Odyssée de l’espace au Botanique avec les WHITE HILLS

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Alors que la plupart du pays était allé voir Paul McCartney à Anvers, les irréductibles du rock psychédélique lourd s’étaient aventurés ce 28 mars du côté du Botanique qui, une fois n’est pas coutume, accueillait les White Hills, dignes représentants d’un space-rock lourdement impliqué dans une vision cosmique et sidérurgique du stoner. Le Botanique est en général le repaire des petits groupes anglais à la mode qui régalent l’insouciante jeunesse du moment, mais ce soir, c’est une belle tranche de heavy spatial pour esthètes revendiqués qui s’est invitée dans ses murs. C’est aussi le signe que les White Hills sortent peu à peu des grottes confidentielles dans lesquelles ils évoluaient depuis leur formation en 2005.

Les White Hills sont la chose de Dave Weinberg, alias Dave W., petit guitariste new-yorkais qui ne s’est jamais remis du mélange délétère constitué par les premiers disques sur lesquels il a mis la main étant tout gosse : Sex Pistols, Neil Young et Radio Birdman. Ce cocktail détonnant le plonge dans le sacerdoce musical et d’autres influences viendront s’ajouter par la suite, notamment celle d’Hawkwind. D’abord seul, Dave W. est rapidement rejoint par la bassiste Ego Sensation, puis par des batteurs de circonstance dont le dernier en date devrait bénéficier d’un contrat à durée indéterminée, vu sa redoutable frappe.

Toujours avides d’écriture, les White Hills ont déjà concocté un nouvel album du nom de “Frying on this rock”, à peine six mois après “H-p1”. Ce nouvel album rend fou, tout comme les autres d’ailleurs, dont on retiendra dans une discographie assez fournie et confuse les petits monstres que sont “Koko” (2006), “Heads on fire” (2007), “Glitter glamour atrocity” (2007) ou “White Hills” (2010). Ces albums mettent tous en valeur la guitare saturnienne et féroce de Dave W. ainsi que les structures bétonnées de la basse, toujours prompte à faire partir les compositions dans l’orbite géostationnaire.

Qui dit nouvel album dit nouvelle tournée et revoilà les White Hills en Europe. Le programme de tournée des White Hills est digne des plus grands moments du stakhanovisme : du 15 au 31 mars, le groupe parcourt six pays en 17 jours, sans aucune journée de répit. Idem pour la tournée américaine qui démarre le 9 avril à Brooklyn et se termine cinq semaines plus tard à Seattle, avec en tout et pour tout une dizaine de jours de repos entre l’est et l’ouest des États-Unis.

Le trio n’a pourtant pas l’air fatigué de cette croisade européenne puisqu’il entame son quatorzième gig d’affilée avec la forme de gladiateurs nourris au froment, prêts à couper en tranches n’importe quel adversaire. C’est ce que l’on va vite constater après le groupe de première partie.

Ce dernier, Sylvester Anfang II, vient présenter son psychédélisme expérimental et néanmoins classique entre 20 heures et 20 heures 30. L’air de rien, quand on évoque Sylvester Anfang II, on s’attaque à du lourd en matière de psychédélisme belge. Ce groupe s’est d’abord appelé Sylvester Anfang et est actif depuis 2005. Les membres de ce groupe ont aussi opéré dans des formations aussi étranges que bizarres et toutefois mythiques, comme Kiss The Anus Of A Black Cat, La Danse Du Sperme ou Burial Hex, des groupes qui ont semé le trouble dans le drone ou le dark ambient. Tout comme les Allemands d’Amon Düül étaient devenus Amon Düül II dans les années 70, Sylvester Anfang est devenu Sylvester Anfang II en 2008, ce qui n’est pas un hasard. Le credo de Sylvester Anfang II est en effet lourdement ancré dans le rock allemand des années 70 dans ce qu’il a de plus expérimental et d’aventureux. Le spectre musical de ce groupe flamand s’étend en fait de Country Joe & The Fish à Popol Vuh, en passant par les aspects les plus incontrôlables du Velvet Underground. Sur scène ce soir, le sextet joue trois morceaux, oscillant entre l’ambiant, le raga ou la cacophonie. Assis en tailleur sur scène, entourés d’une pléthore d’instruments plus ou moins reconnus par les normes contemporaines, les hommes de Sylvester Anfang II déploient un psychédélisme folkisant et instable qui enchantera les amateurs de krautrock, canal Popol Vuh.

Après cette petite demi-heure psychédélique passée à aborder les premières couches de la stratosphère, les White Hills arrivent avec leur vaisseau spatial rempli à ras bord de missiles neutroniques qui vont exploser la mésosphère, éventrer la thermosphère et ridiculiser l’exosphère. L’engin s’arrache du sol à 21 heures précises et le capitaine Dave W. commence tout de suite ses frasques en cassant une corde de guitare dès le premier morceau, un “Oceans of sound” qui distribue les claques d’entrée de jeu. Ego Sensation, vêtue d’un ensemble en velours écarlate avec un short au ras du pubis qui la mettrait immédiatement en danger aux abords du siège du FMI ou du Carlton de Lille, assure le début de “Three quarters” tandis que Dave W. répare sa corde. Voilà un vrai groupe : une seule Gibson SG usée pour la tournée, pas de guitare de remplacement ni armée de roadies prêts à surgir avec une douzaine d’instruments accordés. Les White Hills font tout tout seuls, à l’ancienne.

Les nombreux extraits de “Frying on this rock” (l’album entier, en fin de compte) viennent donner à ce show des aspects de guerre des étoiles. Le batteur Nick Name (eh oui !) cogne comme un forgeron passé en stage commando en Afghanistan, Dave W. se laisse emporter peu à peu par une folie virevoltante et sort de son instrument des solos infernaux, inextinguibles, le tout sous la supervision nucléaire d’Ego Sensation et de sa basse bulldozer. Oui, le dernier album des White Hills est une tuerie sur laquelle il va falloir se précipiter toutes affaires cessantes. Après une bonne heure de pyrotechnique astronautique, les White Hills finissent les 80 pèlerins égarés dans la Rotonde sous les ions rageurs de “The condition of nothing”, qui termine le show. Le rappel sera du même tonneau avec un “H-p1” tellement déformé par l’improvisation qu’on en vient à se demander si le groupe ne joue pas son morceau “Dead” à la place. De toute façon, après une heure et demie de rouleau compresseur cosmo-psychédélique, les neurones ne sont plus vraiment à leur place d’origine et la clarté des choses n’est plus du tout évidente.

Set list : Intro / Oceans of sound / Three quarters / Pads of light / Song of everything / You dream you see / I write a thousand letters / Radiate / Under skin or by name / Robot stomp / The condition of nothing // Rappel : H-p1

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