PPM FEST 2012, épisode III : la revanche des Sith

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Dimanche 8 avril. 10h45, allez hop, hors du lit, une douche rapide, pas le temps de manger. On verra là-bas. Trajet en voiture. Hell est toujours dans l’autoradio. C’est bien. Ça réveille. Arrivée sur le site à 12h30. Il me reste 20 minutes pour prendre un petit déjeuner équilibré. Eh quoi, Monsieur Carlino ? Pas de céréales, pas de lait, pas de jus d’orange ? Tant pis. Des frites baignant dans la mayonnaise et une Kriek bien fraiche feront l’affaire. 12h50, c’est l’heure du lancement du troisième et dernier épisode de la saga PPM Fest 2012. Et ce sont les Marseillais de Nereids qui sont en charge de la bande son du générique d’ouverture. Nereids n’est pas (encore) vraiment célèbre dans le plat pays qui est le nôtre. Pourtant, la foule qui se masse devant la scène Alpha ce dimanche à l’heure du pastis semble un peu plus conséquente que celle qui avait soutenu les prestations de Goliath vendredi et de No Fatality samedi. Il faut dire que les Marseillais ont un pied bien ancré en région Montoise puisque Bernie Plumat, leur guitariste, est né ici et qu’il y a encore de la famille et beaucoup d’amis. Le six-cordiste toujours souriant et hyperlooké a passé sa jeunesse à trainer avec quelques voyous locaux, et notamment un certain Antonio Carlino, bien connu de nos services.
Ah, la joie de vivre des peuples du sud ! Les vêtements des musiciens ont beau être sombres à souhait et le métal gothique orchestral du sextette hautement mélancolique ; sur scène, il n’y a que des sourires radieux. Entre les titres, qui semblent très inspirés par la musique d’Epica (NDR : le côté extrême en moins), de Nightwish et de Within Temptation, l’accent chantant de Julie Mathieu Miniconi charme nos oreilles. L’accueil des Montois est enthousiaste, ce qui, au vu de la prestation sympathique des Marseillais, est amplement justifié. Saluons encore la superbe performance de Caroline, la violoniste, qui n’a intégré Nereids qu’une dizaine de jours avant le PPM et qui apporte un réel plus à la musique (et au visuel) du groupe. Malgré la bonne humeur ambiante, Julie parvient à nous tirer une larme en dédiant l’une de ses compositions à nos 22 enfants disparus dans la tragédie de Sierre. Nous l’en remercions par de chaleureux applaudissements.
Avant de quitter la scène, la chanteuse nous balance encore un ‘Allez L’O.M.’ que (par vanité, probablement) je prends comme une allusion à l’introduction de l’interview qui lui a été consacrée dans ces pages. Une superbe découverte pour commencer la journée !
Signalons, pour terminer, que Nereids vient de publier un EP quatre titres plutôt intéressant que l’on peut se procurer via ses pages myspace ou facebook.

La mélancolie c’est bien joli, mais il ne faudrait pas non plus nous plomber l’ambiance du Fest ! Pas de soucis puisque les namurois de Stone Goats débarquent sur la scène oméga avec leur gros stoner qui tache. Stoner, d’accord, mais la ‘bête à cornes’ a manifestement brouté plus de Motörhead que de Kyuss et le heavy rock’n’roll aussi crasseux qu’efficace prend souvent le pas sur les ambiances lourdingues. Stone Goats offre au PPM les 25 minutes d’énergie pure dont il a besoin pour sortir de sa torpeur dominicale. Salutaire et décoiffant.

