu, avec les applications informatiques et électroniques prenant peu à peu le pas sur l'authentique âme humaine. La cybernétisation à outrance de notre société semble questionner ces braves gens de Vitja qui, tels le dignitaire d'un régime totalitaire commençant à se rendre compte que son maître mène le peuple droit à sa perte et se met à avoir des idées de conjuration, en viennent peu à peu à avoir des états d'âme sur leur mode de vie bien conforme à la norme robotique orwellienne qui s'incruste de plus en plus dans les esprits contemporains.

Cette prise de conscience est un bon début. Mais musicalement, Vitja verse-t-il résolument dans l'anticonformisme? C'est déjà beaucoup moins évident quand on parcourt les morceaux de "Digital love". Une violence et une agressivité certaine existent, certes, mais on trouve encore à de trop nombreux coins de partition des relents mélodiques niais qui ont forgé la réputation du metalcore. Un morceau comme "Heavy rain", par exemple, est soumis au combat entre des forces contradictoires, entre métal indus rageur et refrains angéliques idiots qui démagnétisent complètement la violence primale du morceau. "Find what you love and kill it" est torturé par la lutte entre des ambiances lourdes et inquiétantes qui se font tout de suite couper l'herbe sous le pied par une mélodie bêtasse digne du pire de Black-Eyed Peas. Je l'ai déjà dit, mais c'est mon opinion et je la partage, soit on fait dans le brutal, soit on fait dans la sucrerie mais on peut rarement faire les deux en même temps sous peine de perdre en efficacité.

Pour tenter d'être indulgent avec cet album, on s'intéressera plutôt à sa première partie, plus riche en morceaux cohérents ("SCUM", "Roses", "Digital love", sans doute le meilleur titre, "Six six sick"). La guitare exécute quelques prouesses dans la ventilation thermonucléaire et le chant sait se faire menaçant. Mais la progression dans l'album fait peu à peu découvrir des titres plus passe-partout, voir à côté de la plaque. Il y a toujours un petit refrain de comptine pour cour de récréation qui vient casser la dynamique explosive ("The golden shot"), quand il ne s'agit pas tout simplement de tomber dans l'ennui le plus complet ("In pieces"). Le dernier morceau "The flood" rate complètement son départ avec le placement d'une introduction aux claviers qui vrille les oreilles, tient quelques promesses avec des riffs carnassiers en soutien d'un chant gluant et désespéré mais c'est encore le refrain de chanson de Noël qui vient tout dégonfler.

Vitja est-il si en rébellion que cela contre la modernité terne qui touche aussi le monde du métal? Il y a de bonnes intentions mais aussi quelques réflexes de facilité qui masquent difficilement les mauvais aspects du metalcore, bien que les sorties djent valent un petit coup d'oreille. Nous n'appuierons pas sur le détonateur pour détruire l'objet mais non ne recommanderons pas non plus que l'on s'y précipite. La zone de précaution peut être laissée accessible aux amateurs de Bullet For My Valentine ou The Devil Wears Prada mais les autres auront plutôt intérêt à passer leur chemin.

François Becquart
Pays: DE
Century Media
Sortie: 2017/03/03


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