En terrasse avec PIANO CLUB

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Entre la sortie de leur premier album (“Andromedia”) le lundi et une date de concert aux Nuits du Botanique le vendredi, les liégeois de Piano Club ont passé le mercredi 5 mai à Bruxelles. Au programme, interviews, sets acoustiques mais également le concert de LCD Soundsystem à l’AB. C’est justement dans le bar de l’Ancienne Belgique que nous avons rencontré Anthony Sinatra, bientôt rejoint par Salvio La Delfa. Olivier Wouters: En tant que liégeois d’origine, j’ai l’impression que Piano Club existe depuis toujours.

Anthony Sinatra: Piano Club, c’est mon tout premier projet musical. Je dis projet car avant de penser à un groupe dans le sens strict du terme (albums, tournées), il s’agissait avant tout du plaisir de se retrouver à trois dans un local de répétition chez mes parents. On jouait de la musique le dimanche après-midi, par pur plaisir. Lorsque j’ai terminé mes études, j’ai suivi Redboy sur les routes avec My Little Cheap Dictaphone, puis on a formé Hollywood Porn Stars qui a décollé très rapidement. Le fait d’avoir autant d’engagements musicaux m’a amené à faire de la musique ma profession. Je suis donc devenu musicien à plein temps et c’est à la fin de la première tournée d’Hollywood Porn Stars qu’on a décidé d’activer le projet Piano Club en tant que groupe (avec un nom qui vient de notre amour pour les synthés et autres claviers analogiques). Fin 2006 début 2007, on a entamé des enregistrements en vue de faire un premier disque.

OW: Et un des premiers fruits de ce travail, cela a été “Girl On TV”?

AS: Effectivement, “Girl On TV” est sorti en single éclaireur via un éditeur flamand et a bien pris des deux côtés de la frontière linguistique, ce qui nous a permis de tourner tout un été. Mais on n’avait ni le temps nécessaire ni la matière pour sortir un vrai premier album à ce moment-là. On a donc fait le choix de ne pas battre le fer tant qu’il était chaud mais plutôt de mettre le projet au congélateur en attendant un moment plus propice, c’est-à-dire il y a à peu près dix-huit mois.

OW: C’est pour cette raison qu’il y a eu un laps de temps énorme entre le moment où on a commencé à vous entendre beaucoup à la radio et la sortie de l’album.

AS: Tout à fait. Cela dit, si cela avait été notre seul et unique projet, le délai aurait sans doute été plus court. Mais tout en enregistrant un deuxième album avec Hollywood Porn Stars et en partant en tournée avec eux, on avait déjà commencé à bosser sur l’album de Piano Club.

OW: Salvio et Jayce, lorsque tu es sur tes autres projets, ils font quoi?

AS: Salvio joue de la batterie dans Malibu Stacy et Jayce travaille en tant qu’ingénieur du son, donc il n’y a pas trop de problème à ce niveau-là, on est tous très occupés. Lorsque l’on a commencé à travailler sur l’album, on l’a fait quasiment avec des horaires de bureau. On commençait vers 9h et on terminait vers 19h. Ensuite, on essayait d’avoir une vie avec nos petites familles. On reprenait malgré tout les bandes chez nous pour continuer le travail post enregistrement. Un faisait de l’édition, l’autre de la programmation et moi je m’occupais d’amorcer le processus de mixage des titres enregistrés pendant la journée jusque tard dans la nuit. Et le lendemain, c’était reparti. En fait, c’était bien actif!

OW: Lorsque j’ai chroniqué l’album, je t’avoue que j’ai été assez surpris et que j’ai dû le réécouter plusieurs fois car ce n’était pas du tout ce à quoi je m’attendais. J’ai même eu l’impression que les titres allaient à l’encontre de ce que vous faisiez avant. Ce sont des morceaux récents?

AS: En fait, ce qu’on avait en 2007, c’était une collection de catchy tunes, des morceaux assez immédiats. On adore ça et l’objectif de Piano Club, c’était au départ de reproduire la collection de 45 tours de nos parents. Mais au moment de vraiment réfléchir à un album, de par notre expérience, on sait qu’un disque, c’est quelque chose qui va t’accompagner toute ta vie (en tout cas pour nous, musiciens). Pendant deux ans, on va le promouvoir, jouer les mêmes titres et finalement, il fera partie de notre accomplissement. On a donc fait le choix de réaliser un album qui s’essoufflera moins vite en sélectionnant des morceaux qui, pour nous, avaient tenu le mieux l’épreuve du temps. On a tenté d’emballer ces chansons pop d’une façon qui interpelle l’imagination et qui demande effectivement à l’auditeur plus d’une écoute pour pouvoir apprivoiser le morceau et comprendre certaines subtilités, maîtriser l’atmosphère et l’ambiance que l’on a voulu y mettre. C’était un travail qui pour nous a été long, difficile mais qu’on pense être réussi.