Pas de querelles linguistiques au PPM Fest et après les jeunes Wallons plombés, ce sont les mélodieux vétérans Flamands/Bruxellois de Beyond The Labyrinth qui se lancent à l’assaut de la ville du Doudou. Si la musique du groupe est captivante sur disque (NDR : le dernier opus “Chapter III – Stories” est fortement recommandé à tout amateur de hard rock et de métal mélodique) sa prestation scénique est un peu flemmarde et ne nous semble pas assez visuelle. Geert Fieuw, qui est probablement ce qui se fait de mieux en matière de guitar hero belge, sauve cependant le set par ses soli superbes et gorgés de feeling. À revoir en ambiance ‘club’ !


Bernie est enfin sur le site et, bien qu’il soit aussi grognon qu’à l’accoutumée, je suis heureux d’avoir enfin quelqu’un avec qui partager mes tickets de boisson. Au hasard de nos explorations, nous rencontrons Olivier Bourgi qui, comme Bernie, occupe un poste de chasseur d’images chez Music in Belgium. C’est ma première rencontre avec l’artiste et sa bonne humeur, sa politesse et sa gentillesse me laissent songeur : pourquoi, de tous les photographes de MiB, ai-je choisi de me coltiner le moins joli et le plus désagréable ?

Vous aurez peut-être du mal à le croire (surtout si vous êtes Français), mais avant l’annonce de leur participation au PPM fest, je n’avais jamais entendu parler de Lonewolf. Le groupe existe pourtant depuis 1991. Malgré mes efforts, je ne suis pas parvenu à entrer en contact avec eux pour les soumettre au supplice de l’interview découverte. C’est donc avec un grand intérêt que je découvre aujourd’hui le hurlement de ce ‘loup solitaire’. Inutile de dire que le canidé grenoblois a été élevé au heavy pur et dur. Ses compos fédératrices empruntent au power, au speed et thrash métal. Le set du PPM est fortement burné, l’assistance semble conquise. Moi aussi !

Les Français se suivent et ne se ressemblent pas. Après Nereids et Lonewolf ce sont les Palois de Manigance qui prennent possession de la scène Alpha. Le groupe confirme ici sa position de leader en matière de métal mélodique francophone. Didier Delsaux possède une voix superbe. C’est l’un des rares vocalistes qui parvient à faire ‘sonner’ le métal en français. Nous sommes à mille lieues de la force brute de Lonewolf. Ici tout se fait en finesse. Chant, guitare, claviers : tout respire la classe. Superbe prestation. Nous n’en attendions pas moins !


À défaut d’être original, le set de Power Quest est rafraichissant. Les jeunes Anglais sont souriants et surtout, ce sont d’excellents musiciens. Leur power métal est très mélodique. Un peu comme si Gamma Ray avait ajouté quelques touches d’A.O.R. à ses compositions. La prestation est joyeuse, ce qui égaie agréablement cette après-midi de printemps.

Il est un peu plus de 17h et comme c’est arrivé hier à la même heure, le PPM Fest donne des signes de fatigue (NDR : ou peut-être est-ce seulement Bernie et moi ?). Toujours est-il que le power métal rugueux des Teutons de Stormwarrior, qui n’a pas d’autre originalité que d’être chanté à deux voix, nous semble un peu fade et qu’au bout de quatre gobelets de la même soupe, nous décidons d’aller boire une bière dehors.

Nous revenons un peu plus tard pour constater que la prestation des Bavarois de Mystic Prophecy est légèrement plus captivante que celle de leurs prédécesseurs. Ici le power métal explore le côté sombre de la force. Les titres sont entrainants et font taper du pied tandis que les sujets abordés sont plutôt obscurs. Les musiciens bougent bien, mais il n’y a pas encore vraiment de quoi faire sortir Bernie de son apathie. Nous sommes comme un vieux couple. À force de nous côtoyer, nous n’avons plus besoin de mots (de toute façon, il en connaît très peu). Le regard consterné qu’il me jette depuis le photopit signifie : “Mais qu’est-ce qu’on fout ici ? C’est toujours la même chose tes groupes de métal”. N’en déplaise à l’animal, le concert de Mystic Prophecy est agréable à regarder et il nous prépare en douceur aux deux claques consécutives que seront les prestations de Powerwolf et Freak Kitchen.


