Dernier tribute de l’année au Spirit

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L.A. DOORS 28 DECEMBRE 2002. Les coïncidences sont toujours amusantes. C’est exactement un 28 décembre que LA Doors est passé la dernière fois au Spirit mais en 2000 puisque les fidèles de la maison ont vécu l’année passée l’intermède « Bootleg Doors » (NL). Si je continuais les comparaisons, j’ajouterais que c’est toujours fin décembre que je me chope un bobo de première, c’est encore le cas cette fois-ci ou à peu près. Mais comme j’ai promis d’amener du monde, le devoir se moque des méhins… Comme il est possible que le groupe cesse ses activités après ce concert, c’est une raison supplémentaire pour ne pas le rater.

Faut dire aussi que les Doors c’est (vraiment) toute ma jeunesse, les premières (vraies) révoltes, la découverte de la (véritable) littérature et des grandes causes humanitaires (La guerre du Vietnam, Peace and Love et Cie).

J’étais loin d’imaginer, à quel point, en réécoutant les Doors par Tribute interposé, je pouvais avoir autant les chansons de Morrison dans la peau et dans la tête. C’est quasiment subliminal !

Ici, en prime, la qualité vocale du frontman est étonnante. Close your eyes friend and Jim is really there… on stage ! Un sensationnel bonhomme ce Monsieur Nigel Feist . Tous les quatre formidables d’ailleurs. Et quel mimétisme (même physique) entre autres pour Feist et Ben Collet-Mills en clone de Manzarek (ne parlons pas trop des clones pour le moment, hum…).

Ce band affiche une cohésion magnifique, beaucoup plus que de la simple réplique, une assurance (re)créative et un sens du show irréprochable, manifestement sincère. Je suis, toutefois intrigué par deux choses.

D’abord, c’est, je crois, la cinquième fois que LA Doors se produit à Verviers et chaque fois c’est quasi salle comble (aujourd’hui le Spirit est rempli jusqu’au plafond), ensuite, la moyenne d’âge des spectateurs ne m’a pas paru dépasser 35 ans à tout casser. Est-ce donc que l’esprit de Morrison a si bien survécu au temps (pourtant c’était le chantre de la révolte brute et du « no compromise ») ou que le merchandising fonctionne admirablement ? Il faut quand même noter que la plupart des gens dans la salle venaient à peine de naître au moment ou Morrison disparut.

Il me semble aussi que la musique des Doors n’est pas à proprement parler une musique facile… Franchement, je ne vais pas jouer les anciens combattants mais je ne comprends pas ce phénomène.

Quand un gonze est rétamé depuis 31 ans et qu’il vend plus de disques mort que vivant (ouais je sais y’en a d’autres…) ça me perturbe un peu, rapport au mythe, à tout le morbide qui va avec, et aux tonnes de pognon que certains s’enfouillent sur le dos des fans, ce que Morrison le premier aurait sans doute trouvé limite.

Enfin, ne boudons pas ce plaisir du temps retrouvé et saluons cet éclectisme contemporain qui ne cherche pas la facilité.

And what about the show, Didi ?

Première constatation, de fréquents ajustages de balance en cours de show vont un rien altérer la saveur du concert et parfois modifier la playlist (NDLR : ce n’est pas FG qui mixe !).

Comme à l’accoutumée : démarrage au carré sur « Hello I love you » (Waiting For The Sun 1968) suivi d’un intermède parlé (réglages I suppose) et du « Love me two times » (Strange Days 1967) que Morrison avait écrit en pensant au gars rappelé à Da Nang qui demande à sa belle de remettre le couvert encore une fois (oui je suis un peu réducteur, je sais, mais on avance…).

« People are strange » (SD 1967), re-petite transition pour cirer les curseurs et « Break on through » (The Doors 1967), une de mes deux chansons favorites, nous installent enfin pratiquement dans le bon trip.

Il faut quand même bien reconnaître, comme me le dit régulièrement Francis, que la musique des Doors est réellement inclassable. Un cas isolé sans comparaison musicale intrinsèque. Même si historiquement, dans la symbolique de la guerre du Vietnam deux groupes dominent pour la fascination qu’ils exercent sur les conscrits et la prise de conscience « pacifiste » qu’ils vont engendrer (The Doors et CCR) en ayant marqué l’époque, chacun à leur manière, et eu également des carrières discographiques quasiment parallèles (1967-1971 pour les Doors et 1968-1972 pour CCR).

Il reste qu’en termes de musicalité l’univers des Doors et, partant, de Morrison, associé à l’usage d’une collection de « produits dopants variés » est unique en son genre.

Michel Embareck (Best) a toutefois essayé de situer (Larousse Rock 1997) l’essence du groupe en cherchant honnêtement à démystifier James Douglas dit Jim Morrison : « The Doors sont l’ultime groupe de blues de la fin du siècle passé. Ils savent l’emporter au-delà de lui-même, sortir des douze mesures mais y ramener le tempo dès qu’il s’égare, sans jamais cesser de jouer avec le sens caché du verbe …/…la voix sombre vénéneuse de Morrison colle au blues. Sa gestuelle reptilienne enlace le blues. The Doors ne sont rien d’autre qu’un gang de bluesmen transcendés par un leader défoncé et barbouillé, comme on le dirait d’une peinture enfantine, de culture ». Admirables propos à méditer…

