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BUTCHER BABIES - Lilith
/ paru le 14-12-2017 /

Nous voyons revenir ici les Butcher Babies avec leur troisième album. Tous ceux qui avaient dû se payer des séances de réadaptation auditive en clinique après l’écoute de leurs deux premier disques "Goliath" (2014) et "Take it like a man" (2015) se frottent déjà les mains. On ne va pas les maintenir plus longtemps dans l’illusion en leur disant que cet album est quand même un chouia inférieur à ces fameuses deux premières rondelles.

Résumé des épisodes précédents : Butcher Babies se forme à Los Angeles en 2010 avec la paire de louloutes Heidi Shepherd et Carla Harvey, hurleuses soutenues par le guitariste Henry Flury, le bassiste Jason Klein et le batteur Chris Warner. Le groupe se fraie un chemin à coups d’épaule musclée vers l’antichambre qui accueille les espoirs sérieux de la nouvelle génération du heavy metal avec deux premiers albums forgés avec l’acier dont on fait les chars lourds. La sauce prend et les ventes prometteuses envoient le groupe dans les zones tempérées des charts américains. Il en résulte trois années épileptiques passées entre studios d’enregistrement, concerts un peu partout et gros festivals en compagnie de solidités comme Megadeth, Rob Zombie, Marilyn Manson, Cradle Of Filth, Black Label Society et compagnie. A l’issue de cette période de conquête assez éprouvante, Butcher Babies fait une petite pause pour se reposer, retrouver l’inspiration et remplacer le batteur Chris Warner, qui a été capté par Megadeth lors d’une tournée commune.

Le nouvel écraseur de fûts est donc Chase Brickenden et le troisième album de Butcher Babies s’appelle "Lilith". Rien que le titre annonce pas mal de cogitations au sein du groupe, qui a choisi ce nom en référence à une divinité maléfique de la tradition juive, héritée au départ de la mythologie sumérienne. Lilith est un démon féminin qui menace les femmes enceintes et les nouveau-nés. On la trouve dans la torah, un peu dans le talmud et surtout dans la kabbale, où sa naissance est associé à celle de Samaël, représentation possible de Satan (et bien sûr nom d’un fameux groupe de métal suisse des années 90). La pochette de l’album est aussi lourde de sens, avec de la sensualité dans ce corps féminin nu doté de deux têtes, comme deux aspects différents d’une même réalité.

Cet vision schizophrénique apparaît bien dans ce nouvel album, où Butcher Babies se trouve à une croisée des chemins et fait un pas dans une direction et un pas dans l’autre. Les compositions se veulent plus expérimentales, où en tout cas plus travaillées, oscillant entre morceaux projetés directement en pleine face (l’ouverture slipknotienne "Burn the straw man", un "Lilith" proche de Deftones) et chansons plus versatiles ("Headspin", "Korova"), voire en poursuite un peu vaine d’une nouvelle identité plus complexe mais parfois brouillonne ("#Iwokeuplikethis", "Controller"), quand ce n’est pas carrément dans la facilité pleurnicharde ("Look what we’ve done"). La fin d’album tente de rattraper ces écarts mélodiques avec du gros lourd sans toutefois parvenir à imposer une imagerie typiquement Butcher Babies, les morceaux en question étant encore trop estampillés Slipknot ("POMONA (shit happens)") ou Machine Head ("Underground and overrated") pour être purement personnels.

On ressort de tout ceci avec un sentiment mitigé, en ayant goûté certes de l’énergie pure mais ayant quand même bien senti le côté emprunté du propos. La spontanéité sauvage des premiers albums à disparu, on découvre ici une tentative de transition qui, si elle maintient ce cap, risque fort de ne mener à rien. Les plus grands groupes de métal sont ceux qui s’en sont tenus à maintenir un style précis (Motörhead, Slayer) ou ceux qui sont tellement cultivés qu’ils peuvent fuser dans un tas de directions différentes en étant toujours géniaux (Primus, Melvins). Quand on est dans le gros du peloton et qu’on essaie de se distinguer, il faut vraiment être capable d’assurer ses arrières, d’avoir une vision d’entrée de jeu et de foncer dans le tas pour la faire prévaloir. Butcher Babies communique ici un message qui laisse craindre qu’ils aient atteint leurs limites. Nous espérons nous tromper.

François Becquart
Pays: US
Century Media
Sortie: 2017/10/27


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