M.O.P.A, Jucifer & Orange Man Theory : Heureuses Hérésies au Magasin 4

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Les M.O.P.A.. Ces musiciens étranges venus d’une autre galaxie. Leur destination : Bruxelles. Leur but : en faire leur univers. Bernie Hulet les a vus. Pour lui, tout a commencé par une nuit sombre, le long d’une route solitaire de campagne, alors qu’il cherchait un raccourci que jamais il ne trouva. Cela a commencé par une auberge abandonnée, et par un homme que le manque de sommeil avait rendu trop las pour continuer sa route. Cela a commencé par un programme radio diffusant des sonorités étranges, venues d’un autre monde. Maintenant, Bernie Hulet sait que les Envahisseurs sont là, qu’ils ont pris forme humaine, et qu’il lui faut convaincre un monde incrédule que le cauchemar a déjà commencé. Depuis quelques années, Bernie, mon fidèle attrapeur d’images, tente de convaincre le monde entier que les mecs de My Own Private Alaska existent vraiment et qu’ils ne sont pas l’un des nombreux fantasmes de son imagination fertile. Une démo, découverte par hasard alors qu’il se dirigeait au volant de sa keuponmobile vers l’un de ces endroits glauques où seuls les punks se sentent chez eux, a fait basculer sa vie. Depuis ce jour, M.O.P.A. est devenu sa croisade personnelle ; sa quête du Saint-Graal. Pour votre serviteur, métallovore de bas étage, à l’esprit aussi figé que la politique belge, l’idée même d’un groupe sans guitares tient de l’hérésie pure. C’est donc mû par un appétit sanguinaire digne du Grand Inquisiteur que je me dirige, en ce soir du 15 mai 2011 vers le Magasin 4, bien décidé à casser ces hérétiques allergiques à la six-corde.

Situé le long du Canal Bruxelles-Charleroi, le Magasin 4 est, comme son nom l’indique, un ancien entrepôt. Il n’est pas vraiment aisé de trouver de quoi se restaurer sainement dans ce coin retiré de la capitale. Mais Bernie et moi avons la dalle et les portes de la salle n’ouvrent que dans une demi-heure. Une petite randonnée pédestre nous mène vers la première des nombreuses hérésies de la soirée : un fast-food chinois halal. Si le porc ne nous manque pas vraiment (NDR : les nouilles sautées au poulet sont tout aussi délicieuses), la bière, elle fait cruellement défaut. Nous retournons donc repus mais déshydratés vers le Magasin 4 pour assister à la première des trois prestations de la soirée.

Formé à Rome en 2003, The Orange Man Theory pratique, d’après ce que j’ai pu lire sur la grande toile, une décoction fulgurante de stoner rock, de death métal, de hardcore et de classic rock typé seventies. Sur la scène du Magasin 4, c’est surtout le côté death/hardcore qui nous saute aux oreilles. La musique est énergique, violente et surtout… répétitive.

Au bout d’un quart d’heure d’agression sonore, l’ami Bernie se penche vers moi (NDR : même sans coupe iroquoise, le keupon me dépasse de deux têtes) et me hurle à l’oreille : “On dirait qu’ils jouent le même truc depuis le début du concert”. Pour une fois, je dois bien admettre que je suis du même avis que mon copain primaire. Le hurleur du quatuor, un petit latin à la voix d’écorché vif, n’est pas loquace pour un sou. Il ne communique que très peu avec le public qui, dimanche soir oblige, ne s’est pas déplacé en masse. Si l’énergie est au rendez-vous, l’excitation, elle, retombe très vite. De cette prestation en demi-teintes, je ne retiendrai, personnellement, que les parties de basse décapantes. C’est peu, de la part d’un groupe dont on nous avait pourtant dit beaucoup de bien.

Après les Romains, faisons place aux Grecs. Enfin non, pas tout à fait. Car si Jucifer est originaire de la ville d’Athens (Athènes), c’est de l’Athens alternatif ; celui qui est situé de l’autre côté de l’Atlantique, aux États-Unis, dans l’état de Géorgie. J’avoue avec honte que, jusque-là, ma seule expérience de la musique de Jucifer consistait en une audition rapide de leur quatrième album “If Thine Enemy Hunger” il y a quelques années. Si les riffs plombés m’avaient un peu titillé les neurones, la voix féminine angélico-insipide utilisée dans le cadre de cette plaque de 2006 m’avait plutôt rebuté et j’avais carrément lâché l’affaire après trois écoutes. Grossière erreur ! Car, en cette jolie soirée de printemps, Jucifer nous file à Bernie et à moi, une claque si piquante que nous en sentons encore la brûlure trois jours après le concert.


