THERAPY? en demi-teinte à l’AB

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Avec déjà plus de vingt ans de carrière au compteur, Therapy?, le trio infernal nord-irlandais adulé par le public belge est toujours bien présent sur le circuit. Ils viennent d’ailleurs de publier un treizième album, “A Brief Crack Of Light”, prétexte suffisant pour repartir en tournée et s’arrêter ce mardi 3 avril à l’Ancienne Belgique, une salle qu’ils connaissent particulièrement bien. La dernière fois qu’ils y avaient déposé leurs amplis, c’était en novembre 2010 à l’occasion d’un show spécial lors duquel ils avaient interprété l’intégralité de leur chef-d’œuvre “Troublegum” et ce concert s’était retrouvé sold out en un rien de temps. Ce soir, en revanche, un rideau masque la majeure partie supérieure de la salle, laissant augurer de faibles préventes. Les fans de Therapy? auraient-ils décidé de sanctionner leurs idoles ?

Une réflexion à laquelle on aura tout le loisir de s’atteler durant le set du groupe choisi pour assurer la première partie, Raketkanon. Ce quatuor gantois en passe de sortir son premier album allait en effet nous laisser presque de marbre, en tout cas d’un point de vue délicatesse sonore vu que cette dernière n’existe tout simplement pas. Au contraire, leur métal expérimental bruyant exécuté au milieu d’une scène envahie de fumigènes aura bien vite fait de nous pousser vers le bar, à l’abri d’un déluge de décibels accentué par une voix hurlante et grasse.

Finalement, c’est encore le visuel qui se révélera être le point le plus intéressant de leur prestation, même s’il faudra systématiquement attendre la fin des morceaux pour apercevoir quelque chose sur scène. On y découvrira quatre musiciens qui ne tiennent pas en place, dont un chanteur à la vivacité digne d’une sauterelle. Celui-ci va d’ailleurs venir très régulièrement à la rencontre du public sur le devant de la scène, juste en dessous d’une banderole peinte à l’effigie du groupe et dont le visuel peut, avec un minimum d’imagination, suggérer un tas de choses…

Il convient de rester honnête en affirmant que la carrière de Therapy? adopte une physionomie en dents de scie depuis la période dorée du milieu des années 90, où ils étaient considérés comme un groupe majeur de la scène musicale au sens large du terme. Avec le recul, ce revirement de situation correspond précisément au départ du batteur Fyfe Ewing dont ils auront beaucoup de mal à se remettre.

En effet, mis à part “Semi-Detached” (1998) et “High Anxiety” (2003), la discographie du trio rassemble par la suite une poignée d’excellents titres perdus au milieu de plages plus dispensables qui s’apparentent parfois à du remplissage. “A Brief Crack Of Light”, leur dernière livraison, ne déroge pas à la règle, mais comme c’est sur scène qu’ils donnent le meilleur d’eux-mêmes, il était tout à fait normal de se retrouver dans le moshpit pour en prendre une nouvelle fois plein les oreilles.

Bien qu’il soit assez bizarre d’entamer un concert avec une cover, leur version d’“Isolation” n’a, il est vrai, pas grand-chose à voir avec celle créée par Joy Division et a surtout permis aux spectateurs les plus chauds de déjà jouer des coudes. Malheureusement, l’excitation sera de courte durée. D’abord, les haut-parleurs crachent un son brouillon en contradiction avec la réputation de l’AB. Ensuite, on a l’impression que le groupe n’y est pas, malgré les efforts d’Andy Cairns d’installer un dialogue avec les fans présents. Mais surtout, les deux premiers nouveaux titres joués, “Ghost Trio” (un morceau prémédité ?) et “Why Turbulence?” font plutôt partie de la seconde catégorie citée plus haut. Et, une fois n’est pas coutume, le trio ne parvient pas à leur asséner une dynamique en live.

Le pire, c’est que la relative indifférence du public va aller jusqu’à contaminer des bombes présumées comme “Stories” ou “Teethgrinder”, bien moins percutantes qu’à l’accoutumée (et pas servies par la voix hésitante à la limite de la justesse du chanteur). On en est certain maintenant, il manque une étincelle pour littéralement faire exploser le public. Un public qui va devoir encore patienter avant d’avoir l’occasion de se défouler, même si la deuxième vague de nouveaux titres va quelque peu rehausser le niveau (encore que “Living In The Shadow Of The Terrible Thing” manque cruellement de puissance).

Conditionnés car nourris au son de “Troublegum”, les spectateurs vont subitement se réveiller sur “Nowhere” et “Screamager”, entrecoupés d’une brève reprise du “Teenage Kicks” des Undertones. Un programme alléchant certes, mais qui va cruellement manquer de conviction, chose à laquelle le groupe ne nous avait pas habitués. Comme le fait de quitter la scène après quarante-cinq minutes de concert, d’ailleurs.

Après un petit break dont on se demande toujours la raison, ils allaient revenir armés de bien meilleures intentions, notamment en réservant une set-list plus équilibrée que celle qu’ils avaient jouée jusqu’ici. On a ainsi enfin découvert le premier nouveau titre digne de ce nom, “Before You, With You, After You” qui, sans être révolutionnaire, ne dépareille pas avec les bons moments de leur back catalogue récent. C’est justement dans cette période qu’ils se baladeront ensuite (“If It Kills Me”, “Polar Bear”) en se montrant un chouia plus convaincants qu’en début de soirée.

Quoi qu’il en soit, c’est le dernier quart du set qui va nous réconcilier avec eux et nous faire comprendre que cette méforme n’était sans doute que passagère. Curieusement, “Ecclesiastes”, le morceau atypique entamé au vocoder qui clôture la nouvelle plaque, va être à la base du déclenchement que l’on n’espérait plus. Plus calme, plus travaillé, il pourrait même être à la base d’une direction inédite pour le groupe. “Die Laughing” va ensuite unir les adeptes du stage diving avant que “Diane”, dans une version musclée plus proche de l’originale de Hüsker Dü que de la balade langoureuse qu’ils avaient enregistrée pour l’album “Infernal Love”, ne mette tout le monde d’accord.

Dans la foulée, les classiques du tout début de leur carrière que sont “Nausea” et “Potato Junkie” vont clôturer leur prestation d’une manière que l’on aurait bien aimé voir depuis le début du concert. Gageons qu’il s’agit d’un incident de parcours sans conséquence, d’autant plus que ceux qui se sont abreuvés de pogos ont apprécié le moment. Et c’est peut-être bien là l’essentiel…

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