OMD aligne les hits mais oublie de prendre des risques

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Je dois vous avouer que lorsque l’on m’a proposé de chroniquer le concert d’Orchestral Manœuvres In The Dark à l’Ancienne Belgique le lundi 22 novembre 2010, j’ai longuement hésité avant d’accepter la mission. En effet, ce groupe est tellement associé aux années 80 qu’il draine immanquablement une partie de spectateurs fanatiques pour qui la curiosité musicale s’est arrêtée au réveillon de la Saint Sylvestre de 1989. Mais vu qu’un nouvel album (“History Of Modern”) est sorti récemment, on pouvait espérer autre chose qu’un traditionnel set greatest hits… Pour ouvrir la soirée, ils avaient convié Mirrors, un groupe originaire de Brighton qui puise largement ses influences dans la vague new wave résolument synthétique du début des années 80. D’abord, ils sont tous les quatre en col et cravate et adoptent une attitude à la Kraftwerk, si ce n’est qu’ils sont légèrement moins statiques. Ensuite, la physionomie du chanteur le rapproche de Gary Numan, sa voix fait penser à Marc Almond (du temps où il officiait dans Soft Cell) et sa manière frénétique de bouger à Ian Curtis. Enfin, outre les synthétiseurs à proximité immédiate des musiciens, une batterie électronique apporte une petite touche kitsch à des compositions agréables à l’oreille, certes, mais pas suffisamment efficaces que pour y rester.

Derrière eux, des animations simplistes sont projetées sur un mini écran sans pour autant apporter une plus-value visuelle marquante. Il est vrai qu’ils jouent en support et qu’ils n’ont pas intérêt à empiéter sur les stars de la soirée… Rien de bien révolutionnaire, donc, mais le public présent (à la moyenne d’âge facilement quinquagénaire) appréciera et ne souffrira pas d’un choc de générations trop violent.

C’est alors qu’un truc complètement improbable se produira. En effet, juste à la fin du set de Mirrors, alors que les lumières de la salle venaient à peine de se rallumer, un type est monté sur scène, micro à la main et s’est adressé (en français) à l’assemblée pour… demander sa compagne en mariage. Original, certes, mais la pauvre fille avait l’air tellement perdue que l’on ne sait toujours pas si elle a répondu oui…

Comme beaucoup de ses congénères, le succès d’Orchestral Manœuvres In The Dark s’est effiloché au fil du temps et les dissensions entre les membres ont conduit à une séparation inéluctable. Durant dix ans, on a donc parlé d’OMD au passé. Toutefois, en 2006, le line-up original s’est réuni, au départ pour se concentrer sur leur période faste. Puis, au vu de l’accueil que leurs fans fidèles leur réservaient, ils sont finalement retournés en studio pour enregistrer un onzième album, quasi après quinze ans de silence.

L’intro du concert sera assez futuriste, prouvant que le groupe a conservé cet attrait pour les nouvelles technologies. Deux têtes synthétiques projetées en 3D sur un rideau noir à l’avant de la scène vont en effet lancer les festivités de surprenante manière. Une fois le rideau tombé, ils sont tous là. Paul Humphreys derrière son synthé, cheveux grisonnants et attitude de crooner. Andy McCluskey, léger embonpoint, en col et cravate lui aussi (pas pour longtemps) et sa basse autour du cou. Derrière eux, le second claviériste Martin Cooper et le batteur Malcolm Holmes sont parés…

C’est sur un nouveau titre, “New Babies: New Toys” que les réglages vont se peaufiner et qu’Andy McCluskey laissera tomber la veste. En effet, il dégoulinera de sueur avant même d’entamer un premier regard dans le rétroviseur (“Messages”). Ce type a une énergie dingue et il ne va pas tenir une seconde en place (même lorsqu’il laissera le devant de la scène à Paul Humphreys pour “(Forever) Live And Die”, il ne pourra s’empêcher de faire le pitre). Surtout que “Tesla Girls” arrive et va déchaîner le public qui, lui, veut se replonger dans ses années de jeunesse.

Ils ne vont toutefois assurer que le minimum syndical par rapport à leurs nouvelles compositions. Cinq titres en tout et pour tout, oscillant entre pop efficace (“History Of Modern Part I”) ou facile (l’évangélique “Sister Mary Said”), flippant (“New Holy Ground”) et banal (“Green”), le tout estampillé de la voix caractéristique d’Andy McCluskey et du cachet OMD, bien entendu.

A part ça, on va majoritairement faire un bond de plus d’un quart de siècle en arrière avec un paquet de singles qui vont, chacun à leur tour, rappeler des souvenirs. Surtout que les projections s’inspirent soit des clips de l’époque, soit des pochettes des 45 tours. Ainsi, “Locomotion” me rappellera une compilation en cassette achetée en 1984, “So In Love” un de mes dix premiers vinyles, “Souvenir” correspond à une caisse de 45 tours griffés trouvés dans un grenier et que “Sailing On The Seven Seas”… Mouais, après tout, tout le monde s’en fout…

Retenons quand même deux titres plus obscurs, “Bunker Soldiers” (“OMD”, 1980) et “She’s Leaving” (“Architecture & Morality”, 1983) qui montrent une facette un peu moins guillerette du groupe. Sans surprise, le classique “Enola Gay” va mettre un terme au set principal dans le délire qu’on vous laisse imaginer… Sauf que nous, on n’est pas dans ce trip revival soirées années 80…

En rappel, le sous-estimé “Walking On The Milky Way”, qui était le dernier single à avoir fait (pâle) figure dans les charts anglais en 1996 avant d’une nouvelle fois se replonger sur la piste de danse avec l’efficace “Electricity”. Verdict ? OMD a donné aux spectateurs ce qu’ils étaient venus chercher : de la nostalgie. Mis à part les nouveaux titres, ils ont sans doute donné le même concert qu’il y a dix ans et il y a beaucoup de chance que s’ils sont toujours là en 2020, peu de choses changeront. Cela dit, pour être honnête, on ne s’attendait pas à autre chose…

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