Le bilan 2010 made in Wouty

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Le début du mois de janvier rime traditionnellement avec une analyse en forme de bilan de l’année écoulée. Chacun y va de sa petite liste en restant forcément subjectif sur le contenu. Voici donc ce que l’on retiendra en priorité de 2010… Albums de l’année

Notre album de l’année aura mis un peu plus de temps à se révéler que l’an dernier (pour rappel “To Lose My Life…” de White Lies était sorti dans la première quinzaine de 2009). On a cette fois attendu le mois de mai pour tomber sous le charme de “High Violet”, le cinquième album de The National. Avec “The Boxer”, leur précédent opus de 2007, ils avaient déjà placé la barre très haut. “High Violet” fait encore mieux. En effet, ils ont réussi à peaufiner leur style en canalisant davantage l’émotion dégagée par leurs compositions tout en privilégiant des arrangements classiques qui magnifient la voix troublante du chanteur. Paradoxalement sombre tout en proposant des idées lumineuses, cet album a permis à The National de convertir de nouveaux adeptes. Après plus de dix ans de labeur, ils récoltent enfin ce qu’ils ont patiemment semé. Et quelque chose nous dit qu’ils n’ont pas fini de nous surprendre…

En deuxième position, on a choisi “The Suburbs”, le troisième album d’Arcade Fire qui, après un difficile “Neon Bible” en 2007, est revenu aux racines qui avaient fait d’eux une des révélations de 2005. Pourtant produit par le même bonhomme (Markus Dravs), on a cette fois l’impression qu’il a laissé davantage le groupe s’exprimer en studio. On tient ici un disque plus léger et moins sombre que le précédent, avec des moments lumineux qui rappellent “Funeral”, leur excellentissime première plaque. Win Butler y chante magnifiquement bien, les arrangements sont exquis et les sonorités lumineuses. Il ne manque qu’une date de concert en salle pour couronner le tout.

Derrière ces deux machines, un petit groupe liégeois a résisté à l’envahisseur en proposant un surprenant album basé sur un opéra rock indépendant. On attendait My Little Cheap Dictaphone au tournant, ils ont répondu à leurs détracteurs de la meilleure des manières en faisant de “The Tragic Tale Of A Genius” un album incroyable d’ambition et de maturité. Pourtant, c’était loin d’être gagné d’avance. Leurs deux premiers albums (le très minimaliste “Music Drama” et le trop country “Small Town Boy”) n’avaient pas fait l’unanimité et le projet parallèle du leader Redboy (Hollywood Porn Stars) avait même fini par éclipser son groupe principal. Les pendules sont donc remises à l’heure grâce à cette création hors du commun qui a été déclinée sur scène avec un visuel d’une rare efficacité et des parties de cordes grandioses. Ils ont travaillé dessus pendant deux ans, mais le jeu en valait la chandelle…

Albums belges de l’année

Inutile de vous dire que notre album belge de l’année n’est autre que “The Tragic Tale Of A Genius” de My Little Cheap Dictaphone (voir ci-dessus). Juste derrière, ce sont les Tellers qui ont reçu nos suffrages avec un deuxième album (“Close The Evil Eye”) largement supérieur au surestimé “Hands Full Of Ink” paru en 2007. Et ce n’est pas la seule présence de Gordon Raphael (le producteur des deux premières plaques des Strokes) aux manettes qui explique cette évolution. Le talent est bien là et ils ont, à force de travail, réussi à se forger un son qui ne doit plus rien à personne, et surtout pas aux Libertines qu’ils avaient énormément écouté à l’époque. Sans doute le retour le moins attendu de l’année qui a débouché sur une excellente surprise.

Autre retour gagnant, celui d’Ozark Henry qui a, avec “Hvelreki”, repris sa place d’auteur compositeur incontournable sur l’échiquier musical belge. Après l’harassante promotion qui a suivi la sortie de “The Soft Machine” en 2006, Piet Goddaer a pris un peu de recul. Il en a profité pour voyager autour du monde afin de glaner de nouvelles idées qui se retrouvent en filigrane sur son sixième album produit par Youth en personne (excusez du peu). Cet album renoue avec les atmosphères et les ambiances qui avaient fait de lui un des artistes belges phares du début des années 2000. Il sera sans doute une des personnalités les plus en vue tout au long de 2011.

Singles de l’année

Il y a de grandes chances pour que le titre que nous avons plébiscité comme single de l’année vous soit totalement inconnu. En effet, Dag För Dag, duo américain exilé en Suède composé d’un frère et de sa sœur a sorti un premier album passé quasi inaperçu en début d’année, “Boo”. Sur cet album, on retrouve “I Am The Assassin”, composition dépassant à peine les deux minutes mais dont l’intensité ne peut que vous laisser bouche bée. Des guitares légèrement saturées, une voix qui l’est tout autant avec un potentiel envoûtant évident, une mélodie à faire tomber. Bref, il n’a pas fallu chercher beaucoup plus loin. En plus, ce titre fait partie d’un EP (“Releases”) téléchargeable gratuitement via leur site Internet. Dès lors, pourquoi se gêner?

Pour compléter le podium, deux extraits d’albums dont on a déjà parlé, “He’s Not There” de My Little Cheap Dictaphone et “Conversation 16” de The National (dans un sens ou dans l’autre), deux titres qui nous emportent toujours autant.

