OTHER LIVES au Bota, un moment hors du temps

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Auteurs d’un premier album éponyme passé quelque peu inaperçu par ici, les Américains d’Other Lives ont en revanche conquis à la fois le cœur des critiques musicaux et celui du public avec leur deuxième livraison, “Tamer Animals”. La preuve avec leur concert ultra complet à l’Orangerie du Botanique ce lundi 2 avril, quelques mois après avoir déjà fait forte impression au K-Nal. Une fois n’est pas coutume, deux groupes étaient prévus en support dont celui qui accompagne les stars de la soirée lors de leur périple européen, à savoir The Magnetic North. Il s’agit du nouveau projet du génial Erland Cooper qui, après avoir sorti deux excellents albums en autant d’années avec Erland & The Carnival, a réuni son collègue Simon Tong (ex-guitariste de The Verve) et la chanteuse Hannah Peel pour fonder ce nouveau groupe qui parvient littéralement à conjuguer deux époques.

En effet, le style inimitable du leader (aux influences largement sixties) se marie à merveille avec la voix sucrée de la chanteuse dont les vocalises et le violon deviennent rapidement incontournables. Mais ce qui fonctionne le mieux, contre toute attente, ce sont les sonorités électroniques injectées ça et là, qui permettent à The Magnetic North de tenir la route en tant que véritable projet musical aux ambitions certaines. Riches et intelligemment construites, leurs compositions se fondent dans un univers presque rêveur (mentionnons notamment ce titre basé autour d’une mélodie tout droit sortie d’une boîte à musique) mais au potentiel bien réel. Leur premier album, “Other Symphony Of The Magnetic North”, sort début mai et devrait valoir le coup d’oreille.

Le deuxième groupe à monter sur scène, Deer Tick, allait nous emmener dans un registre quelque peu différent puisque les influences de ces natifs de Rhode Island sont plutôt à chercher du côté des groupes “classic rock” du début des 70’s (The Doors, Thin Lizzy, Lynyrd Skynyrd). Guitares en avant, claviers vintage, arrangements carrés et voix rocailleuse à la Springsteen se mélangent pour un résultat efficace à défaut d’être original. D’un point de vue musical en tout cas.

Car si l’on se réfère au show, ils ont quelques arguments à faire valoir. À commencer par le leader John McCauley qui joue d’une guitare transparente et qui va se fendre d’un solo au saxophone acclamé par un public très réceptif quand il ne vide pas sa bière tout en triturant sa six cordes. Le look de l’imposant batteur abondamment barbu (doté d’une excellente voix, soit dit en passant) et à l’inverse celui du bassiste à la tête de premier de classe font également partie du spectacle. Afin de leur donner une touche moins revival, on pourrait les comparer à The Shining (dont le line-up comprenait le précité Simon Tong), l’éphémère groupe anglais dont le seul album (“True Skies” en 2002) mettait en avant les mêmes références.

“Tamer Animals”, le deuxième album d’Other Lives, peut à juste titre être considéré comme une des belles réussites de l’année dernière. Sans crier gare, la formation originaire de Stillwater dans l’Oklahoma a confirmé les espoirs que les amateurs de folk avertis avaient placé en eux. Mieux que cela, ils ont développé leurs facultés de composition en tendant vers un environnement d’une délicatesse insoupçonnée tout en favorisant un côté accessible. Allaient-ils réussir à rendre la même impression sur les planches ?

Non seulement la réponse sera affirmative, mais ils vont surtout y mettre la manière. Regroupés sur un espace réduit au centre de la scène, les cinq musiciens et leur bric-à-brac musical, véritable caverne d’Ali Baba gorgée d’instruments en tout genre (violon, castagnettes, trompette, xylophone, harmonica voire même une sorte de piano à soufflet), vont d’emblée se plonger dans un trip contagieux et emporter le public avec eux (“As I Lay My Head Down”).

Un public qui ne descendra sur terre qu’à de rares exceptions, tant l’intensité dégagée par la voix de Jesse Tabish va se révéler captivante de bout en bout (les magnifiques “Old Statues” et “For 12”), secondée par celle, tout aussi prenante de Jenny Hsu qui apporte une lumineuse touche féminine. Un détail qui a son importance par rapport aux enregistrements studio où cette dernière passe relativement inaperçue.

Par ailleurs, leur manière de manier plusieurs instruments à la fois apporte une diversité et une richesse orchestrale peu courantes lors d’un concert de rock. Quelque part entre The National (l’émotion palpable de “Tamer Animals” et de “Desert”) et Beirut sans les vocaux dérangeants (“Dark Horse”), ils ont trouvé le style avec lequel ils n’ont pas fini de nous surprendre. À l’instar de cette très belle version de “Black Tables” interprétée par Jesse Tabish seul au piano pour entamer les rappels. Un moment privilégié qui a apporté une plus-value à une prestation déjà gratifiée de trois étoiles. Leur participation au prochain festival de Werchter n’est certainement pas usurpée…

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