WILCO au sommet de son art

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Voici quelques années maintenant que Wilco a rejoint la cour des grands et tel un bon vin, se bonifie au fil des ans, des albums et des tournées. Le public a l’air de suivre puisque le groupe de Chicago a cette fois réussi à remplir l’Ancienne Belgique deux soirs d’affilée. C’est à la prestation du samedi 3 mars que l’équipe de Music in Belgium avait été conviée… Il était en tout cas essentiel d’arriver bien à l’heure au rendez-vous puisque Scarlett O’Hanna, l’artiste chargée d’ouvrir le bal, est montée sur les planches à 19h30 précises. Derrière son piano tout d’abord (tournant le dos à la partie gauche de la salle), à la guitare par après, ce petit bout de femme a accompagné les spectateurs présents dans un parcours en parfaite adéquation avec l’apéro qui se terminait.

En effet, ses compositions calmes et presque minimalistes vont faire la part belle à une voix pour qui l’émotion a une signification particulière. On pense assez régulièrement à Regina Spektor si cette dernière se produisait sans son backing band. Et c’est peut-être ce qui a le plus manqué ce soir à la Bruxelloise d’adoption. Un ou deux musiciens auraient non seulement aidé à occuper la scène mais aussi permis par la même occasion de mettre davantage en valeur son organe vocal et d’assister à un set moins linéaire. En outre, une salle plus feutrée et un public assis lui conviendraient bien mieux.

Depuis “Summerteeth” en 1999, Wilco sort sur base régulière (c’est-à-dire environ tous les deux ans) des albums tous plus intéressants les uns que les autres, dont les dénominateurs communs sont le rêve et le souci d’impressionner l’auditeur d’un point de vue émotionnel. “The Whole Love”, paru à l’automne dernier, ne déroge pas à la règle et montre un groupe à son zénith. Pourtant, à l’instar de The National, ils ont pas mal galéré avant d’atteindre le statut qui est désormais le leur.

Quoi qu’il en soit, le début du set sera tout simplement parfait. “Reservations” va tout d’abord mettre les choses en place dans la douceur avant que deux nouvelles compositions ne prennent véritablement à la gorge. Sur scène, malgré sa structure complexe et sa longueur inhabituelle qui le rapproche d’un certain “Paranoid Android”, “Art Of Almost” bluffe au moins tout autant que le single subtilement pop “I Might”. Parmi les autres nouveautés qui émailleront surtout la première partie du set, pointons l’évident “Born Alone”, le troublant “Rising Red Lung” ou encore le très Grandaddy “Capitol City”. Un peu plus tard, l’excellemment orchestré “Dawned On Me” fera sensation (et pas seulement parce qu’il a été joué avec une guitare à deux manches…).

Étant donné le mutisme du groupe (Jeff Tweedy ne daignera saluer le public qu’après une petite heure de prestation), ce sont les compositions qui font la différence et on a l’occasion de se rendre compte de la dimension qu’elles ont prise sur scène au fil des ans. Une scène parsemée d’une multitude d’abat-jours accrochés dans les airs qui vont s’illuminer au gré des impulsions musicales, créant au passage une atmosphère chaleureuse et apaisante, avantageusement mise en valeur par la voix caractéristique du chanteur.

Ce dernier, coiffé d’un chapeau qui ne le quittera à aucun moment, est particulièrement en confiance et sera une pièce essentielle à la réussite de la soirée. Au même titre d’ailleurs que le guitariste Niels Cline qui va étaler son talent (et sa collection de guitares) en se montrant impressionnant (pointons notamment sa performance digne d’un guitar hero sur “Impossible Germany” ou encore son jeu épileptique couplé à une transpiration abondante). Pour le coup d’œil, mentionnons également le claviériste Mikael Jorgensen qui arbore un look de policier typique emprunté à une série télévisée US).

Évidemment, le back catalogue du groupe est tel qu’ils doivent bien se prendre la tête lorsqu’ils préparent la set-list avant de monter sur scène. En tout cas, le fan qui s’est offert les deux concerts de l’AB a assisté à deux shows complètement différents, voire peut-être même complémentaires. Ainsi, par exemple, “You And I” (le seul extrait de l’album précédent), “Jesus, etc” et “Handshake Drugs” ont compté parmi les meilleurs moments de la soirée alors qu’ils n’avaient pas été interprétés la veille. En revanche, il a manqué l’incroyable “Spiders (Kidsmoke)”. Précisons également que les arrangements country du très ancien “I Must Be High” montrent à quel point le groupe s’est distancé de ses racines americana, même si tout ne s’est pas fait en un jour (les très Weezer “I’m Always In Love” et “Shot In The Arm”).

Wilco est un groupe généreux et le prouvera une nouvelle fois ce soir puisque les rappels vont durer une bonne demi-heure et feront bien plus que prolonger un concert d’une qualité intense. En effet, ils vont avant tout se faire plaisir. Dans la foulée, le public prendra clairement son pied (tout en participant vocalement à la fête) au son des classiques que sont “Walken”, “Heavy Metal Drummer” ou “I’m The Man Who Loves You” pour n’en citer que trois. Jeff Tweedy et ses compères auront peut-être mis du temps pour arriver là où ils sont aujourd’hui, mais ce qui leur arrive est plus que mérité.

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