DOUR FESTIVAL 2011 (jour 4) : éclaircies sur le site et ouragans sur les scènes

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Quatrième et dernière étape du Dour Festival ce dimanche 17 juillet avec une journée qui s’annonçait plus “grand public” en apparence (Gaëtan Roussel, AaRON) mais avec quelques pointures indépendantes sérieuses pour compenser (Metronomy, Blood Red Shoes, The Drums). Et un retour quasi à la normale d’un point de vue météo… En tout cas, le site avait été partiellement rafistolé durant la nuit, même si quelques mares de boue traînaient encore ça et là (certains festivaliers en profitant pour s’y plonger). C’est avec au loin le son des dynamités Liégeois d’Ultraphallus que l’on a pénétré sur la plaine de la machine à feu alors qu’au ClubCircuit Marquee, Sx terminaient leur set. On a néanmoins pu apprécier l’espace de quelques minutes la jolie voix de la chanteuse, quelque part entre Florence Welch (Florence & The Machine) et Patti Smith.

À La Petite Maison Dans La Prairie, les soundchecks de K-Branding donnaient envie d’en savoir plus. Mais dès l’entame du set des Bruxellois, on a quelque peu déchanté. Leur rock noisy expérimental avant-gardiste que l’on dirait improvisé ne s’adresse pas à toutes les oreilles. Il convient en effet de se sentir prêt à les accompagner dans leur trip en dehors des chemins balisés. Un peu trop extrême pour nous malgré des critiques unanimes concernant leur second opus (“Alliance”).


C’est sous le ClubCircuit Marquee qu’allait se dérouler la suite immédiate de notre fin d’après-midi avec les Anglais d’Airship tout d’abord. Le fait de provenir de Manchester en impose sur un C.V. mais n’est pas systématiquement synonyme de next big thing, comme le démontre leur indie pop bien ficelée, mais qui ne mange pas de pain. Les Français de The Bewitched Hands, ensuite, que l’on a tendance à comparer à Arcade Fire sur disque. Sur scène, en revanche, ils ne jouent pas dans la même cour que les Canadiens, même si leurs compositions présentent des qualités évidentes. Mentionnons toutefois les harmonies vocales précises et envoûtantes, mais au final, il manque ce petit quelque chose qui les démarquerait de la masse.


Il était déjà 18h lorsque Gaëtan Roussel est monté sur la Last Arena, devant un public bien garni. Un public légèrement différent des autres jours, notamment car le dimanche, et c’est une tradition à Dour, les habitants de la localité sont invités à venir fouler le site du festival. Mais n’oublions pas non plus que l’ex-leader de Louise Attaque et de Tarmac est énormément passé en radio l’an dernier avec ses tubes “Help Yourself” et “Dis-moi Encore Que Tu M’aimes” notamment, ce qui, évidemment, a aidé à rameuter du peuple. Ce bonhomme éminemment sympathique respire la joie de vivre et va pendant une heure communiquer son sourire et sa bonne humeur à tout va.

Musicalement, c’est du lourd, car les musiciens qui l’accompagnent ne sont pas des manchots. Que du contraire même, puisque l’on retrouve ni plus ni moins quelques ex-membres de la Mano Negra. Pas étonnant que sur scène, cela bouge différemment que sur disque. Puis n’oublions pas non plus l’expérience accumulée au fil des ans par l’ami Roussel. Retenons également “Inside Outside” et sa cover (déjà interprétée aux Ardentes l’an dernier) du “Psycho Killer” de Talking Heads.

Depuis “Nights Out”, l’album qui les a réellement mis sur le devant de la scène en 2008, Metronomy a bien évolué. D’un point de vue line-up tout d’abord, puisque Gabriel Stebbing s’en est allé pour se concentrer sur son projet Your Twenties. Joseph Mount, la tête pensante du projet, a dès lors eu l’idée de génie d’engager un vrai bassiste (l’impressionnant Gbenga Adelekan) et une batteuse (la fluette Anna Prior). Un peu hésitant au début, ce changement a finalement permis au projet de devenir un vrai groupe. Ensuite, même si Joseph Mount est toujours le leader incontesté, les compositions qui émaillent l’excellent nouvel album (“The English Riviera”) ressemblent de moins en moins à des titres bidouillés dans sa chambre. Enfin, ils peuvent désormais compter sur un vrai following (rappelons leur récent concert sold out au VK).

