« S-t-weety » Jónsi, l’homme à la plume

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21 novembre, 21h, c’est un Cirque Royal à peine déconcentré par une première partie assez peu convaincante qui se retrouve comme une boîte noire attendant le chant du pinson.

En effet, seul à la guitare, Nils Verresen ou The Bear That Wasn’t à lui tout seul, chargé de la première partie de ce premier soir, nous a lassés après deux morceaux de son folk singulièrement murmuré. Même un petit tour dans notre enfance, avec une reprise tout droit tirée des chansons de Mary Poppins, ne suffira pas à éveiller l’intérêt. Fine, mais sans relief, la prestation se termina malgré tout par un morceau un peu plus accrocheur. Il nous en aurait mis deux de plus du même style dans son set, et nous aurions vu les choses différemment.

Fort des écoutes répétées de Sigur Rós. Fort de l’
article
« on ne peut plus complet et juste » des Oliviers de la maison. Fort de la retransmission du 29 mai sur ABtv du premier concert belge du leader de cette formation curieuse, solitaire pour quelque temps. Fort d’un CD studio au design léché. Fort de tout cet intérêt médiatique, je m’étais préparé à vivre de la meilleure manière qui soit ce concert dédoublé le lendemain pour cause de salle remplie ce dimanche. Ce ne fut pas inutile.

Sur une scène dont le décor principal fut l’écran arrière où des projections sans cesse différentes ont défilé au fil du concert, Jónsi Birgisson se présenta seul pour “Stars in Till Water”, le premier des trois premiers morceaux chantés dans la pénombre. Aux photographes, recasés sur les extrêmes du bord de scène, de se débrouiller avec ce qu’il leur est offert, en résumé, pas grand-chose. Juste par politesse, on dira, pour ne pas le fâcher. Il n’est pas étonnant de voir les non accrédités éditer sur leur blog des photographies vraiment représentantes du spectacle offert ce soir vu que quelques beaux objets semblaient avoir échappés au contrôle de la sécurité.


C’est donc au 4e morceau que la féerie et la maestria de l’artiste prirent leur envol. Plongé dans un brouillard jaune, la silhouette de l’homme-oiseau, les changements de places, les mouvements des musiciens doublaient de leurs contre-jours cet écran arrière omniprésent.

Une forêt, qui attend le jour, qui se remplit d’eau, qui s’enflamme de tons colorés, qui s’embrasse dans un feu rougeoyant. Des animaux qui traversent l’écran, biches, chevreuils, un renard peut-être pour le petit qui allait plus vite que les autres. Une fourmi, dix fourmis, beaucoup de fourmis, une invasion de fourmis. Et autant de lucioles pour un autre balai nocturne. Noir, sépia, colorées, les images créaient une magie parfois contrastée par les éclairages jaune soufre ou blanc glacier qui n’hésitaient pas à déborder de la scène pour envahir un public pris à partie dans le voyage de l’Islandais.

Ce perpétuel changement visuel s’imprégnait dans les esprits par l’intermédiaire des pupilles des spectateurs comme anesthésiés par le charme ou par l’audace.

Leurs oreilles servaient à autre chose. Vecteur de l’information sonore dégagée par le quintette, elles subissaient le même travail de sape des âmes pour les recomposer en admirateurs ébahis assis calmement sur les sièges du Cirque.


Tantôt au piano, tantôt à la guitare acoustique ou électrique, le piaf venu du Nord, autant que ses musiciens, diversifia les instruments et les plaisirs. Trois claviers, un xylophone, une guitare basse, des percussions diverses allant de la batterie aux chaînes étaient disposés sur le terrain de jeu pour le plaisir de chacun, Alex Somers en tête, le compagnon venu de Sigur Rós pour suivre son ami. Le leader de la formation post rock semble d’ailleurs bien moins timide en solitaire. Sa communication avec le public se limita à « rien » en paroles – la présentation de “Go Do” uniquement – mais son jeu de scène paraît plus libre. Agrémentant ses interventions musclées de déplacements parfois sans direction, il finira plusieurs fois en bord de scène.

Le set principal sera terminé comme il avait été commencé, en solitaire. Mais en suite de la puissance d’“Around Us”, des boucles d’effets sonores serviront de tapis à la sortie des musiciens laissant Jónsi terminer de sa voix haut perchée pour le bonheur des présents.

Le retour, après une ovation chaleureuse mais peu fournie, sera celui du rappel dantesque.
Toujours vêtu de sa tunique bariolée à franges, le rossignol surmonté d’une coiffe de perroquet cette fois, attaqua son public pour définitivement le rendre béat. Lâchant les fauves, les rythmes. Léchant les accords, les puissances naturelles. Lézardant sous les lumières chaudes tout en galopant sous la pluie glacée. Jónsi dicta l’invasion sonore qui remplit la salle. L’émoi du public prenant le chemin inverse pour le pousser à la transe chamanique. “Grow Till tall” a donc vu l’écran se remplir d’une tempête comme seuls les 60e Nord peuvent connaître. Le sens de la pluie et du vent allant de droite à gauche comme pour un retour en arrière. Le groupe tout entier, son leader transformé en aigle se jetant sur le sol de la scène comme un rapace sur sa proie en tête, nous entraînant inexorablement vers une fin à la recherche du big bang originel.

« Qui aime Jónsi, doit voir Jónsi ! »

Rattrapez-vous avec le prochain
live
si besoin.

Set list à l’humour islandais (soit comme elle était écrite quelques mots en moins) :

  • Not My Daugther
  • Hengin
  • Green sleeves
  • Koldnidurememberit
  • TornadOLD
  • Sinking Seniorcitizenships
  • Saint Alzheimer
  • Go Do
  • Old Boy Lilikoi
  • Mamal Osteoarthiritstics
  • Huge Prostate song
  • Around Us
  • Stickes and Wheelchairs
  • Grow till…you down anymore

Les autres photos de

Jónsi
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The Bear That Wasn’t

Photos © 2010 Simon Degossely

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