Concerts de l’année

D’une manière générale, il ne faut pas bien longtemps pour se rendre compte que l’on est en train d’assister à notre concert de l’année. Il règne en effet comme une atmosphère particulière et les premiers instants font état d’un moment privilégié qui nous transporte. En 2010, cette alchimie s’est produite le 31 mai à l’Ancienne Belgique, des œuvres de Kasabian. Dès les premières notes de “Fast Fuse”, on savait qu’il allait se passer quelque chose. Et notre flair ne nous a pas trompés. Une prestation pleine, intense et incendiaire de la part d’un des meilleurs groupes live de ces dernières années. Et le fait qu’ils ne soient pas les plus réguliers du circuit (leur dernier concert chez nous datait de février 2007) n’a fait qu’amplifier la chose.

Autre concert qui ne nous a pas laissé une seule seconde de répit, c’était le 9 juillet à Zottegem dans le cadre du festival Rock Zottegem. Les Charlatans avaient une heure et ont balancé des compositions de feu à un public chaud comme la braise, surtout que la température particulièrement élevée de ce début juillet avait rendu l’atmosphère on ne peut plus moite. Tim Burgess n’a quasi pas parlé mais il s’est concentré sur des interprétations sans faille des titres qui ont émaillé la carrière de son groupe depuis une vingtaine d’années. La barre était placée très haut, raison sans doute pour laquelle ils ont été beaucoup plus décevants lorsqu’ils sont revenus à l’Orangerie du Botanique quelques semaines plus tard.

Pour refermer la marche, un groupe habitué des concerts et de nos référendums de fin d’année. Single de l’année en 2009 avec “Papillon”, Editors se retrouve une fois de plus bien classé dans notre bilan avec leur prestation exemplaire au festival Rock Werchter le 2 juillet. Rien de nouveau, puisqu’il s’agissait d’une transposition allégée de leur concert de Forest National en novembre 2009. Ils ont également interprété une bouleversante version de “No Sound But The Wind”, le titre qu’ils avaient composé pour la BO du film “Twilight: New Moon”. Une version tellement réussie qu’ils l’ont sortie en single quelques jours plus tard. Eux aussi deviennent une valeur sûre du circuit et la relation privilégiée qui les lie à la Belgique n’y est pas étrangère.

Premières parties de l’année

Au rayon des groupes qui ont ouvert pour d’autres et qui étaient à deux doigts de voler la vedette à l’artiste principal, pointons tout d’abord Villagers qui jouait à la Rotonde du Botanique le 16 avril dernier avant Wild Beasts. Conor O’Brien, seul à la guitare, a fasciné une assemblée qui ne le connaissait absolument pas et a dévoilé une partie de son immense talent. Son album “Becoming A Jackal” allait sortir quelques semaines plus tard et récolter une nomination au Mercury Music Prize, avant de revenir, en tête d’affiche cette fois, dans la même salle au mois de novembre pour une prestation au moins aussi prenante.

Juste derrière, un habitué des premières parties à l’Orangerie du Botanique puisque Duke Special avait déjà ouvert pour The Divine Comedy en 2006. Cette fois, c’est pour les Magic Numbers qu’il a laissé parler son talent. Désormais seul au piano, il réussit lui aussi à captiver l’auditoire grâce à une voix cristalline et des envolées mi-classiques mi-lyriques. Au vu de l’accueil que lui réserve à chaque fois le public, on est en droit de se demander la raison pour laquelle il ne réussit pas à franchir un palier décisif.

Dans le même style, mais en encore plus pointu et presqu’atypique, The Irrepressibles ont fait fort en première partie de My Little Cheap Dictaphone au Cirque Royal le 8 mai dernier dans le cadre des Nuits Botanique. Débuté dans l’obscurité la plus complète, le spectacle proposé par ce chanteur à la voix androgyne haut perchée va en laisser plus d’un pantois. Il mettra plusieurs minutes avant de réellement imposer un style qui n’appartient qu’à lui, accompagné d’une troupe de musiciens / danseurs / chorégraphes, qui mettront en scène un spectacle dans le spectacle, devant des miroirs et mis en valeur par un jeu de lumière savamment étudié. Surprenant et captivant à la fois.

Live covers de l’année

Dernière catégorie, plus anecdotique, avec les reprises qui ont émaillé les sets des différents concerts au fil des mois. La meilleure interprétation revient à The XX pour le “Teardrops” de Womack & Womack. Une preuve supplémentaire du talent de ce trio qui transforme tout ce qu’il touche en or massif. Black Rebel Motorcycle Club émaille régulièrement ses prestations de covers, mais la plus convaincante de cette année sera celle d’Iggy Pop, “Real Wild Child (Wild One)”, interprété avec beaucoup de conviction, surtout que l’iguane himself avait enregistré un petit message destiné à rendre hommage à Michael Been, le papa de Robert Levon Been, le bassiste du groupe, décédé au Pukkelpop cet été. Enfin, pour terminer, pointons la cover annuelle d’un titre de Joy Division. Cette fois, c’est à Customs que revient la palme, pour une version bluffante de “Transmission” qui n’a rien à envier à l’original.

Voilà, 2010 est derrière nous, concentrons nous dès lors sur les douze mois qui nous attendent et qui nous réservent, à n’en point douter, de nouvelles émotions musicales. Début des festivités, ce samedi 15 janvier à la Rotonde pour I Like Trains

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