Ray Manzarek a, quant à lui, quelques années après la mort de son leader, eu cette phrase qui prolonge le commentaire précédent , tout en le recentrant : « Jim était comme le chaman dans le rituel peyotl qui fait cette danse indienne bizarre en sautillant avec des maracas. Notre boulot était de créer de la musique pour cette transe, un rythme hypnotique. Après cela le public s’en allait et personne n’applaudissait. L’effet était cathartique ». Pour achever cette description du mythe, il faut rappeler que Morrison lui-même a tenté de se départir des effets parfois calamiteux d’une aura qu’il ne pouvait plus maîtriser.. Il avouera dans « Rolling Stone » avoir été jusqu’à exhiber ses parties intimes dans un concert à Miami en mars 1969 « pour réduire le mythe à l’absurdité et le liquider de cette façon ». On connaît la suite…

Michka Assayas en parle aussi admirablement : « Lui qui se voulait le chaman d’un nouveau rite, aidant les autres à libérer leur psyché, se découvrit, non sans dégoût ni stupéfaction, pop star : il fut désarçonné par l’hystérie très « rock ‘n’ rollienne » provoquée par les concerts des Doors. Et quand il voulut descendre du train et ne plus être que James Douglas Morrison, poète américain, il était trop tard. Le monde ne lui laissa aucune chance ».

Mais revenons au concert.

Before you slip into unconsciousness

I’d like to have another kiss

Another flashing chance at bliss

Another kiss, another kiss.

The days are bright and filled with pain

Enclose me in your gentle rain.

The time you ran was too insane

We’ll meet again, we’ll meet again.

Oh tell me where your freedom lies

The streets are fields that never die.

Deliver me from reasons why

You’d rather cry, I’d rather fly.

The crystal ship is being filled

A thousand girls, a thousand thrills

A million ways to spend your time

When we get back, I’ll drop a line.

« The Crystal Ship » (TD 1967) et l’inhabituel « The Spy » (Morrison Hôtel 1970) ramènent les lyrics dans le champ de cette permanente oscillation entre amour/haine/sérénité/angoisse qui écartela littéralement Jim Morrison de son vivant. Et que dire de « Riders On The Storm » (premier extrait de L.A. Woman 1971) ? Cette chanson représente à la fois les oppositions citées plus haut et introduit des concepts étonnants « Girl you gotta love your man » que ne désavouerait pas le plus convaincu des machistes. Lu au second degré ce peut être évidemment tout autre chose…

Finale de premier set en boulet de canon « Touch Me » (The Soft Parade 1969), « Love Her Madly » (L.A.W 1971) et « The Changeling » (L.A.W 1971) qui laisse entrevoir sans doute, par pressentiment, l’évolution des choses : « Leavin town on the midnight train, gotta see me change…).

A la mi-temps, les commentaires semblent unanimes pour regretter un petit déséquilibre sonore entre la voix (trop mise en avant) et les instruments (fort discrets finalement).

Le retour sur scène et l’incontournable « Alabama Song » (TD 1967) avec son gimmick de la bouteille de Jack Daniels passant de main en main dans la salle font désormais partie des classiques. De même que le puissant « Light My Fire » (TD 1967) qui entraîne une agitation et déchaîne une ovation bien compréhensibles. On a eu droit, en effet, à un jeu de claviers sublimes et musclés de l’ami Ben. Juste avant c’était « Five To One » (WFTS 1968) non prévu sur la playlist qui m’a rappelé des souvenirs intenses (mais vous n’en avez rien à cirer et je le comprends).

J’aime beaucoup « Moonlight Drive » (SD 1967) qui suit et ses aspirations simples mais vitales comme des rêveries d’enfants criées devant la mer au couchant. C’est le moment que choisit Nigel pour monter l’escalier du Spirit dans une foule dense à craquer. Cela donne encore un peu plus de chaleur à son petit périple, câble de micro en main. Suit alors un medley articulé autour de « A Little Game » (Absolutely Live 1970) et le pré-final : « The Music’s Over » (SD 1967) avec cette phrase devenue un symbole « We want the world, we want it now ! ».

Une tierce de rappels canons obtenus à force de cris et d’ applauses va clôturer ce second set beaucoup plus convaincant que le premier : “L.A. Woman » (1971) qu’Olivier attendait, « Roadhouse Blues » (Hard Rock Cafe 1970) que j’estimais incontournable (mon préféré de tous les morceaux des Doors) et « Soul Kitchen »(TD 1967) pour mettre tout le monde d’accord. Une grande chanson ! Le combat entre l’envie de rester et le besoin de partir. Et comme on le sait, c’est le second qui l’emporta (au propre et au figuré).

Quatre DOORS sont passés par Verviers, des vrais de vrais, je le jure, ils s’appellent L.A. DOORS et portent bien leur nom. Mais ils sont aussi citoyens du monde et à ce titre, je me permets de vous rappeler leurs noms : Nigel FEIST aux vocals convaincant à souhait, Ben COLLET-MILLS à l’orgue, impérial ce garçon, Dave HOLE aux drums, efficace et intense et le grandiose Phil BAXTER à la guitare. Un coup de chapeau énorme à ce Monsieur. On dirait qu’il a récupéré la Gibson SG de Robbie Krieger, il est exceptionnel. Vive GIBSON, « we want SG and we want it now » !!! Pour en savoir plus sur le groupe et les liens des nombreux sites, allez voir à l’adresse « la-doors.com », vous ne serez pas déçus…

And now ladies and gentlemen, what are we doing ? Ben on se dit bonne année, on embrasse Madame Géron,on remercie Francis et Ronald pour tout le travail accompli en 2002 et on espère que la trève ne sera pas trop longue pour retrouver notre dear beloved Spirit et son programme hors normes. C’est vraiment la meilleure place du monde !!!

DD

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