STATUS QUO, pas de quiproquo pour le Quo

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On entend pour la première fois parler de Francis Rossi et de Rick Parfitt lors de la formation d’un petit combo d’adolescents nommé les Spectres, en 1962. Je ne sais pas si vous vous rendez compte, mais cela fait bientôt 50 ans que ces deux gaillards jouent du rock ‘n’ roll ensemble. Ça y est, on parle maintenant de demi-siècle pour ce groupe qui fut le précurseur direct de Status Quo. On ne pourra bientôt plus parler de rock classique pour ce genre de groupes, mais d’archéo-rock, d’antiquité électrique. Pourtant, vu ce que les garçons de Status Quo vont nous servir ce 16 octobre à la Lotto Arena d’Anvers, on n’est pas encore prêt de les voir moisir vénérablement dans un sarcophage au fond d’un quelconque musée du rock.

Je ne vais pas me disperser dans l’évocation de l’histoire de Status Quo, groupe bien connu. On se contentera de résumer l’affaire en quelques mots : du boogie-rock obstiné et enthousiaste depuis 1970, après des débuts hésitants en 1968 dans le psychédélisme anglais finissant. Et depuis ce jour, Francis Rossi, Rick Parfitt, Alan Lancaster et John Coughlan sont passés au triphasé bondissant, avec plus d’une trentaine d’albums dont les derniers semblent révéler un regain de jeunesse et d’inspiration. Depuis, Rossi et Parfitt se sont entourés de “nouveaux venus” (qui sont quand même là depuis respectivement 25 et 11 ans) – John Edwards et Matthew Letley – et ont réembauché un de leurs vieux compagnons des débuts, Andy Bown. C’est cette joyeuse équipe qui a signé ces derniers temps d’excellents petits albums sans prétentions mais bourrés de joyeux moments électriques, une performance pas évidente du tout après des décennies sur la route, dans un genre qui n’offre pas beaucoup de possibilités d’évolution.

Le petit dernier en date s’appelle “Quid pro Quo” et est tout simplement formidable, avec un retour à un rock ‘n’ roll énergique qui a beaucoup de leçons à donner aux combos rock juvéniles qui s’estiment déjà blasés de tout après deux albums et demi. Bien entendu, qui dit album dit tournée et en ce domaine, il ne faut pas en raconter à Status Quo, toujours prêt à se jeter sur les routes et avaler des milliards de kilomètres pour écumer les salles de concerts en tous genres. La tournée de promotion s’est donc mise en branle en septembre avec un petit tour de chauffe en Suisse et au Mans, puis bat désormais son plein avec une copieuse tournée française, prélude à une razzia méthodique sur l’Allemagne, en attendant les traditionnels concerts anglais de fin d’année. Au milieu de ce périple, la bonne ville d’Anvers reçoit le groupe dans sa Lotto Arena, qui jouxte le Sportpaleis. Une aubaine.

Nous sommes quelques camarades qui nous retrouvons devant les portes de la Lotto Arena, quelques minutes avant l’ouverture. La foule des quinquagénaires est déjà bien consistante et j’assiste à une première historique : l’arrivée d’un vieillard en veste de jean se traînant péniblement à l’aide d’un déambulateur et pénétrant dans l’Arena pour assister au show. Ça y est, ça commence : il faudra bientôt prévoir des salles de concert entièrement équipées en chaises roulantes pour que les papys boomers cacochymes puissent continuer à aller voir des groupes de rock antédiluviens. Les tournées dans les maisons de retraite ne sont plus une utopie.

À l’ouverture des portes, nous dépassons tout le monde à la course à pied (facile) et nous nous retrouvons à la barrière, à la droite de la scène. Le groupe qui ouvre pour le Quo s’appelle Cameron et officie pendant 25 minutes, une brièveté dont on le remercie. En effet, il n’y a pas une once d’originalité dans ce groupe qui se contente de décliner de vagues sonorités héritées de Texas, Dire Straits ou des Eagles. La chanteuse guitariste est une petite boulotte qui a dû laisser ses trois enfants chez la baby-sitter pour venir jouer ensuite ici avec ses copains, un bassiste au faciès d’assistant de laboratoire et un batteur ayant à peu près autant de présence qu’un avocat fiscaliste en préretraite. L’autre guitariste de l’autre côté de la scène semble être le plus inspiré et trace sur son instrument des solos que l’on qualifiera de corrects.