Jucifer est un duo composé d’Amber Valentine à la guitare et au chant et d’Edgar Livengood à la batterie. Amber est blonde aujourd’hui. Cependant, une recherche rapide dans la section ‘images’ de Google confirme que cela n’a pas toujours été le cas. En ces temps de crise, Jucifer est un modèle de parcimonie : les musiciens se chargent eux-mêmes de leur matériel et de leur stand merchandising, ce qui réduit fortement le coût de la tournée.
D’emblée, l’intro de la prestation surprend l’auditoire. Dans une semi-pénombre et, pour ainsi dire, dans l’indifférence générale, Amber Valentine monte sur scène, branche sa guitare et, sans palabres, expulse de son instrument un magma de riffs lourdingues. Le podium batterie s’illumine, laissant découvrir un Edgar Livengood d’humeur frappadingue : casquette de sérial killer vissée sur la tête et armé, d’une demi-douzaine de baguettes dans chacune de ses énormes paluches, il cogne comme un damné sur son pauvre instrument à peaux. Il faut encore quelques secondes pour que le public (votre serviteur compris) comprenne enfin qu’il n’assiste pas au soundcheck et que le show a déjà commencé.

À mon grand étonnement, Amber n’a rien de la nymphe fébrile que j’avais imaginé à l’écoute d’“If Thine Enemy Hunger”. Vêtue d’une robe noire, le bras alourdi par un bracelet de cuir dangereusement clouté, elle se démène comme un Kerry King en jupons, tout en reproduisant, à sa manière, les poses et les clichés inhérents au métal sombre. Les vocalises insipides qui m’avaient tant déplu ont disparu : la belle vomit tout ce qu’elle a dans les poumons et ‘grunte’ plus fort qu’Angela Gossow d’Arch Enemy. La scène est manifestement son élément. Elle l’envahit et accapare tous les regards. Edgar a beau se démener sur son kit tel un fou furieux en goguette, c’est vers la blonde six-cordiste que les yeux convergent. Pourtant, le bûcheron est démonstratif : il fait virevolter ses baguettes comme une véritable majorette et s’en sert de manière menaçante pour trancher des gorges imaginaires. Ne prêtant manifestement aucune attention au style et à la technique, l’Athénien d’Amérique tambourine son outil comme un cinglé, posant à l’occasion une jambe sur son tom basse comme s’il s’agissait d’un vulgaire repose-pied. Le bougre se démène avec une telle furie qu’il finit par faire tomber à terre les pieds de ses cymbales. Lorsque, par souci d’économie, on ne dispose pas de roadies, la chose est plutôt gênante. Cependant, ‘the show must go on’ et Edgar est bien obligé d’achever le titre en cours avec ce qui lui reste de matériel puisqu’Amber, à fond dans son trip, n’a rien remarqué du mini-drame qui se joue derrière elle.

Sur les planches, Jucifer combine attitude punk anarchique et doom/sludge métal extrême. L’ombre de Black Sabbath pèse sur chaque riff. Celle des Melvins, du MC5 et de Down aussi probablement. Au grand dam de Bernie, qui cherche désespérément à lui tirer le portrait, Miss Valentine semble se cacher derrière sa longue crinière peroxydée. Comme possédée par sa musique, elle n’échange aucun mot ni aucune parole intelligible avec le Magasin 4 qui, hypnotisé par sa prestation, ne semble pas remarquer l’absence totale de communication. Ce n’est qu’avec le dernier accord de guitare qu’Amber Valentine dévoile enfin son joli minois, barré d’un sourire radieux qui ferait presque oublier qu’à peine deux minutes plus tôt, elle semblait possédée par le démon. Un show aussi étonnant qu’intense. À revoir… vite !

Pour Bernie, c’est enfin l’heure de vérité. Des semaines que le fourbe attend de pouvoir me cracher à la face, dans un glaviot triomphant, son subtile ‘T’as vu ducon, je te l’avais dit que ça arrache !’.
Je demande honorablement aux lecteurs de notre respectable magazine de bien vouloir pardonner l’insanité qui va suivre : Bernie avait raison !. Je le sais, ces trois mots, tout comme ‘snack chinois halal’ ou ‘rock sans guitare’ frôlent l’hérésie pure. Pourtant, par honnêteté, il me faut l’admettre : My Own Private Alaska tue.


