KYUSS LIVES à l’Ancienne Belgique : la résurrection des princes du stoner

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Il y a des moments où la destinée sourit à l’humanité et lui offre des petits cadeaux, comme ça, gratuitement. La reformation partielle de Kyuss en est un exemple. Tous les amateurs de stoner rock savent depuis longtemps que ce groupe est l’entité séminale qui a donné au stoner ses lettres de noblesse durant les années 90 avec son rock lourd tellement original qu’il a fallu inventer un nouveau terme pour le définir. Une telle originalité ne pouvait venir que d’un esprit fertile et avec Josh Homme, leader du groupe, la fertilité est un euphémisme. Josh Homme monte Kyuss en 1988 avec ses camarades John Garcia (chant), Brant Bjork (batterie) et Chris Cockrell (basse). Les types sortent à peine de l’adolescence et baptisent d’abord leur formation Sons Of Kyuss, rapidement raccourci en Kyuss. Le premier album “Wretch” (1991) sert de mise en jambes et il faut surtout compter avec les albums “Blues for the red sun” (1992) et “Welcome to Sky Valley” (1994) pour découvrir en Kyuss le fondateur du stoner, style en provenance directe du heavy rock des années 70, fortement influencé par Black Sabbath, auquel on ajoute une touche psychédélique, cosmique, idéale pour propulser l’esprit dans des sphères narcotiques et sidérurgiques. Nick Oliveri remplace rapidement Chris Cockrell à la basse et complète un line-up qui est maintenant considéré comme historique, son remplacement par Scott Reeder en 1992 ne parvenant pas à le faire oublier.

Kyuss se sépare en 1995 après l’album “And the circus leaves town” mais est à l’origine d’une des plus prolifiques dynasties de rockers lourds. Josh Homme, maître à penser, est devenu la grande rock star de l’ensemble avec Queens Of The Stone Age et ses projets Eagles Of Death Metal et Them Crooked Vultures, sans parler des fameuses Desert Sessions qui ont envoyé le désert californien dans l’espace. Nick Oliveri était avec lui dans Queens Of The Stone Age jusqu’en 2003, année où il se lance dans son projet Mondo Generator et multiplie depuis les apparitions dans des groupes divers et variés comme les Dwarves, Masters Of Reality, Blag Dahlia, Mark Lanegan Band, Winnebago Deal ou Slash. John Garcia fonde Unida après Kyuss et finit par rencontrer un petit succès d’estime avec son groupe Hermano. Brant Bjork ira écraser un temps les peaux chez Fu Manchu avant de fonder son Brant Bjork & The Bros, qui a écumé les scènes européennes à de nombreuses reprises et a commis une dizaine d’albums. Il ne faudrait pas non plus négliger les membres suppléants Chris Cockrell (leader de son Vic DuMonte’s Idiot Prayer) et Scott Reeder (qui venait des pionniers doom de The Obsessed et a participé ensuite à des groupes comme Tool, Nebula et a fait office de producteur pour les Anglais d’Orange Goblin). Un petit mot enfin sur Alfredo Hernandez, qui remplace Brant Bjork en 1994 dans Kyuss et qui joue aussi chez Queens Of The Stone Age, Brant Bjork & The Bros ou Yawning Man.

J’ai eu l’occasion de voir tous ces musiciens sur scène dans leurs projets individuels post-Kyuss mais je n’avais jamais vu Kyuss en vrai, ce groupe ayant déjà disparu avant qu’on ait le temps de se rendre compte qu’il était un précurseur indispensable de la scène stoner. Il faut remercier John Garcia qui a eu l’idée de réveiller le concept Kyuss en se produisant l’an dernier sur scène avec son projet Garcia Plays Kyuss, rapidement devenu Kyuss Lives quand ses compères Bjork et Oliveri se sont mis sur les rangs pour relancer la grande aventure. Et Josh Homme, alors ? C’est là que le bât blesse car le grand rouquin, inondé de succès avec ses Queens Of The Stone Age et Them Crooked Vultures, n’avait nullement besoin de se refaire financièrement en retournant dans son passé, contrairement aux autres, toujours obligés de courir le cachet pour assurer leur subsistance. C’est donc un Kyuss amputé de son leader et par conséquent baptisé Kyuss Lives qui reprend la route, Garcia ayant confié la guitare à un certain Bruno Fevery, un guitariste belge ayant participé à certains albums de ses compatriotes d’Arsenal et ayant joué avec John Garcia sur son projet Garcia Plays Kyuss.

Toutes les conditions étaient donc réunies pour que Kyuss se rappelle à notre bon souvenir et refasse vibrer les sols des salles de concert au cours de cette tournée printanière mise sur pied par le groupe, prélude possible à un nouvel album prévu en 2011. Après l’Allemagne, l’Autriche et la Grèce, le cirque Kyuss Lives vient planter ses piquets à l’Ancienne Belgique, où les billets se sont vendus si vite qu’un concert supplémentaire a été organisé l’après-midi du même jour. C’est donc deux concerts qui sont donnés en quelques heures mais je n’aurai l’occasion que d’aller au concert du soir, ce qui sera de toute façon une excellente opération. Par une sorte de hasard heureux, j’ai beau arriver le soir bien après l’ouverture des portes, je trouve une place de parking à quelques mètres de l’AB et j’entre dans la salle pour y découvrir un endroit vide où une merveilleuse place en bord de scène m’attend.