OW: Ce qui m’a surpris aussi, ce sont les influences. Je m’attendais à un son très 80’s et puis finalement, on se retrouve avec un ensemble qui va plus vers la pop “intelligente” et futuriste des Klaxons et de Yeasayer que vers Kim Wilde ou Alphaville.

AS: On voulait surtout faire un disque moderne, une sorte de melting-pot (pop) qui comprend tout ce qu’on a emmagasiné mais toujours en gardant une approche moderne. En tout cas, ne jamais tomber dans le revival. On ne voulait pas du tout devenir un nième groupe qui remet les années 80 à la mode et qui reproduit un morceau d’Ultravox pratiquement note pour note. C’est vrai qu’on a composé nos chansons en utilisant un tas de matériel de cette époque-là qui sonne un peu vintage. Mais les groupes que tu cites, on ne les a pas pris comme référence en se disant qu’on allait suivre leur démarche. Pas du tout, ce sont juste des groupes qui nous encouragent dans le sens où ils prennent aussi des risques et aujourd’hui, en 2010, savoir que tu as des mecs qui ne font pas forcément un truc que tu as déjà entendu, ça peut déstabiliser mais cela a le mérite d’au moins peut-être payer plus tard ou en tout cas de ne pas fatiguer.


Salvio nous a entre-temps rejoints, et s’installe à notre table…

OW: Personnellement, ma préférée de l’album, c’est “The Great Enigma”, même si c’est petit à petit qu’elle est devenue évidente, puis indispensable à l’oreille. La tienne?

AS: Ecoute, c’est difficile, car cela a été assez compliqué de faire le tracklisting de l’album, donc chaque titre qui s’y trouve a été approuvé et réfléchi par tout le groupe. Ensuite, tout dépend vraiment du moment, c’est un peu par passe, selon que tu sois un lundi matin ou un dimanche soir.

Salvio La Delfa: Chacun d’entre-nous pourrait en épingler trois différentes.

AS: Il y a des titres dont on est vraiment très fier. “Take”, par exemple, est un morceau que j’adore vraiment car je pensais ne pas avoir le recul nécessaire pour dire si c’était un bon titre ou pas. Et au final, je trouve que c’est un des meilleurs trucs que j’ai jamais faits.

OW: Avec l’album, on peut télécharger un EP bonus de 6 titres gratuitement. Est-ce pour ne pas déstabiliser les fans de la première heure? Car il adopte un son beaucoup plus pop.

AS: En fait, depuis 2007, on nous demandait un premier album avec notamment les titres qu’on avait sortis avant, et qui n’existaient qu’en cassette. On avait quand même envie d’en proposer quelques-uns mais on n’avait pas envie non plus de casser l’ambiance du disque et son histoire. Donc l’astuce qu’on a trouvée, c’était de faire une sorte de double album avec l’album d’un côté et un EP bonus de l’autre, qui comprend deux morceaux de cette époque-là et puis d’autres qu’on a enregistrés dernièrement…

SLD: …qui étaient peut-être un peu trop poppy pour l’album…

AS: Et qui montrent aussi une autre facette du groupe, notre façon d’écrire des chansons beaucoup plus directes.

SLD: On s’est souvent posé la question de savoir ce qu’on allait faire et puis finalement on s’est dit qu’on allait tout donner. Ce sont des titres qui rentraient moins dans l’atmosphère de l’album. Mais au moins ils sont là et cela nous fait aussi plaisir de les (s)avoir sur un support…

OW: Parlons du live maintenant. La dernière fois que je vous ai vus, c’était aux Nuits Du Soir en septembre dernier. Par rapport à la fois précédente, il y a eu du changement dans le line-up.

AS: Oui, effectivement. Carmelo, notre bassiste, nous a quittés. Il a eu une petite fille et un choix s’est posé car il a aussi un travail. On s’est donc entouré de deux musiciens supplémentaires, Gaëtan Streel (Mr Poulpy) à la basse et Julien Paschal (ex-Sharko) à la batterie. Ce sont deux personnes qui nous ont aussi entourés pendant l’enregistrement de l’album (ils sont tous les deux ingénieurs du son), ils ont participé au mixage du disque avec nous et le choix était de reproduire l’album sans recourir à des béquilles comme des bandes par exemple. On est cinq musiciens, on sait tous jouer d’un instrument et on a envie de proposer un vrai live avec les risques et périls que cela implique.

OW: Je t’avoue que ce concert du mois de septembre, personnellement, je n’ai pas trop accroché…

AS: Pas mal de personnes nous ont dit la même chose à propos de ce concert et on a rectifié le tir depuis. A vrai dire, on testait la formule.

SLD: C’est vrai que l’on ne doit pas se justifier dans ce sens-là mais c’est sûr que depuis, il y a eu des répétitions et d’autres concerts.

AS: Oui, c’était vraiment un test en se demandant ce qui allait fonctionner et ce qui allait moins bien fonctionner. Là on en est à une quinzaine de dates, ce qui n’est pas beaucoup finalement. Quand un groupe anglais sort un album, on les envoie pendant un mois en tournée et quand ils reviennent, ils sont prêts. Pour un groupe belge, c’est un peu plus difficile mais aujourd’hui, en tout cas, on sent une réelle évolution. Tu verras vendredi. Enfin on s’avance peut-être (rires)

SLD: Il y aura une différence, de toute façon.

