Rickie Lee Jones, la Dame au collier de perles

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Atypique, cette artiste complète, auteure compositrice interprète, qui a commencé sa carrière il y a 30 ans par un album éponyme vite devenu une légende dans le monde folk-jazzy et même le monde musical US tout court. D’abord à la une de par sa musique, ses engagements, sa vie privée aussi ! Sa liaison tumultueuse avec Tom Waits ne passant pas inaperçue à l’époque. D’abord à la une des médias, Rolling Stone Magazine en premier, Rickie Lee Jones entama une période en demi-teinte puis une période de presque disparition. 20 ans au total où les œuvres éditées durant ces années allaient du jazz à l’expérimentation, l’album « GHoSTYhead » à la magnifique pochette rouge, en passant par des albums de reprises. Le tout suscitant un succès d’estime relatif sans vraiment de percée. Partie de sa carrière donc sans tremblement à l’image de ses chansons dont l’émotion ne vous ébranle qu’intérieurement. Presque au repos, elle revient avec le très bon « The evening of my best day » en 2003 animée par ses prises de position politiques face à la présidence de « double U » Bush.

Toujours calme mais jamais calmée, elle déclarait à la sortie de son dernier album « Balm in Gilead » en novembre 2009 que « Barack était noir peut-être, mais qu’une vraie avancée sociale significative aurait été l’arrivée d’une femme à la présidence des USA ! » Cela prend encore plus d’importance dans la bouche de celle qui a composé, pour ce même dernier album, une ode à la gloire des Black Panters et plus particulièrement de l’épisode des JO de Mexico 1968 avec « Gospel of Carlos, Norman, Smith » joué au Botanique ce 17 mars.

Sur la dizaine albums de Rickie écrits par elle, quelque soit le style qui prédomine, il faut admettre que les morceaux qui les composent sont à qualifier d’une seule constante : des petites perles de douceur jazzy, bluesy, rock, soul,… mais toujours teintées de messages. Perles après perles, de quoi faire un collier sans fin.

Son concert du Botanique fut à l’image de cette discographie. Venue en fin 2009 au Het Depot de Louvain dans le cadre de la tournée européenne de promotion de son dernier album, l’Américaine posait ses valises à nouveau en Belgique. Habillée n’importe comment avec un chemisier transparent qui la mettait « peu » en valeur. Imitée par ses musiciens, avec un bassiste en t-shirt d’un vert que tout acteur de théâtre l’apercevant n’en dormirait plus et d’un batteur/pianiste avec kilt en jeans et t-shirt Tom & Jerry, le concert « made in RLJ » pouvait donc se consacrer uniquement à la musique.

Plus de 2h de chansons où sa voix fragile et fine aux éclats de petite fille charme par sa sensibilité, mais où les sons tenus et un rien poussifs agacent après un certain temps. Les morceaux présentés par l’artiste dans un anglais bouffé par l’accent américain sans aucun effort d’articulation se succèdent. Morceaux semblant parfois complètement pris au hasard à la surprise des deux musiciens, Joe Maramba à la basse et Lionel Cole aux drums et piano. Deux musiciens de grande pointure.

Alternant piano, batterie et autres, Cole épate par un touché de peaux tout à fait précis et léger. Cela atteindra une perfection dantesque lors de l’interprétation de « Weasel and the White Boys Cool », tiré du tout premier album « Rickie Lee Jones ». Cole remplacera aussi Ben Harper sur « Old enough », le morceau que Classic 21 joue sur ses ondes depuis la sortie du dernier album.

Le bassiste, sourire sur le visage même si assis sur son ampli pour le final, étonna d’un bout à l’autre en développant un doigté précis idéal pour les parties matinées de groove mais sans prédominance de virtuose quand le jeu devait être calfeutré. Il présenta aussi une version ténue de sa basse par l’utilisation d’un archet sur plusieurs chansons dont le hit « Lucky Guy » de 1980 ou le plus récent « A tree on allenford » de 2003.

RLJ se joua aussi de ces acolytes en leur volant tour à tour batterie et basse. Amusant par ses déménagements le public qui à ce moment du concert était encore bien présent. Un public un peu tout âge même si la moyenne était de circonstance. Un public où il n’était pas rare de croiser quelques musiciens bien connus de notre royaume. Ceux-ci sont restés jusqu’au bout, mais malheureusement la dernière demi-heure vit la porte de la sortie s’ouvrir plus d’une fois pour ceux que cela lassait.

La Dame s’emberlificotait dans son collier de perles trop long. On aurait cru une soirée entre amis n’en finissant pas avec au milieu des corps affalés dans les sofas, Rickie la guitare à la main déclarer : « ah, j’en ai encore une qui me revient en mémoire ».

Dommage car jusqu’au bout elle distribua aux présents ses petites douceurs. Terminant même avec les magnifiques morceaux de son dernier album : « Bonfires » ou le personnellement sublime « Wild girl », écrit sur presque 20 ans en illustration de ses relations avec sa fille Charlotte.

Après deux heures de concert, l’émotion était toujours là, mais elle n’était plus vraiment accessible. Pourtant, on aurait volontiers poussé à travers ce qu’il restait de la nuit à l’écouter égrener son chapelet perlé si les fauteuils avaient été disposés.

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