THE HORRORS à l’AB : statique mais efficace

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En enregistrant “Skying”, un troisième album d’excellente facture, les corbeaux de The Horrors ont sans doute définitivement confirmé leur statut de groupe phare de la scène indépendante britannique. En revanche, on ne peut pas toujours en dire autant de leurs prestations scéniques, dont la constance laisse parfois à désirer. L’occasion leur était donnée de remettre les pendules à l’heure lors de leur passage à l’Ancienne Belgique ce jeudi 8 décembre. Quoi qu’il en soit, le groupe qu’ils avaient choisi pour assurer leur première partie n’allait pas laisser la moindre possibilité aux spectateurs de d’assoupir dans un coin de la salle. En effet, Cerebral Ballzy, c’est du gros son bien lourd. Le type de groupe punk pur et dur que l’on ne voit en général qu’au festival de Dour sous le chapiteau dédicacé aux fanatiques de circle pits suicidaires. Cela dit, on remarque que le batteur apparaît comme étant le seul membre à arborer une coiffure de circonstance alors qu’à l’opposé, les autres ne feraient certainement pas mauvaise figure dans un groupe de métal.


À ce propos, leur manière de jouer les différencie certainement des combos friands de compositions à trois accords. Car ici, malgré un chanteur qui hurle comme un possédé des paroles somme toute primaires (on sort, on drague, on boit de la bière et on gerbe) et généralement inaudibles, on se ramasse un mur du son dans la figure, dont certaines couches rappellent les moments les plus nerveux et obscurs de Nirvana. On mentionnera également leur surprenante cover du “I Wanna Be Adored” des récemment reformés Stone Roses, que l’on a failli confondre avec “I Wanna Be Your Dog” (c’est dire…). Si d’aventure ils prenaient la peine de privilégier la mélodie au lieu de se focaliser sur un jeu rapide, ils devraient être en mesure d’élargir leur auditoire…

La marque de fabrique de The Horrors depuis leurs débuts, c’est qu’ils ne répètent jamais la recette appliquée sur leur album précédent. Ainsi, au très rock garage “Strange House” en 2007 a succédé le presque new wave “Primary Colours” (2009). Quant au récent “Skying”, il prend une couleur psychédélique qui leur va à ravir. Pour la petite histoire, rappelons que Faris Badwan a déjà foulé une scène de l’AB cette année (le Club au mois de mai) avec son projet parallèle, Cat’s Eyes, dans un style radicalement différent.


Une chose est certaine, on ne se déplace pas à un concert de The Horrors avec l’idée d’en prendre plein la vue. Au contraire, demandez plutôt aux photographes ce qu’ils en pensent, eux qui se sont surpris à shooter des ombres dans un environnement sombre et enfumé. Heureusement que la silhouette rachitique du leader et sa coiffure hirsute permettent de confirmer, dès l’entrée du groupe sur scène, que l’on ne s’est pas trompé de salle. Et sa voix caverneuse fait le reste…

Selon toute logique, c’est avec un nouveau titre particulièrement réussi, “Changing The Rain”, qu’ils vont entamer les débats ce soir. Il faut dire que l’on était ravi d’enfin entendre quelque chose qui ressemblait à une pièce musicale digne de ce nom. Entendez que la musique diffusée durant les soundchecks n’en portait que le titre, quelque part entre un spoken word dans le haut-parleur gauche et des larsens répétitifs dans le droit…

Comme déjà précisé, c’est davantage ce que le groupe dégage comme énergie plutôt qu’une quelconque attitude qu’il convient de mettre en avant. Le point positif, c’est que l’on peut dès lors exclusivement se concentrer sur la musique et prendre plaisir à se trémousser sur d’excellents nouveaux titres dont on peut mettre en exergue le poppy (en apparence du moins) “I Can See Through You”, le chaleureux “Dive In” et surtout “Endless Blue” (sans doute le meilleur extrait de “Skying”) à la puissance contenue.


Des compositions qui ne jurent aucunement aux côtés des classiques en devenir que sont “Who Can Say” et sa vibe 60’s tragique, “Scarlet Fields” élaboré autour d’une basse sinistre ou encore “Sea Within A Sea” à la construction patiemment orchestrée et qui atteint son paroxysme tout en crescendo. Curieusement, ils vont tout à fait laisser de côté le premier album, au grand dam des fans de la première heure qui n’attendaient que “Count In Fives” ou “Jack The Ripper” pour se jeter dans un pogo effréné.

En revanche, ce qui a choqué le public, c’est la durée du set principal réduite au minimum syndical. On ne s’attendait pas vraiment à voir le groupe quitter la scène après à peine trois quarts d’heure de concert, au terme d’un “Still Life” bien enlevé. Même s’il est vrai que les rappels feront durer le plaisir pendant une vingtaine de minutes supplémentaires, il n’empêche que l’on est resté un chouia sur notre faim.

Heureusement que les impeccables “Mirror’s Image” et “Three Decades” vont effacer la déception d’un revers de la main. Dommage qu’ils aient gardé le morceau le plus faible du nouvel album pour la fin. “Moving Further Away”, malgré un début prometteur à la Kraftwerk (encore une nouvelle influence) part dans des délires qui ne font plus triper qu’eux à partir d’un certain moment. Très (trop?) long, il manque sa cible et confirme que le groupe continue de jouer avec son bonheur sur scène sans toutefois parvenir à réellement le partager. Ce sera la prochaine étape à franchir…

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Cerebral Ballzy

Photos © 2011 Olivier Bourgi

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