La création de MY LITTLE CHEAP DICTAPHONE au Cirque Royal

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Chaque année, lors de l’une ou l’autre soirée, les Nuits Botanique sortent des chemins balisés en mettant sur pied ce que les organisateurs appellent des créations. Réservées au cadre prestigieux et à l’ambiance feutrée du Cirque Royal, elles autorisent des associations parfois improbables et généralement inédites, voire exclusives, entre des styles que tout tendrait à opposer. Cette année, ce sont les liégeois de My Little Cheap Dictaphone qui étaient au centre de l’événement, avec l’adaptation scénique de leur excellent troisième album, “The Tragic Tale Of A Genius”. En réalité, il ne s’agit pas d’un album au sens strict du terme, mais plutôt d’un projet qui tend vers l’opéra rock indépendant et présente le résultat de deux années de collaborations avec des musiciens, des réalisateurs ainsi que des professionnels du cinéma et du théâtre, sans compter un profond travail de composition. Le but était de mettre sur pied un véritable spectacle visuel et sonore, en y incluant toutes ces variantes. Inauguré la veille dans leur ville natale, Redboy et ses compères allaient seulement se lancer pour la deuxième fois dans le bain, accompagnés pour l’occasion par un orchestre classique (composé de musiciens issus du Conservatoire de Liège).

Mais avant de se laisser emporter par cette création, place à une présentation haute en couleurs, celle exécutée par The Irrepressibles, le projet d’un certain James McDermott, un chanteur à la voix androgyne à chercher quelque part entre Antony Hegarty (Antony & The Johnsons) et le crooner Gene Pitney. Il est le leader d’une troupe de musiciens qui endossent également au gré des besoins un rôle de comédien ou de danseur quand tout ne se confond pas à la fois. En effet, il n’est pas rare de les surprendre effectuer des chorégraphies tout en ne faisant qu’un avec leurs instruments respectifs (deux flûtes, une contrebasse et un piano à gauche, deux violons, un violoncelle et des percussions à droite). Tout ce beau monde se produit devant des miroirs, ce qui amplifie encore l’impression d’effets visuels multiples.


Débutée dans le noir complet, cette pièce sonore va petit à petit prendre de l’ampleur, tant d’un point de vue chant (parfois à la limite de l’opéra) que visuel grâce à des jeux de lumières judicieusement élaborés. On se serait imaginé par moments dans le West End à Londres devant une comédie musicale signée Andrew Lloyd Webber (genre “The Phantom Of The Opera” par exemple). Bien que parfois un peu too much, il faut admettre que certains moments se révèlent tout bonnement captivants et la voix du chanteur impressionne littéralement. Pointons notamment ce dernier morceau rêveur à l’ambiance flottante générée par l’immense boule à facette qui surplombait la scène, et qui a valu au groupe une standing ovation méritée. Une belle performance à n’en point douter, car ce n’était pas gagné d’avance…

Voici quelques semaines, on avait assisté à un showcase de My Little Cheap Dictaphone et déjà rien que le groupe sur scène avec les projections valaient le détour. C’est dire si on se réjouissait de voir la plus-value évidente qu’un orchestre pouvait apporter et on se préparait à frissonner de plaisir sur les nappes de violons déjà irrésistibles sur l’album. Mais sur ce point-là, on a été déçu. On s’attendait peut-être à trop mais à notre sens, l’ensemble à cordes n’a pas suffisamment été mis en valeur, alors que certains titres (on pense à “He’s Not There” et à “Shine On” particulièrement) auraient dû nous donner la larme à l’œil.


Tant que l’on en est à parler des choses à améliorer (car ce sont des remarques positives qui ne mettent en rien les compositions magiques en cause), le visuel, toujours par rapport au show case qui avait lieu dans un espace bien plus confiné, ne donnait pas l’effet escompté, la faute à des lumières sans doute maladroitement réglées, qui empêchaient de voir clairement ce qui était projeté sur l’écran géant. Et puis, quelle idée d’avoir prévu la configuration du Cirque en parterre assis. On assistait à un concert de rock, que diable et le fait que le public se soit spontanément levé à de nombreuses reprises ne fait que confirmer ce point.

Cela mis à part, le reste de la soirée allait abonder vers notre idée première. Apparu au son du générique “Overture”, le groupe va s’appliquer à jouer l’album dans l’ordre des plages, puisqu’il s’agit de l’histoire imaginaire d’un musicien aussi talentueux que névrosé. Redboy, très concentré, débutera le concert costume tiré à quatre épingles et chapeau vissé sur le crâne (par ailleurs, le concept va jusqu’à habiller les roadies de la même manière). D’abord un peu sourd, le son va petit à petit prendre toute son ampleur et nous permettre de profiter pleinement des perles que sont “What Are You Waiting For” (qui va faire se lever la salle d’un bloc une première fois), “My Holy Grail” ou “In My Head”.


Le groupe est visiblement déterminé et va clairement se montrer à la hauteur des ambitions qu’ils ont placées dans le projet. Les titres sont cohérents et ne lassent à aucun moment. Que du contraire, on est en permanence dans le même trip qu’eux et on ne demande qu’à se laisser emporter. Même le plus bizarre (et très Tom Waits) “The Tragic Tale Of A Genius” paraît couler de source. C’est d’ailleurs avec ce titre que se terminera le set principal.

Il était certain qu’ils allaient revenir vu que l’histoire n’était pas encore tout à fait terminée. Restaient “A Man With No Soul” et surtout l’excellent final “Face To Face” (à noter que ce dernier titre donne encore mieux en live que sur le disque). Complètement libérés et satisfaits du travail accompli, ils sont revenus pour deux titres en bonus, extraits de l’album précédent. “Upside Down” tout d’abord, qui, avec le recul, paraît bien pâle par rapport aux nouveaux titres, ainsi que “Cha Cha”, pour le fun. Preuve que le stress s’était complètement évaporé, à un moment donné, l’orchestre est parti en vrille et les musiciens se sont retrouvés à danser le rock sur scène. Un final spontané en forme de clin d’œil pour un concert qui a (presque) tenu toutes ses promesses. Laissons-leur une poignée de représentations supplémentaires et ils seront parfaitement au point.

Les autres photos de

My Little Cheap Dictaphone
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The Irrepressibles

Photos © 2010 Bernard Hulet

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