Les festivités commencent à 19h45 avec Waxy, un petit groupe californien en provenance de Palm Desert, le fief de Kyuss, et animé par le sympathique Robert, petit blond christique qui semble s’être échappé de la formation des Allman Brothers cuvée 1972. Son groupe signe cette année son troisième album “Waxy”, sur lequel John Garcia est venu chanter. Les morceaux présentés sur scène confirment tout le bien qu’il faut penser de ces sympathiques spadassins qui savent usiner du riff psychédélique et nerveux, entre Mountain et Queens Of The Stone Age. Le bassiste se rabote les doigts sur une imposante Rickenbacker 4001 en se disloquant les articulations. Un épais pianiste à casquette ajoute une touche d’orgue à cet ensemble bien ficelé. Waxy préchauffe le four pendant 45 minutes devant un parterre clairsemé, ce qui est dommage, surtout pour ceux qui ne sont pas là.

Le signal du soulèvement est donné à 21 heures, quand Kyuss aborde la scène sous des ovations sismiques. D’office, avec “Gardenia”, le public est embarqué dans un grand huit qui rend fou. Il ne faut pas bien longtemps pour que la foule s’emporte en de gigantesques vagues qui viennent d’écraser sur les premiers rangs. Les slammers ne tardent pas à faire leur apparition, et comme il n’y a pas de barrière, ils viennent s’écraser sur scène et n’ont d’autre choix que de se jeter à nouveau dans la foule pour repartir. Face à nous, les hommes de Kyuss affichent une forme insolente. Derrière ses fûts, Brant Bjork, tee-shirt Funkadelic sur le dos et bandeau autour du crâne, imprime une rythmique sinueuse et puissante. Le mousquetaire chicano ne perd pas une occasion d’être sur toutes les escarmouches. Nick Oliveri a un sourire jusqu’aux tempes et aplatit l’espace de lignes de basse coupées à la graisse de bulldozer. John Garcia serpente le long de son pied de micro et enduit le show de sa voix mélodique gantée dans de l’acier trempé. Bruno Fevery se révèle être un guitariste cannibale, extrêmement à l’aise dans le riff velu et les accords au strontium, capable de décrocher des pans d’espace-temps dans des solos argentés et athlétiques. C’est du lourd, ce soir, les enfants, ça vous passe au travers des oreilles et ça vous retapisse les neurones à la colle forte.

Lorsque John Garcia se relève les manches sur “Conan troutman”, tout le monde se dit que ça va chauffer. Et Kyuss passe effectivement à la vitesse supérieure avec des versions bibliques de “Freedom run” ou de “Supa Scoopa and mighty scoop” qui attrape le public par le col et le secoue en un titanesque tourbillon humain. Je retrouve mes vieux réflexes de concerts punk en courbant le dos, bandant les abdos et m’accrochant à mon petit bout de scène car la pression est maximale. Kyuss déploie les assauts soniques et surenchérit de plus belle sur “El rodeo” et un moment d’anthologie sur “100°”, titre qui termine le set principal. Ces retrouvailles de Kyuss ont l’effet le plus bénéfique sur ses anciens musiciens. J’ai l’impression que Nick Oliveri joue encore mieux, que Brant Bjork frappe encore mieux, que John Garcia chante encore mieux, comme s’ils étaient aiguillonnés par l’enthousiasme des grands moments retrouvés.

Le rappel de vingt minutes sert de sprint final pour un groupe qui a dévasté le public de l’AB dans les grandes largeurs. On n’est pas près d’oublier les ruades mastoques de “Spaceship landing” ou de “Green machine”, imposants chefs-d’œuvre lysergiques de “And the circus leaves town” et de “Blues for the red sun”. L’hilarité générale règne sur scène, avec Nick Oliveri et Brant Bjork qui n’arrêtent pas de se faire des grimaces tandis que John Garcia présente au public ce petit sorcier de Bruno Fevery qui a (presque) réussi à faire oublier Josh Homme le temps d’un concert.

Que dire d’autre ? Voici le come-back de l’année qui a offert aux stoneux le concert de l’année. Pourvu que cette reconstitution de ligue dissoute ne soit pas qu’un simple coup dans l’eau et que nos lascars aient des vues à long terme, car on a décidément trop besoin de Kyuss.

Set list :
Gardenia / Hurricane / Thumb / One inch man / Conan Troutman / Freedom run / Asteroid / Supa Scoopa and mighty scoop / UN sandpiper / Odyssey / Whitewater / El rodeo / 100° // Rappel : Molten universe / Spaceship landing / Green machine

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