Le décor style ‘vitrail d’église’ semble très tendance cette année et, après Hell hier, c’est Powerwolf qui transforme le Lotto Mons Expo en lieu de culte. Devant la scène alpha, il y a deux fois plus de monde que lors des concerts des groupes précédents. C’est plutôt bon signe puisque, selon l’adage, on n’attire généralement pas les mouches avec du vinaigre. Si la prestation des Anglais de Hell tenait à la fois de la messe noire et de la tragédie Shakespearienne, celle des Allemands… pardon des ‘Roumains’, comme ils aiment à le faire croire, de Powerwolf se veut beaucoup plus légère, voire même amusante. Attention, le plaisir est le même. Le spectacle est superbe et l’on y casse du curé. Que demander de plus en ce jour de Pâques ? Au point de vue musical, Powerwolf propose un power métal moderne mélodique mais musclé, comparable à celui de Sabaton. Le show, quant à lui, est travaillé à l’extrême et extrêmement bien rôdé. Chaque musicien y tient un rôle important. À vrai dire, tout est si bien en place que l’on se demande si le groupe n’a pas fait appel à un metteur en scène avant de partir en tournée. Le vocaliste/vampire Attila Dorn est absolument parfait dans son rôle de maître de cérémonie ; intrigant et amusant à la fois, il n’a pas son pareil pour emballer la foule. Il est souvent secondé par le claviériste Falk Maria Schlegel qui quitte son instrument dès que sa présence n’y est pas nécessaire afin de haranguer la foule ou d’entamer quelques petits pas de danse avec Attila. Charles et Mattew Greywolf (guitare et basse) se plantent face au public d’un air menaçant. Le ventilateur qui fait voler leurs crinières et le rictus terrifiant qui ne quitte pas leurs lèvres les fait ressembler aux gargouilles de Notre Dame de Paris ou encore aux vampires de la saga cinématographique “Underworld”. Le PPM s’amuse et profite du spectacle en scandant à tue tête le nom de POWERWOLF ! Voilà un concert Fantastique. Dans tous les sens du terme.

Freak Kitchen est un groupe ‘Larger Than Life’. Difficile de décrire autrement ces trois musiciens fantastiques dotés d’un humour aussi décalé que décapant. La prestation de ce soir laisse tout le monde sur le cul, y compris Bernie qui n’aurait jamais imaginé être capable d’apprécier le concert d’un groupe affilié à la scène progressive. Évidemment, le ‘progressif’ de cette ‘cuisine des monstres’ n’a pas grand-chose à voir avec celui de Dream Theater ou d’Andromeda et il est presque impossible de comparer ce métal aux accents groovy/funky/djenty et ce brassage impressionnant de virtuosité schizophrène, de signatures rythmiques complexes et de clowneries burlesques à quoi que soit d’autre. S’il fallait absolument tenter une description, j’essaierais peut-être ‘Meshuggah meets Zakk Wylde, Van Halen, Pierre Richard and Jango Edwards’ (NDR : mais, je ne suis pas vraiment sûr en ce qui concerne Pierre Richard). Enfin bref, avec Freak Kitchen, quand on ne se prend pas une tonne de décibels dans la tronche, on se fend la poire. Le trio suédois débarque sur scène sans artifices. Mattias IA Eklundh (chant, guitare) s’excuse d’ailleurs de ne pas avoir d’intro dramatique à proposer. Si le look amusant de Christer Örtefors (NDR : le bassiste barbu est coiffé d’un casque de moto et porte une paire de lunettes noires) et les titres des chansons interprétées (“Porno Daddy”, “Razor Flowers”, “My New Haircut”, “Teargas Jazz”) donnent déjà quelques indications quant à l’humour décalé des musiciens suédois, ce sont les hilarantes interactions de Matthias Eklund avec le public qui mettent le PPM sur les rotules. La petite heure allouée au groupe passe à vitesse grand V et les ‘goody goody’ fédérateurs et autres ‘Tip Top’ approbateurs résonnent encore dans la fosse longtemps après la fin du set. Sans conteste l’un des shows les plus captivants de cette édition 2012 !


