THERAPY? sème le trouble à l’AB

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Les Pixies (“Doolittle”), The Cult (“Love”), Killing Joke (“Killing Joke”), on ne compte plus les groupes qui ont récemment jeté un coup œil dans le rétroviseur en se focalisant sur un moment précis de leur carrière. Il s’agit en général d’un album considéré par beaucoup comme un classique que le groupe interprète dans son intégralité. Ce samedi 13 novembre, les Irlandais de Therapy? se sont pris au jeu en revisitant leur cultissime “Troublegum” devant une AB pleine à craquer. En première partie, on retrouvait des habitués puisque Driving Dead Girl a déjà ouvert à de nombreuses reprises pour un groupe de renommée internationale. La dernière fois, c’était au printemps dernier pour Black Rebel Motorcycle Club lors des Nuits Botanique. Ils sont actuellement en pleine promotion de leur deuxième album récemment sorti, “Don’t Give A Damn About Bad Reputation” et on peut dire qu’ils n’hésitent pas à mouiller leurs vestes en cuir. En effet, leur rockabilly furieux ne prend toute son ampleur qu’au travers des litres de sueur qui transpirent de leurs prestations endiablées. Malgré l’heure inhabituelle (ils ont débuté à 19h30), les spectateurs présents ont apprécié, même si, parfois, il leur arrive d’en faire un peu trop. Ainsi, était-ce vraiment nécessaire que le chanteur descende dans le public pour le dernier titre ? Mis à part cela, ils sont au point et ils ont sans doute conquis l’Atelier du Luxembourg de la même manière le lendemain en support des Black Keys.

“Troublegum” (1994) reste l’album de référence de Therapy? (le point d’interrogation est essentiel). Tout rockeur qui se respecte se souvient du moment précis où il est tombé sous le charme de ce disque parfait de bout en bout. Personnellement, c’était sur le chemin du travail, un samedi après-midi, en écoutant le hit-parade des albums sur feu Radio 21. Je suis instantanément resté scotché et ai directement bifurqué vers le magasin de disques le plus proche. Le soir même, il devenait mon disque de chevet et depuis, il occupe une place de choix dans le top des albums qui ont balisé mon existence…

Le public présent ce soir est, majoritairement, à l’image du groupe, c’est-à-dire légèrement bedonnant comme Andy Cairns (qui a conservé son regard expressif à souhait mis en valeur par un éclairage venant du sol) ou avec quelques cheveux en moins à l’instar du bassiste Michael McKeegan, quand ce n’est pas un peu des deux à la fois. Le batteur Neil Cooper, quant à lui, est présent depuis 2002 et il se révèle diablement puissant et efficace.

“Troublegum” dans son intégralité et dans l’ordre des plages, inutile de vous dire qu’il n’a pas fallu plus des trois coups de batterie de l’intro de “Knives” pour que les pogos affolent le devant de la scène. Et “Screamager” n’allait évidemment rien arranger au phénomène, vu qu’il vous emporte littéralement dans le moshpit. Deux chansons et nous voilà déjà en transpiration. Ces mouvements de foule dont de nombreux stagedivings ne vont s’arrêter qu’à de très rares moments (les coups bleus et les courbatures ont sans doute dû être légion le lendemain au réveil). Quoi que, vu que les musiciens ont également quinze ans de plus, ils se ménagent quelques secondes de répit entre les morceaux, qui permettront à Andy Cairns de dialoguer abondamment avec l’assemblée. Il abordera la politique sans la nommer (en comparant habilement et en sous-entendu les frictions entre l’Irlande du Nord et du Sud à celles que nous connaissons dans notre pays) mais il rendra aussi hommage à Kurt Cobain et à Gregory Isaacs notamment à qui il dédiera l’excellent “Die Laughing”, arrivé juste après “Nowhere”, un des titres qui a le plus déchaîné les passions ce soir, tout comme le puissant “Trigger Inside” un peu plus tard.

De toute façon, cet album ne contient aucun temps mort et, comme le public est chaud comme la braise, Andy Cairns s’amusera à le travailler comme il sait si bien le faire. Il profitera également des breaks pour commenter certains titres. Ainsi, on se doutait qu’il appréciait tout particulièrement Joy Division mais on en a eu la confirmation grâce à leur magique adaptation d’“Isolation”, sur laquelle on a l’impression que sa voix provient d’outre-tombe alors que la basse de Michael McKeegan prend réellement aux tripes. Retenons encore, au hasard, “Lunacy Booth” (et son fameux “Christ” hurlé) ainsi que “Femtex” (et son hymne “Masturbation saved my life” en guise d’intro).

Ils ont poussé le vice jusqu’à laisser le morceau caché (oui, “You Are My Sunshine” avec le scratch du disque griffé au bout d’une trentaine de secondes répété à l’infini). Le temps de changer de t-shirt et les revoilà de retour pour une deuxième partie axée sur le reste de leur carrière, mais en évitant soigneusement de tomber dans un set greatest hits. On a ainsi eu droit aux deux extrêmes, “Meat Abstract”, leur tout premier single en 1990 et “Exiles”, un extrait de leur dernier album en date (Crooked Timber en 2009). Alors que le seul bémol de la première partie avait été un son approximatif qui tranchait avec la limpidité cristalline qui caractérisait le CD, la suite allait se révéler bien plus équilibrée, même si des moments de flottements allaient quelque peu faire redescendre l’ambiance (“Nausea”, “Opal Mantra”).

Cela dit, la fin allait renouer avec l’énergie et la furie des débuts. Lisez plutôt: “Epilepsy” et “Stories” (les deux morceaux d’intro d’“Infernal Love”, le très travaillé follow-up de “Troublegum” en 1995) allaient précéder deux titres bruts et sans concession, “Potato Junkie” pendant lequel Andy Cairns fera littéralement hurler la ligne “James Joyce is fucking my sister” au public, ainsi que “Teethgrinder”, le tout précédé par quelques mesures du “Gloria” de Van Morrison à la sauce Therapy? bien entendu.

Une fois de plus, ils ont fait le boulot et ils ont prolongé le plaisir avec les spectateurs en partageant une bière ou l’autre avec eux, tout en ne refusant jamais un autographe ou une photo aux côtés d’un fan. Une proximité et une accessibilité rares pour un groupe qui fête cette année son vingtième anniversaire. Cela dit, même si on a passé une excellente soirée, on se demande un peu ce qui pousse ces groupes à se tourner vers la nostalgie. Auraient-ils des doutes quant à leur futur ? Seul l’avenir nous l’apprendra…

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