Rock Sound Festival : Punk, Rock, Métal et Inondations dans la Cité des Géants

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Un grand nombre de nos compatriotes se souviendront du samedi 13 novembre 2010 comme de la journée noire au cours de laquelle canaux et rivières sont sortis de leur lit pour vomir boue gluante et feuilles mortes jusque dans leurs rues et dans leurs maisons ; prenant, au passage, quelques vies innocentes. Quelques centaines de rockers, punks et fans de métal hennuyers quant à eux, commémoreront cette date, comme celle du jour béni où ils se sont pris une bonne giclée d’Ultra Vomit en pleine face. C’est par pur esprit de revanche que Bernie, le photographe attitré de notre joli webzine, s’est juré d’infliger à votre serviteur le douloureux spectacle d’un festival punk/hardcore. Il faut dire, à la décharge du punkillon que, depuis le début de l’année, ses nerfs ont été mis à rude épreuve puisque, par ma faute, il a été obligé de couvrir une série relativement impressionnante de concerts métal. Cela vous surprendra peut-être mais, pour quelqu’un qui croit dur comme fer que la Sainte Trinité est un trio vocal composé de Joey Ramone, Jello Biaffra et Johnny Rotten, cela tient carrément du calvaire. C’est donc en croyant tenir enfin l’occasion de me rendre la monnaie de ma pièce que le bougre nous a fait inscrire sur la ‘guest-list’ du Rock Sound Festival. Si, sous ses dehors peu avenants, notre ami Bernie est un véritable artiste dès qu’il tient un ‘Nikon’ entre les mains, il n’est pas vraiment surdoué en matière de vengeance. Et la punition, qu’il a sournoisement tenté de m’infliger, était à vrai dire une très bonne surprise. Premièrement, parce que le Rock Sound Festival se déroulait dans la bonne ville d’Ath ; la Cité des Géants, celle-là même qui me vit naître et dans laquelle je passai une grande partie de ma vie. Ce petit retour aux sources fut donc hautement apprécié. Ensuite, parce que la tête d’affiche du Rock Sound n’était autre qu’Ultra Vomit, cet excellent combo métallico-comique dont la prestation au Raismefest fut l’un de mes concerts favoris de l’année 2009.

Il est midi pétant lorsque je me gare devant la Salle Spoculo d’Ormeignies, une ‘salle des fêtes’ située à quelques kilomètres du centre d’Ath qui, d’aussi loin que je me souvienne, a toujours accueilli les ‘boums’ estudiantines locales. L’ambiance aujourd’hui est toutefois un peu différente. À peine arrivé, j’aperçois, courant sous la pluie battante, quelques coupes iroquoises qui s’engouffrent dans l’entrée, craignant probablement d’aplatir leur superbe panache. À l’intérieur de la salle, l’ambiance est on ne peut plus familiale. Punks, métalleux et rockers se côtoient et semblent même s’apprécier. Une telle vision, dans les années quatre-vingt aurait été aussi incroyable que celle du paradis promis, chaque dimanche matin, par nos amis témoins de Jéhovah. L’organisation est plutôt sympathique, et (cela se vérifiera jusqu’à la fin des festivités) diablement efficace. Bernie est déjà là, calé au bar, soda d’origine américaine à la main, occupé à parler photo avec un collègue. Un brin tristounet le Bernie puisque ses amis de 15 Reasons, supposés ouvrir les festivités, ont été obligés de déclarer forfait. (NDR : le groupe bruxellois aurait prêté son bassiste aux Américains de ProPain pour le temps d’une tournée européenne.

C’est donc à un trio local nommé Krush que revient de plaisir de tester la sono. Et il ne s’en sort pas trop mal. Pourtant, ce n’était pas gagné d’avance. Imaginez trois bambins (la moyenne d’âge doit avoisiner les 15 ans) se lançant dans des reprises plutôt réussies de Green Day, Red Hot Chili Peppers, Blur, White Stripes, et même Joan Jett, avec pour seules armes une batterie, une guitare et une guitare synthé. ‘On se croirait à l’École des Fans’ me lance Bernie avec cette méchanceté naturelle qui, curieusement, semble exercer une certaine attraction auprès du sexe opposé. Toujours est-il que les trois gamins s’en sortent avec les honneurs et que le public, encore clairsemé à cette heure, salue avec respect, ces talentueux rockers en herbe.