En une heure, ils ont balancé une set-list équilibrée et judicieusement répartie entre nouveaux titres (l’entêtant “The Look”, “She Wants”, le très poppy “The Bay”,…) et hits dirigés vers les dancefloors (“Heartbreaker”, “Radio Ladio”,…). Sans oublier “Love Underlined”, qui fait peut-être le mieux la jonction entre l’ancienne et la nouvelle mouture de Metronomy. En revanche, ce qui ne change pas, ce sont ces lampes situées sur la poitrine des musiciens et qui s’activent en fonction des beats mais surtout du bon vouloir du préposé aux lumières… Un set très plaisant et on ne sera qu’à moitié étonné s’ils venaient à annoncer une date à l’Ancienne Belgique dans les prochaines semaines…


Après Cypress Hill jeudi et Ice Cube vendredi, c’étaient d’autres légendes du hip hop qui étaient conviées sur la Last Arena ce dimanche. En effet, Public Enemy, a contribué à populariser le style vers le milieu des années 80, en le faisant passer du statut de niche à celui de phénomène de société. Le crossover a été tellement convaincant que le NME en a fait ses petits chouchous deux années d’affilée en choissant “Yo! Bum Rush The Show” (1987) et “It Takes A Nation Of Millions To Hold Us Back” (1988) comme albums de l’année.

Ceci dit, quasi un quart de siècle plus tard, ils n’ont plus rien à prouver, ni même à apporter. En fait, cette année, on a eu la confirmation qu’un concert de rap n’a rien de bien excitant (on ne peut pas dire qu’il se passe grand-chose sur scène…). Dans le cas de Public Enemy, signalons que Chuck D n’a rien perdu de son flow, que Flavor Flav a toujours son horloge autour du cou et que les hits du groupe (“Bring The Noise”, “Fight The Power”, “Don’t Believe The Hype”,…) ont rappelé des souvenirs sans pour autant casser la baraque…

Notre va-et-vient entre le ClubCircuit Marquee et la Last Arena allait continuer puisque Blood Red Shoes se préparaient à faire exploser le chapiteau. Mine de rien, pour un groupe qui passe finalement très peu en radio, ils sont parvenus, à force de tournée et de concerts incendiaires, à se faire un nom et à se forger une envieuse réputation. Pourtant, ils ne sont que deux: Laura-Mary Carter (craquante à l’image d’une Charlotte Cooper des Subways par exemple) à la guitare et Steven Ansell à la batterie. C’est assez incroyable, dans le sens où l’énergie qu’ils dégagent pourrait franchement provenir d’un groupe bien plus étoffé que cela.


Cela fait maintenant une grosse année qu’ils tournent intensivement leur deuxième album (“Fire Like This”) avec une spontanéité et une conviction qui les rend attachants. A l’instar de leur prestation à l’AB au printemps 2010, ils ne vont laisser que peu de répit aux spectateurs. En réalité, comment pourrait-il en être autrement lorsque vous composez des titres destructeurs comme “I Wish I Was Someone Better”, “It’s Getting Boring By The Sea”, “Don’t Ask”, “Light It Up” ou “Keeping It Close”. Et comme en plus, en live, le duo prend un malin plaisir à les rendre encore plus puissants, il est presqu’impossible de sortir indemne d’une prestation pareille. Les nombreux stage divings et autres pogos dans le moshpit ont d’ailleurs épicé le tout. Blood Red Shoes, un coup gagnant, comme à chaque fois…

Sur la Last Arena, AaRON allaient ensuite remettre un peu de calme et de douceur au programme. Eux qui étaient arrivés de quasi nulle part en 2007 et qui avaient conquis de manière unanime le monde musical sur base d’un single imparable (“U-Turn (Lili)”) suivi d’un premier album au succès phénoménal. Le temps de prendre un peu de recul et de digérer le tout, ils sont revenus l’an dernier avec “Birds In The Storm”, un deuxième opus qui ne pouvait plus compter sur l’effet de surprise.


