ABINAYA, seuls et contre tous, au DNA le 10 février 2012

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Depuis le jour béni où JP, le tout puissant rédacteur en chef de Music In Belgium, a (dans un moment d’égarement probablement) autorisé l’immonde scribouilleur que je suis à squatter l’un des luxueux bureaux de la rédaction de votre webzine préféré, je me suis autorisé à vous infliger un avis très peu éclairé sur quelques centaines de rondelles digitales. Et, si nombre de ces disques étaient de purs chefs-d’œuvre, je reconnais avec une honte non-feinte que, par manque de temps (NDR : nous recevons de nombreux CDs à disséquer), la plupart d’entre eux, une fois chroniqués, ont tendance à ne plus quitter que très rarement les étagères de ma cédé thèque. Il y a toutefois une bonne dizaine d’exceptions. Dix CDs qui atterrissent inévitablement sur ma platine laser chaque fois que mon emploi du temps me le permet. « Corps« , le second opus d’Abinaya est l’un de ceux-là. Aussi, lorsque la nouvelle de la venue à Bruxelles de ce combo d’exception est tombée sur les téléscripteurs de notre jolie salle de rédaction, mon sang n’a fait qu’un tour. Dilemme : allais-je demander à notre rédac-chef, au risque d’essuyer un refus, de m’obtenir une accréditation-presse ? Non. Je ne pouvais prendre ce risque. Je décidai donc de financer mon accès au nirvana musical de mes propres deniers et d’y aller ‘en civil’, sans stylo à bille et sans carnet de notes, bref, en fan.

Les antiques sanitaires du DNA n’étant pas l’endroit le plus fréquentable de Bruxelles. Je recrutai mon ami Bernie, le chasseur d’images de Music In Belgium, pour me tenir la porte en cas de besoin. L’immonde keupon ne se fit d’ailleurs pas prier puisque ce mini-trip lui permettait de retrouver l’endroit où, jadis, il pogotait en compagnie d’amis à crête.

The Tram Tour est déjà en scène lorsque nous pénétrons dans le café-concert le plus culte de la capitale. Les Bruxellois distillent un rock seventies énergique qui semble emballer une soixantaine de personnes entièrement acquises à leur cause. Si les sourires du public, visiblement composé d’amis et de parents des membres la jeune formation nous mettent du baume au cœur, Bernie et moi ne nous sentons pas vraiment à notre place dans cette mini-foule qui n’est ni punk, ni métal. Car nous devons bien nous rendre à l’évidence et constater l’horrible vérité : vous n’êtes pas venus soutenir Abinaya ! Nous avons beau nous retourner dans tous les sens, pas l’ombre d’un cheveu long et gras, pas un cuir, pas une veste à patchs. Quant aux créations capillaires pointues et colorées, aux lames de rasoir et aux épingles à nourrices chères à l’ami Bernie, ce n’est même pas la peine d’en rêver ; le public ce soir sera gentil et propre sur lui, tout comme l’ambiance.

Nous sommes vendredi et demain il n’y a pas école. Les jeunes fans de The Tram Tour peuvent donc rester pour combler le vide occasionné par votre absence. L’accueil poli mais mitigé réservé à son ‘Bonjour, nous sommes Abinaya de Paris, Bastille’ ne semble pas désarçonner Igor Achard, le charismatique leader du quatuor français. Le groupe démarre son set avec quelques titres phares de son dernier album (« Corps », « L’Homme Libre », « Enfant d’Orient », « Les Chars De Police »). Nicolas Héraud, le percussionniste du groupe est celui qui semble souffrir le plus de l’étroitesse de la scène du DNA. Il faut dire que ses instruments sont plutôt encombrants et qu’il ne tient pas en place. Plus encore que ses trois compagnons, Nicolas est un ‘performer’ dont les activités artistiques ne se limitent pas au métal et à Abinaya. Originaire de Bordeaux, il est le fondateur de la compagnie Yasvin Kham, spécialisée dans les arts de la rue, le théâtre pyrotechnique et la danse contemporaine. Pour la petite histoire : en 2011, Nicolas a été engagé par la célèbre chorégraphe américaine Carolyn Carlson afin de participer au spectacle « We Were Horses » dirigé par le célèbre metteur en scène équestre Bartabas. C’est vous dire si le mètre cinquante qui lui est alloué au DNA a bien du mal à contenir sa prestation débordante. Confiné dans l’angle arrière droit de la scène Andréas ‘do Brazil’ Santos garde le sourire malgré un jack récalcitrant et un son qui ne nous permet pas toujours d’apprécier les exotiques cavalcades sonores qu’il applique à sa cinq cordes. Derrière les fûts, Nicolas Vielhomme, faisant fi de sa cécité, fait mouche à chacun des coups qu’il assène aux cymbales et aux peaux de la batterie qui a été mise à sa disposition. Impressionnant. Igor, quant à lui, déclame ses textes poétiques et engagés en balançant tour à tour riffs plombés et soli de guitares gorgés de feeling. Si, faute de temps (NDR : et d’ambiance probablement) la setlist fait l’impasse sur les perles de la discographie du groupe que sont « Regarder le Ciel » ou « La mort des Amants », Abinaya propose tout de même trois nouvelles compositions qui nous laissent rêveurs quant à la qualité du prochain album.

Ce soir, Abinaya a tout donné pour ne pas recevoir grand-chose. Malgré les trois heures de route qui les attendent encore pour regagner Paris (NDR : plus encore pour Nicolas qui rentre à Bordeaux), les quatre musiciens prennent le temps de discuter avec les quelques convaincus qui sont restés jusqu’au bout. Tandis qu’Igor, Andreas et Nicolas (Héraud) (NDR : qui affichent tous une bonne humeur indéfectible en dépit du semi-fiasco de la soirée) entassent leur matériel dans le mini-van qui les ramènera chez eux, Bernie et moi discutons ‘punk’ et ‘trash métal’ avec un Nicolas Vielhomme sympathique et amusant qui démontre que de nous tous, il est encore celui qui y voit le plus clair.

Comme l’affirme la devise de la ville dont il est originaire (NDR : Fluctuat Nec Mergitur) Abinaya est balloté par les flots mais ne sombre pas. Il continuera à jouer la musique qu’il aime, avec conviction et dans la bonne humeur, et ce, malgré votre absence remarquée au DNA.

À (re)voir d’urgence, sur une scène plus grande, devant un public plus métal afin de pouvoir enfin (ré)apprécier ce phénomène à sa juste valeur.

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