Avec Status Quo, on va s’extraire de cette fange mollassonne et se prendre de grands coups de savates électriques assénées avec le sourire. Le groupe débarque à 21 heures tapantes et entame son habituel “Caroline” en guise d’intro. Le boogie vient de rentrer dans la salle et ne la quittera qu’à 22h40, à l’issue d’un show mené au petit trot, avec un sens du rythme quasi-olympique. Dans les premiers temps, Status Quo nous envoie ses piliers de set-list, les morceaux que l’on retrouve à tous les coups. C’est ce qu’on a souvent l’habitude de reprocher à Status Quo, ce monolithisme du répertoire scénique, cette réluctance à modifier le plus petit morceau de la set-list. Pourtant, le cru de cette tournée 2011 réserve de bonnes surprises car il y a eu quelques changements. Les morceaux du nouvel album, bien sûr, sont au nombre de trois et figurent parmi les meilleurs du disque, présentés sur scène par un Francis Rossi hilare et goguenard, heureux comme tout d’être devant une salle pleine à craquer. Ce sont ensuite quelques petites perles extraites des couloirs du temps, en provenance des classiques “Dog of two head” de 1971 (“Mean girl”) et “Hello” de 1973 (“Softer ride”). Le Quo confirme également la présence de morceaux récents de l’album “Heavy traffic” (2002) qui semblent avoir été titularisés dans la set-list (“The oriental” et “Creepin’ up on you”). Enfin, on a droit aux indévissables moments de bonheur avec un medley qui met en lice des titres des années 80 et des années 70, ainsi que la partie de rigolade sur “Gerdundulla”, où quatre des cinq lascars enchevêtrent leurs guitares et jouent sur le manche du voisin.

L’ambiance sur scène est presque à l’exultation. Le bassiste John Edwards adresse des petits gestes amicaux à la foule, Francis Rossi nous sort des solos extraordinaires en faisant le zouave, Andy Bown quitte parfois ses claviers pour aller s’escrimer joyeusement à la guitare avec ses petits camarades, le batteur Matthew Letley désarticule ses fûts avec un solo anthologique et Rick Parfitt zèbre sa Telecaster usée de coups de doigts nerveux, tout en entonnant de sa voix rocailleuse les morceaux les plus rugueux du set. Il faudra évidemment citer le fameux “In the army now” qui avait remis Status Quo en selle en 1986 au prix de certaines concessions au commercial et le rappel qui nous fait ici la surprise d’inclure “Don’t waste my time”, un titre qui ne figurait pas jusqu’alors sur les précédents rappels de la tournée. Sinon, le final est bien dans la norme : c’est avec un hommage à Chuck Berry que Status Quo nous laisse repartir à nos occupations, refermant sur une page rock ‘n’ roll ce show que je placerais parmi les meilleurs que j’ai vus de la part du groupe.

Set list : Caroline / Something ’bout you baby I like / Rain / Rock ‘n’ roll ‘n’ you / Mean girl / Softer ride / Beginning of the end / Two way traffic / Medley (What you’re proposing – Down the dustpipe – Little lady – Red sky – Dear John) / Big fat mama / The oriental / Creepin’ up on you / Let’s rock / Gergundula / In the army now / Drum solo / Roll over lay down / Down down / Whatever you want / Rockin’ all over the world // Rappel : Don’t waste my time / Rock ‘n’ roll music / Bye bye Johnny

Une pensée sur “STATUS QUO, pas de quiproquo pour le Quo

  • octobre 19, 2011 à 17:39
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    Pour être précis, ce sont Rossi et Lancaster (et pas Parfitt) qui ont fondé les Spectres en ’62, vite rejoints par Coghlan. Parfitt n’arrive “que” en ’64.

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