J’ai presque honte de l’avouer devant Bernie, mais, Ultra Vomit mis à part, c’est un groupe punk qui, aujourd’hui, me donne le plus de frissons. Son nom : Corbillard. Originaire, lui aussi, de la région athoise, le quatuor keupon d’un charisme certain ainsi que d’une solide expérience de la scène. Corbillard, pour faire bref, ce sont quatre mecs, sympas, bourrés d’humour et à fond dans leur trip, qui balancent un punk rock carré, accrocheur et vindicatif. Les lyriques, vraiment bien écrites, en français sont un véritable plus. Le public ne s’y trompe pas, désertant pour le temps du concert le bar et le stand nourriture afin de se lancer dans le premier pogo de la journée. Les quatre musiciens, véritables pros sous leurs airs anarchistes, ne se laissent même pas démonter par les problèmes techniques et profitent d’un souci de guitare pour se lancer dans une improvisation ‘bossa nova’ basse/batterie plutôt bluffante. À revoir. (NDR : Corbillard distribue son premier EP via sa
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. Avis aux amateurs (et aux professionnels qui feraient bien d’y jeter une oreille).

Comme 15Reasons, Dark Sensation a décidé de boycotter l’événement pour continuer à assurer la première partie européenne de Pro-Pain. Qu’à cela ne tienne, puisqu’ils sont remplacés par Spitdown ; quatre liégeois plutôt brutaux qui distillent un mélange décapant de hardcore et de sludge métal. Décoiffant, certes, mais un peu linéaire et pas vraiment transcendant.


Le hardcore old school des montois de No Brain quant à lui ne déçoit pas. Dans un style ayant quelques similarités avec celui de Spitdown, mais un ton au dessus, le quatuor hennuyer fait autant de dégâts dans les premiers rangs de la salle Spoculo que la tempête n’en fait à l’extérieur. Comme les digues de Ruisbroek exposées à la fureur des éléments, ce sont les barrières nadar délimitant le ‘frontstage’ (NDR : ce petit espace réservé aux photographes qui permet à Bernie de faire de jolies photos sans se faire bousculer) qui rompent sous la pression du flot de corps en mouvement. Violent et intense. No Brain annonce un album pour l’année prochaine. Nous l’attendons avec impatience !

Dix-huit heures approche et c’est l’heure du plat de Resistance. Cette expression culinaire est inespérée puisqu’elle décrit bien la musique de ce combo montois appelé Resistance qui propose un deathcore assez ‘plat’. Le métal, ultra-bourrin, limite du death, à ceci près qu’il est amputé des soli de guitares qui sont l’un des seuls attraits du genre, n’est pas vraiment ma tasse de Jupiler. Cela dit, cet avis est tout à fait personnel. Le groupe assure, et ce n’est probablement pas pour rien s’ils ont, eux aussi, été invités par Pro-Pain à ouvrir quelques dates de la tournée européenne. Si la prestation du combo nous laisse sur notre faim, nous saluons tout de même son courage car, contrairement à Dark Sensation, Resistance a pris la peine de rentrer d’Allemagne (où se produit Pro-Pain actuellement) pour le simple plaisir de participer au Rock Sound Festival.


Retour au punk rock, avec les Bad Chickens. Le combo, originaire de Valence dans le sud de la France, bénéficie d’une petite présentation surprise amusante organisée par ses compatriotes d’Ultra Vomit. Les Bad Chickens font du punk rock mélodique et ont décidé de jouer la carte de l’humour. Malheureusement pour nous, ils sont beaucoup moins drôles qu’ils ne le pensent. Les cinq pseudo-rigolos ont tendance à en faire trop et, souvent, leurs blagues de potache tombent un peu à l’eau. Musicalement cependant, rien à redire. Du bon punk rock, joué dans la bonne humeur avec en bonus, une petite reprise bien torchée du “Suzy Is A Headbanger” des Ramones.

Pour ceux qui l’ignoreraient encore, les quatre Nantais d’Ultra Vomit sont de véritables comiques. La foule, amassée devant la scène pour observer le ‘sound check’ se paie d’ailleurs une bonne tranche de rigolade. Si, au début de sa carrière le groupe diluait son humour au travers d’un grindcore bourrin rappelant beaucoup celui de Gronibard, c’est avec son dernier opus en date, l’hilarant
Objectif Thunes
, que le quatuor a trouvé sa voie : la parodie du métal, tous styles confondus.


