Un super-groupe nommé YOSO

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C’est dans un Spirit of 66 bien rempli, sans plus, que, ce mardi 21 septembre, ce petit super-groupe constitué en 2009 par Bobby Kimball (Toto), Tony Kaye (Yes) et Billy Sherwood (Yes) a présenté un répertoire mêlé de titres originaux issus de leur nouvel album, « Elements », et de reprises de Toto et Yes. Le trio de base est augmenté du guitariste Johnny Bruhns et du batteur Scott Conner. Dès le départ, la volonté de créer un pont entre Toto et Yes est évidente. Elle se confirme par le nom même du groupe. À l’écoute de l’album et tout au long du concert, la démarche apparaît tout aussi convaincante artistiquement, tant que l’ont exclu la période la plus Progressive de Yes ; en gros, celle qui s’étale de 1972 à 1982, où grandiloquence, flamboyance et prouesses techniques constituent leurs standards prioritaires de fonctionnement. Elle correspond aussi à la période où le claviériste Tony Kaye n’est plus dans le groupe.

Né en 1946, le claviériste anglais Tony Kaye fait partie des membres fondateurs de Yes en 1968. Il les quitte en 1971, après trois albums, pour rejoindre Flash, le groupe du premier viré de Yes, le guitariste Peter Banks. Il fonde ensuite Badger, vite disparu. Il travaille alors pour d’autres, dont Badfinger et David Bowie. Il retrouve Yes en 1983 et grave avec eux le fantastique « 90125 » qui cartonne dans un style toujours techniquement irréprochable, mais plus mélodique et moins Progressif. Il les quitte à nouveau en 1995. Avant Yoso, il faisait partie du quatuor Circa, avec Jimmy Haun et deux ex-Yes, Alan White et Billy Sherwood.

Plus jeune (il est né en 1965), l’Américain Billy Sherwood a automatiquement travaillé plus tardivement avec Yes. À partir de 1994, on l’y retrouve autant comme multi-instrumentiste (basse, guitare et claviers principalement) que comme ingénieur du son et producteur. Il lie des liens privilégiés avec le bassiste Chris Squire et participe avec lui à quelques projets spécifiques, dont Conspiracy.

Né en 1947, l’Américain Bobby Kimball est à l’origine un spécialiste des sessions. Il intègre Toto dès sa constitution en 1977 comme chanteur principal et engrange avec eux des succès à la pelle. Epuisé, mal en point, il les quitte en 1984 après l’album « Toto IV », excellent et particulièrement rémunérateur. Il les assiste encore à l’occasion en session, mais ne les rejoindra, requinqué, qu’à partir de 1997. L’album du retour s’intitule « Mindfields » et sort en 1999. Toto est dissous en 2008 et en 2009, à soixante-deux ans, il intègre Yoso.

Le concert au Spirit of 66 a rencontré un succès incontestable, presque garanti rien qu’au vu du fantastique répertoire choisi. On pouvait ainsi reconnaître des titres de l’album « 90125 » (1983) de Yes (« Owner of a Lonely Heart », « Changes », « Cinema »), de « Toto » (1978) (« Hold the Line ») et « Toto IV » (1982) (« Rosanna » et « Africa »), pour ne citer que ceux-là. Quant aux titres de Yoso, tous composés par le duo Sherwood/Kimball, ils ne sont pas à dédaigner, et en particulier « Yoso », purement dans la continuité de Toto, et « Walk Away », qui devraient rencontrer un beau succès.

Malgré leurs longues années de scène, ils ne se la pètent pas. Billy Sherwood et Bobby Kimball sont même franchement sympathiques et souriants, cherchant à l’occasion la participation du public. Pourtant, en tant que chanteur, ils n’ont pas toujours été gâtés. De gros problèmes de son et de balance ont parfois rendu leur prestation quasi-inaudible, ce qui est un comble quand on connaît la puissance vocale de Bobby Kimball. Même pour sa reprise de « Burn down the Mission » d’Elton John qu’il présentait seul aux claviers, le volume sonore de son instrument écrasait sa propre voix. Le choix de « Louisiana Blues » de Muddy Waters dans le répertoire fut aussi une surprise agréable.

À la guitare, à la basse et à la batterie sur l’album « Yoso », Billy Sherwood s’est limité ici à la quatre cordes. Dans son cas, « limité » est un mot malheureux, car son jeu n’a rien à envier à celui de Chris Squire. De surcroît, comme chez Yes, le rôle de la basse dépasse largement l’accessoire. Il fut éblouissant du début à la fin. Sa partie en solo fut magistrale.

Le guitariste Johnny Bruhns fut l’autre très bonne surprise. Cet inconnu pour beaucoup semble œuvrer dans un Tribute Band de Yes du nom de Roundabout (une perle de « Fragile » à l’origine, présentée au concert). Tout aussi éblouissant, il rappelle ici plutôt Trevor Rabin que Steve Howe, ce qui est loin d’être un reproche. Ces interventions en solo ne sont pas piquées des vers, tout comme sa prestation seul sur scène à la guitare acoustique.

A l’arrière de la scène, Tony Kaye reste une personnalité discrète, loin de celle de l’acteur Klaus Kinski auquel il ressemble actuellement. Son jeu n’a jamais eu beaucoup de rapports avec celui de Rick Wakeman ou de Patrick Moraz qui ont plus marqués l’histoire de Yes que lui. Sans hésitation, c’est lui qui incarne le mieux dans son jeu ce lien entre les deux formations historiques, Yes et Toto. Le medley de Yes qu’il présente seul en scène ne manque pas de charmes, mais fait moins vibrer. Il est construit autour de titres de leurs premiers albums, en fait jusqu’à « Fragile ». Généralement, il cherche peu à briller, mais joue plutôt le rôle d’un simple accompagnateur, de grand talent certes.

Le batteur Scott Conner amène la même constatation.

En conclusion, une très bonne soirée malgré ces problèmes de son qui ont altéré la performance des chanteurs, particulièrement celle de Bobby Kimball.

Une pensée sur “Un super-groupe nommé YOSO

  • septembre 27, 2010 à 13:19
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    Entièrement d’accord avec ton analyse , moi aussi ravi du côté sympa de Kimball et de Sherwood.
    Merci d’avoir fait le petit rappel historique de leurs parcours respectif.

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