OW: C’est vrai que c’est assez intéressant de voir un groupe sur scène à des moments différents. Je vous avais notamment vus en première partie des Klaxons à l’AB (le 5 mars 2007) et, bizarrement, j’avais mieux apprécié votre prestation que celle des anglais.

SLD: Tu n’es pas la première personne qui nous dit ça et cela est peut-être dû au fait qu’on attendait beaucoup (trop) de la part des Klaxons.

OW: Et donc, vendredi, avec We Have Band au Botanique, ce sera votre première “grosse” scène depuis les showcases.

AS: En quelque sorte car on a fait Le Rosselinge à Droningen qui nous a amené pas mal de bons plans au niveau étranger et qui nous a aussi bien confortés, donné du courage et de la confiance.

OW: En plus, vous arrivez à être diffusés aussi bien sur les radios flamandes que francophones.

AS: Oui, peut-être, mais nous on fait juste de la musique. Le reste, c’est de la politique…

OW: Evidemment, mais cela fait plaisir de voir qu’il y a un début intérêt. C’est la preuve que cela commence à bouger aussi dans le sud du pays. Liège est une ville qui se porte extrêmement bien d’un point de vue rock alternatif (Jaune Orange, Startin’ Pop).

AS: Je crois que ce sont les endroits les plus sinistrés qui donnent naissance aux talents les plus motivés. Regarde l’Angleterre, si tu vas jouer à Londres, les gars là-bas, ils n’ont rien non plus, pas de salle, pas de matos et pourtant les talents qui en sortent, ce sont des trucs énormes. Et c’est parce que c’est la galère. Quand tu vas tourner en France, les types sont méga subsidiés, les salles ont des locaux de répèt, ils ont un circuit déjà établi et finalement, pas tant de talent que ça…

OW: Ton collègue d’Hollywood Porn Stars, Redboy a sorti et tourne son troisième album avec My Little Cheap Dictaphone. Que penses-tu de son évolution?

AS: Je pense que l’expérience qu’on a acquise ensemble, à force de projets, de rencontres etc… a fait que l’on a voulu mettre la barre plus haut d’un point de vue musical. Eux, ils ont carrément emmené ça au niveau d’une scénographie et d’un projet théâtral. Je suis vraiment content pour eux et je leur souhaite le plus de succès possible

SLD: En fait, on ne sait pas encore à quoi ça ressemble, on ne les a encore jamais vus sur cette tournée.

OW: J’ai eu récemment l’occasion de voir un show case où ils jouaient juste à quatre avec les futures projections. En tout cas c’est un album qui tient la route…

AS: Mais justement, l’intérêt de ce projet, c’est la collaboration avec un orchestre. Ils ont bien été entourés et ils le sont toujours. Ce n’est pas seulement un disque, c’est une collaboration avec beaucoup de monde et pas seulement des musiciens. Cela dépasse le cadre du groupe de rock vu que cela implique des potes à nous qui font de la vidéo, d’autres qui font de la scénographie,… Même au niveau de l’album, cela a été conçu avec pas mal de personnel étranger. C’est un beau projet.

OW: La dernière fois que je t’ai vu physiquement, c’était au Domino Festival pour le concert de Rain Machine.

AS: Oui effectivement. En fait, j’étais plutôt venu pour Fool’s Gold et The Strange Boys.

OW: D’autres coups de cœur récemment?

AS: Ecoute, là je flashe complètement sur l’album de Oh No Ono, un groupe danois avec qui on va justement jouer bientôt à Gand, qui eux aussi m’avaient un peu déçu lors de la première écoute du dernier album et au final je suis rentré dedans avec force. Je trouve que chaque morceau est énorme, qu’ils ont un talent dingue. Ils ont aussi fait le choix de s’autoproduire. En fait, il y a un parallèle entre eux et nous dans plusieurs domaines. En tout cas, je suis très content qu’on nous ait programmés ensemble, surtout en Flandre. Sinon, ce soir, outre LCD Soundsystem, il y a Yacht que j’ai très envie de voir. J’essaie de me tenir au courant de l’actualité musicale et je m’émerveille régulièrement sur des albums qui sortent.

OW: Et toi Salvio? A part “Andromedia” (rires)

SLD: C’est aussi un peu dans la même veine. J’adore par exemple le dernier album de Gorillaz, LCD Soundsystem, je trouve que Beck a fait un travail de dingue avec Charlotte Gainsbourg. Sinon, le dernier MGMT est terrible, tout comme le Yeasayer.

Sur ces bonnes paroles, nous laissons à Anthony et Salvio le temps de souffler et de se restaurer avant d’aller se déhancher au son de Yacht et de LCD Soundsystem. Une belle récompense au terme d’une journée presse harassante. Et à mon avis, on risque de les croiser régulièrement dans les prochains mois…

Photo © 2010 Olivier Wouters

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