Il est vingt et une heures et le décor est planté. Une batterie et son tabouret, un clavier et son siège, un micro et sa chaise. D’étranges œuvres picturales disséminées autour de la scène installent une ambiance glauque à souhait. Le trio toulousain investit la scène. Yohann le batteur/artiste (NDR : c’est lui qui signe le décor) et Tristan le pianiste s’installent derrière leurs instruments. Milka quant à lui semble vouloir traîner un peu avant de se poser sur la chaise qui fait face à son microphone. Rappelons-le, le trio joue assis. Comme l’explique le vocaliste, M.O.P.A. ne communique pas beaucoup entre les titres (NDR : c’est apparemment le seul point commun entre les trois combos présents ce soir) et, avant de débuter le concert, il désire remercier le public d’être présent, bien sûr, mais aussi et surtout le personnel du Magasin 4 qui, comme il le souligne à plusieurs reprises, est uniquement constitué de bénévoles passionnés de musique. Après avoir invité ceux et celles qui le désirent à discuter avec lui après la prestation, le Toulousain s’assied, donnant ainsi le signal du départ à une heure de bonheur visuel et sonore.

Difficile d’expliquer, avec les mots d’un métallurgiste convaincu, l’intensité que dégagent ces O.V.N.I.S du rock français. Tristan est de loin le plus impressionnant du trio. Cheveux rouges, yeux révulsés, il fait courir ses doigts sur les touches du clavier comme s’il était Chopin en personne. Littéralement possédé par sa musique, il a tout du candidat potentiel à la cellule d’isolation matelassée dès qu’il pose les mains sur son instrument. Derrière les fûts, Yohann semble plus posé. Il s’applique à imprégner une rythmique d’enfer sur ces mélodies qui ne seraient probablement pas vraiment rock sans les puissantes interventions de ses baguettes. Derrière la gentillesse et la sympathie que dégage le sourire de Milka se cache une bête de scène. Assis, mais aussi debout, à genoux, couché, chantant, hurlant, riant ou pleurant, il est une véritable machine à générer les émotions fortes.

Il y a des concerts dont on ne peut sortir indemne. Celui de My Own Private Alaska ce soir au Magasin 4 est, sans conteste, l’un de ceux-là. Si, à cause d’un couvre-feu limité à vingt-deux heures, la prestation scénique de M.O.P.A. ne s’étend pas sur beaucoup plus d’une heure, sa prestation ‘sociale’ elle durera bien plus longtemps. Hantant les environs du bar et du stand merchandising jusqu’à la fermeture, Milka, Tristan et Yohann se mélangent au public, discutent de chose et d’autres, de leurs projets, des difficultés liées au métier d’artiste. Ils semblent aussi fiers qu’impressionnés par les émotions qu’a pu générer leur prestation. Incroyablement respectueux des fans, ils prennent soin de demander le prénom de chacun.

Les M.O.P.A. ne sont pas de ce monde. Ils viennent d’un monde meilleur où le rock extrême se joue sans guitare et où les musiciens sont sympas. Vous ne me croyez pas ? Pourtant, ils existent. Comme Bernie, je les ai rencontrés !

Les autres photos de

My Own Private Alaska


The Orange Man Theory
|
Jucifer

Photos © 2011 Bernard Hulet

Une pensée sur “M.O.P.A, Jucifer & Orange Man Theory : Heureuses Hérésies au Magasin 4

  • mai 26, 2011 à 09:29
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    Je suis bien d’accord avec la review du 1er groupe. Un magma bruyant pas très nuancé, au final. Vite, la suite du programme !
    Jucifer, j’avais été écouter brièvement sur le net avant le concert. Je trouvais ca sympa, ce mélange de gros son avec la voix plus légère. J’ai un peu déchanté en les voyant sur scène. J’aurais peut-être mieux apprécié si je n’avais pas été écouter leur musique auparavant, en fait. Car là, c’était également une soupe sonore un peu indigeste à la longue. Mais peut-être est-ce du à l’acoustique de la salle ? Malgré tout, je n’ai tout de même pas retrouvé l’impression (plutôt positive) que m’avait laissé l’écoute de leur musique sur le net.
    Au tour de MOPA maintenant. Ca fait déjà quelques mois que je guettais leur arrivée en nos contrées, j’ai vraiment bien flashé sur leur album Amen. Et ouf, leur concert fut à la hauteur de l’attente ! Très chouette, bien balancé, j’y ai retrouvé les émotions trouvées sur album. Le seul point noir, et ce n’est pas de leur faute, c’est à nouveau l’acoustique du Magasin 4. J’imagine que voir ce groupe dans une salle plus petite devrait mieux faire passer leur énergie, qui se perdait un peu dans ce hangar… Si j’ai le courage, j’irai très certainement les revoir à Mons ce lundi 30 !

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