Ce soir, ils ont bien géré la chose, même si le public qu’ils drainent, à l’instar de Gaëtan Roussel, ne correspond pas vraiment avec celui rencontré généralement à Dour. Cela n’empêche qu’ils ont donné un set à leur image, c’est-à-dire sérieux, sobre et professionnel. Evaporés les problèmes de voix du chanteur dont la chaleur est essentielle aux compositions que sont “Endless Song”, “Blow” ou “Seeds Of Gold”. A ce propos, la tournée acoustique qu’ils prévoient début 2012 devrait leur permettre de développer de nouveaux horizons.

Le groupe suivant à se produire sous le ClubCircuit Marquee nous avait profondément déçus lors de leur passage dans nos contrées fin d’année dernière. Rappelez-vous, on avait complètement descendu le concert de The Drums à l’AB (et pourtant, ce n’est pas notre genre…). Mais c’était une telle mascarade qu’on ne pouvait légitimement pas faire autrement. Quelques mois plus tard, malgré nos prévisions, Jonathan Pierce et ses compères sont toujours bien là et annoncent même la sortie d’un deuxième album, “Portamento”, qui arrivera à la rentrée.

Et, bel effort, c’est avec un nouveau titre (“What You Were”), qu’ils vont débuter leur set, prenant en quelque sorte le public à froid. Un public très jeune qui s’était massé dans le chapiteau et qui va, contre toute attente, devenir complètement dingue à l’écoute de titres surf pop à la vibe 80’s tels que “Me And The Moon”, “I Felt Stupid” ou “Let’s Go Surfing”. En effet, les stage divings seront permanents et l’ambiance proche de l’hystérie. Bizarre, quand même, car le leader est toujours aussi insupportable (pour ne pas dire ridicule) dans sa manière de bouger et de communiquer. Soit. Ils ont encore joué deux nouveaux titres (dont le single “Money”) et, éclair dans la grisaille, ils ont l’air un rien moins formatés que les autres. Un espoir de réconciliation en vue? Rendez-vous le 15 septembre à la Rotonde du Botanique pour vérifier tout cela…

Petit détour par la Last Arena pour se rendre compte que Pendulum ont tout piqué à The Prodigy (même les insectes à l’écran) et n’ont finalement rien inventé. C’est donc sous la Cannibal Stage qu’aura lieu la dernière performance de notre Dour 2011, avec Le Bal Des Enragés. Déjà l’an dernier, le concept nous avait bien plu. Pour rappel, il s’agit de plusieurs membres (une vingtaine quand même, sans doute un casse-tête d’un point de vue technique) de groupes “engagés” français (Punish Yourself, Tagada Jones, Parabellum,…) qui prennent leur pied en reprenant des standards du punk, du metal et de tout ce qui fait du bruit. Ce plaisir est plus que communicatif car la tente est bondée, les pogos sont monstrueux et la communion entre les membres et le public (sur scène et en dehors, d’ailleurs) est permanente.

Bref, si vous rêvez d’une fête de village ou d’un mariage animé par un orchestre qui joue (parfaitement) “Killing In The Name”, “Ace Of Spades”, “Enter Sandman” ou “If The Kids Are United”, vous savez ce qu’il vous reste à faire. C’est toutefois le standard de Trust (“Antisocial”) qui a récolté le plus de suffrages. Sans compter le côté légèrement anarchiste du collectif qui n’a pas hésité à commenter la situation politique actuelle de notre pays. Un beau bordel comme on les aime…

C’est donc sur une note très positive (et sous la pluie) que l’on a pris congé de la plaine de la machine à feu. Le Dour Festival 2011 restera dans les annales autant pour son affiche excellente que pour sa météo exécrable. On préfère se concentrer sur le premier point car l’année prochaine, on revient, bien évidemment. Avec la canicule…

Les autres photos de

Airship
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Photos © 2011 Olivier Bourgi

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