SECOND SEX, la jeune vague rock française s’invite en Belgique

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Ce n’est pas parce que la France est un pays qui souffre de nanisme en matière de rock ‘n’ roll qu’elle n’est pas capable de produire de temps en temps quelques bons groupes. Ça lui est arrivé au début des années 70 (Variations), au début des années 80 (Trust, Téléphone, Bijou), au début des années 90 (Les Garçons Bouchers, les Satellites, Noir Désir). Aujourd’hui, les années 2000 viennent apporter leur lot de groupes rock nouveaux, influencés par la nouvelle vague anglo-saxonne des Libertines ou des Strokes. Et tout cela donne un pullulement de combos qui redonnent du baume au cœur au rock hexagonal. Dans cette troupe de jeunes espoirs, les Second Sex ont plein d’atouts dans leur poche, ce qui peut même leur donner une chance de survivre à l’issue de cette tourmente qui commence déjà à montrer quelques fissures. Dans le rock, la France a un gros défaut : elle ne croit jamais à son potentiel et il n’a pas fallu longtemps pour que les groupes les plus en vue soient flingués à bout portant par les jaloux de tous bords. Ainsi, les BB Brunes deviennent victimes du vedettariat et se prennent pour des dieux alors qu’ils n’en sont qu’à leur premier album. Ensuite, de sérieux doutes planent sur la véracité rock ‘n’ roll de petits groupes bourgeonnants comme les Naast ou les Plastiscines dont les premiers albums sont trop juvéniles pour être vraiment dangereux. Enfin, on a tendance à oublier les authentiques bons groupes de rock ‘n’ roll français qui ont le malheur de résider en province et qui sont donc relégués à l’anonymat par la presse parisienne.

Les Second Sex, donc. Partie intégrante de la famille des “baby rockers”, nom donné à tous ces groupes, pour la plupart parisiens et à peine vingtenaires, les Second Sex sortent leur premier album en octobre 2008. Avec les BB Brunes, c’est sans doute le combo le plus chargé en électricité et en adrénaline et son disque “Petite mort” le montre bien. Plus on l’écoute, plus on est conquis par la rage des guitares, la marque foncièrement garage des mélodies et l’innocence corrompue des textes. Comme la plupart de ses contemporains, les Second Sex ne dénoncent pas le système mais se penchent sur leurs problèmes existentiels, c’est-à-dire les filles. C’est un peu ce qui manque, à cette nouvelle vague : un bon coup de pied au cul au système. Mais si ces groupes osaient botter le train au système, ils resteraient dans l’ombre, vous vous en doutez bien. C’est ce qu’on appelle la loi de l’offre et de la demande, l’équilibre général de concurrence parfaite selon Léon Walras : “Tu me chatouilles, je te fais gagner de l’argent mais si tu me files un coup de pied dans les couilles, je te maintiens dans l’anonymat”.

Mais enfin, on ne va pas rentrer dans toutes ces considérations politico-philosphico-économiques pour bouder son plaisir quand il s’agit de rock ‘n’ roll. Après tout, les plus grands groupes du monde n’ont jamais parlé que de cul, de cuite et de came.

Je profite du passage des Second Sex à Bruxelles ce 22 avril pour me faire une idée de leur style. Traumatisé par les armées de jeunes donzelles qui ont envahi l’Ancienne Belgique il y a un an pour voir les BB Brunes, je décide de me pointer à l’avance. Les Second Sex sont programmés dans la salle de la Rotonde du Botanique, capacité 200 personnes à tout casser, et je sais que le concert n’est pas sold out. Mais quand je vois que 70 malheureuses personnes sont présentes dans la salle, je me pose la question : “Eh bien alors, les louloutes de 14 ans qui avez investi le concert des BB Brunes quatre heures avant à l’Ancienne Belgique, on ne s’affole plus pour Second Sex? Pourtant, c’est la même musique, la même rage adolescente, le même message”. Etes-vous bien cohérentes envers vous-mêmes? Avez-vous une véritable authenticité rock ou n’êtes-vous que quelques pucerons de la mode qui ne vivront qu’une saison? En plus, vous avez tout faux parce que les Second Sex sont bien plus authentiques que les BB Brunes. Ah, l’authenticité, c’est le mot qui fâche. C’est celui qui gêne ce monde qui met au placard les groupes expérimentés et qui porte aux nues des combos plus hâbleurs que musiciens. Mais le véritable arbitre, c’est le temps et nous verrons dans quelques années ce que deviendront tous ces petits combos post-pubères.

Pour le moment, je dois dire que les Second Sex sur scène sont une heureuse surprise. Dès les premiers moments de leur show, ils s’attaquent à une reprise du “Love’s gone bad” des Underdogs. Et alors là, je dis respect. Des mômes qui reprennent un titre ayant exactement 23 ans de plus qu’eux ne sont pas foncièrement mauvais. Les Second Sex ont du bagage, ils connaissent les groupes mythiques de la scène garage punk sixties de Detroit, dont font partie les Underdogs. Ils ont écouté les compilations garage américaines, dont la mythique “Michigan nuggets”, sortie il y a plus de dix ans en CD, à l’époque où les gens des Second Sex jouaient encore aux Pokémons. Heureusement, le temps passe, les mentalités évoluent et les plus doués d’entre nous finissent par découvrir la bonne musique. Le concert des Second Sex reflète cette formidable évolution qui transforme en esthète des petits gamins en l’espace de quelques dizaines de mois. Le quatuor, aidé par son ex-bassiste devenu organiste, joueur de cow bell et guitariste d’appoint, affiche également sa connaissance du rock avec des T-shirts aux armes des Stray Cats ou de Richard Hell & The Voivods, des valeurs sûres en matière d’électricité échevelée. Les instruments sont également vintage : Fender Telecaster, Gibson ES 335, Fender Bass pour gaucher, amplis Orange ou demi-Marshall, de quoi mitrailler dans les règles

L’attitude des Second Sex sur scène est dynamique. On sent que les types ont envie d’y mettre du leur, même si le jeu de scène a encore besoin de perfectionnement. La poignée de spectateurs suit attentivement la prestation, en bougeant gentiment sans provoquer toutefois de raz-de-marée. Les jeunes filles de bonne famille qui secouent leur popotin préfèrent prendre des photos numériques plutôt que de se livrer à du slamming ou à des po-gos dévastateurs, qui auraient sans doute honoré les membres des Second Sex, du moins on l’espère. Outre de larges extraits de son premier album, le groupe nous délivre quelques petits inédits comme “The clan”, le nouveau titre “Hold my hand” (mal desservi par un jeu de cow bell trop envahissant) et un “Drug, sex and rock ‘n’ roll” qui résume tout. Le rappel comprend un titre que le groupe n’a pas joué depuis longtemps, “Tramp”, et surtout leur meilleure chanson, “Lick my boots”, lien spirituel entre les Datsuns, le Gun Club et les Stooges, excusez du peu. Vincent, l’ex-bassiste qui fait de l’orgue et de la cow bell montre tout son talent à la guitare. En plus, il fête ses 19 ans aujourd’hui. Quand on pense qu’il est né à l’époque du “Nevermind” de Nirvana, on se dit que le flambeau est vraiment transmis et on a une chance de voir le rock vivre une génération de plus. Mais il y a juste une condition : qu’il arrête de jouer de la cow bell!

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