Après avoir souri de l’entrée en scène clichéesque plagiant Manowar et Spinal Tap, le public athois se prend dans les dents le désopilant “Quand J’étais Petit”, une reprise de la célèbre comptine paillarde, jouée à la sauce Motörhead, sur laquelle Fetus (chant et guitare) imite à la perfection le grain, pourtant réputé inimitable de Lemmy. “Darry Cowl Chamber” pour suivre, est une nouvelle preuve de l’humour débridé du combo. Un titre nu metal, ‘à la Coal Chamber’ où les paroles sont chantées avec le défaut de prononciation de l’acteur français Darry Cowl. Le Rock Sound Festival étant, nous l’avons dit, un festival familial, une bonne dizaine de gamins ne dépassant pas le mètre de haut (Bernie a vérifié, ce n’étaient pas des nains) se dandinent dans la salle, les oreilles bien protégées par des bouchons couleur banane. Ultra Vomit en profite, pour leur apprendre “Les Bonnes Manières”. Se fendant d’un petit retour en arrière dans sa discographie, le groupe nous fait subir la reprise grindcore du subtil “Tirelipinpon”. Petit moment d’émotions nécrophile ensuite, avec la superbe ballade “Je ne t’ai jamais autant aimée” dont les paroles auraient probablement fait frémir Monseigneur Léonard si d’aventure, il s’était présenté à la salle Spoculo.


Changement d’ambiance radical ensuite avec “Mountains Of Math”, la parodie scolaire du terrible “Mountains Of Might” des black métalleux norvégiens d’Immortal. Dans la salle, ceux qui ont compris l’allusion se marrent encore. C’est vrai qu’il faut parfois une bonne connaissance de la scène métal pour comprendre ou les quatre Nantais veulent en venir. Après l’instrumental “Terminator”, Flockos, le guitariste/chanteur à la coiffure d’iroquois, invite sur scène un chanteur local afin de lui faire interpréter une reprise brutale d’“Une souris verte”. Ceux et celles qui ont déjà assisté à un concert d’Ultra Vomit savent très bien qu’accepter ce genre d’invitation est une grossière erreur. Cette fois, c’est un pauvre bougre nommé Vancou qui en fait les frais. Sa prestation n’est en fait qu’un prétexte à introduire le titre “Pauv’ Connard” sur lequel notre sympathique concitoyen en prend pour son grade. Vancou se fera d’ailleurs charrier par le groupe à de nombreuses reprises et ce, jusqu’à la fin du concert. En accord avec Bernie, je ne cautionnerai pas les subtils “Poil de Cul”, “Croute de pus” ni même l’immonde “Je possède un cousin”. Puisque personnellement je leur préfère des titres un peu moins ‘pipi-caca’ tels que l’amusant “Boulangerie-Pâtisserie” et l’excellent “Callojira”, reprise du “Face à la Mer” de Callogero interprétée à la manière de Gojira. La grande force d’Ultra Vomit, c’est que chacun de ses membres possède le sens de l’humour et de la dérision. Outre les vannes de Fetus et Flockos, nous avons donc aussi droit à l’hilarant solo de batterie ‘raté-exprès’ d’Emmanuel ‘Manard ‘Colombier suivi d’une parodie de chorégraphie heavy métal sur un titre parlant de Formule 1 dont le nom m’échappe. Inutile de vous dire que la salle est divisée entre les gens qui prennent leur pied en rigolant et ceux qui prennent leur pied en dansant, pogotant, slamant ou en bougeant, tout simplement. Le seul qui ne rigole pas dans la salle, c’est mon pauvre Bernie, dont le travail de capteur d’images est devenu un véritable chemin de croix depuis que l’organisation a jugé bon de retirer le ‘frontstage’ et qu’il se retrouve de ce fait occupé à shooter le concert, planté en plein œil d’un vortex de corps déchaînés.

Vous l’aurez compris, l’auteur de ces lignes vénère Ultra Vomit. Ces quatre mecs sont parfaits. Trop parfaits, c’est d’ailleurs le problème. Leur show est travaillé et rôdé à l’extrême. Et si leur prestation du Raismesfest était pour moi le concert de l’année 2009, celui de du Rock Sound Festival, identique, mot pour mot, vanne pour vanne, imitation pour imitation et titre pour titre a, ce soir, un petit goût de réchauffé. Ne vous méprenez pas. Comme la fois dernière, je prends mon pied. Un peu comme l’on prend plaisir à revoir un film que l’on a aimé. Mais j’attendrai cependant que le groupe renouvelle son répertoire avant de m’en payer une troisième tranche. C’est presque devenu culte, Ultra Vomit termine sa prestation en beauté avec “Je Collectionne Des Canards (vivants)”, laissant le public athois exténué et satisfait d’avoir autant ri.

Rappelés au bercail par le bruit des pompes vide-cave et des sirènes de pompiers, Bernie et moi regagnons nos foyers inondés laissant les Athois profiter, en ‘after-party’, de leur combo culte Poulycroc.

Saluons avant de terminer, l’organisation du Rock Sound qui, avec les moyens du bord, continue à faire vivre le rock au Pays Vert ! Chapeau bas et Respect !

Les autres photos de

Krush
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Corbillard
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Spitdown
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No Brain


Resistance
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Bad Chickens
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Ultra Vomit

Photos © 2010 Bernard Hulet

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