Allez savoir pourquoi, moi qui adore Epica et le genre féminin dans son ensemble, je vais être négatif et un peu macho. La fatigue et l’abus de gras, sans doute. Ou alors c’est d’avoir passé trois jours entiers avec Bernie qui m’a tapé sur les nerfs ? Serait-il simplement possible que nos Hollandais préférés aient été un peu moins bons que d’habitude ? Il est 21h45 et un rideau noir masque la scène alpha. C’est sûr, le décor sera somptueux. L’intro symphonique s’achève, le rideau tombe… et ne révèle absolument rien ! Le décor est minimaliste : un fond blanc et ce qui ressemble à deux lampes de bureau géantes, c’est tout. Le Feng-Shui, c’est joli et reposant. Mais cela ne nourrit pas son métalleux. Heureusement, il nous reste Simone Simmons. Ah, Simone ! Que ce doit être difficile d’être Simone Simmons. Toutes les filles rêvent d’être Simone et tous les garçons rêvent d’être dans les bras de Simone. Elle est si jolie dans cette petite robe de cuir noir assortie au blouson Harley Davidson de Bernie que j’en suis presque ému. Et même si on l’a déjà connue plus en forme (NDR : notre princesse à la chevelure de feu semble avoir le ‘headbanging’ un peu mollasson ce soir) on peut tout lui pardonner. Tout ! Sauf ce décor ! Car il ne faut pas se leurrer. C’est de sa faute, c’est sûr ! Ça sent la meuf à plein nez ! Mais je m’emporte et j’en oublie l’essentiel : la musique. Et là, pas de problème. Le groupe est fidèle à lui-même. Mark Jansen débite des riffs costauds et ‘grunte’ méchamment en réponse aux vocaux opératiques d’une Simone angélique. Coen Jansen s’applique mais reste un peu effacé derrière ses claviers. Quant à Ariën van Weesenbeek, il se permet le luxe d’un petit solo de batterie. Les classiques “Cry For The Moon”, “Sensorium”, “Consign To Oblivion”, “Obsessive Devotion” côtoient quatre extraits du nouvel opus (“Requiem For The Indifferent”) qui passent plutôt bien le cap de la scène. Un bon concert. Sans plus.


Suis-je le seul à penser que Blind Guardian n’a pas sa place au sommet de cette affiche ? Le groupe allemand n’a pas d’actualité discographique (NDR : une compilation, ce n’est pas vraiment un nouvel album) et il n’a certainement pas les épaules d’un Scorpions, d’un Europe ou d’un Accept. Et, pour tout dire, ce dimanche j’ai eu ma dose de power métal. Alors, d’accord, Hansi Kürsch chante merveilleusement et les classiques du groupe comme “Nightfall”, “Valhalla” ou “Mirror Mirror” passent plutôt bien. Mais à une heure aussi tardive, j’ai besoin d’autre chose pour rester éveillé que de voir quatre mecs se contenter de reproduire mollement le best of de leur carrière. Rien ne bouge, il n’y a pas de vie, pas de spectacle. Ces mecs ont perdu la foi et leur set est purement alimentaire. La preuve : ils ne daignent même pas revenir en rappel. Déçu ? Même pas puisque grâce à Trollfest, Septic Flesh, Korpiklaani, No Fatality, Azylya, Nightqueen, Fury UK, Evidence, Hell, Finntroll, Accept, Nereids, Stone Goats, Lonewolf, Manigance, Powerwolf, Freak Kitchen et Epica j’ai connu ma dose de frissons, de joies et de moments intenses !

L’édition 2012 du PPM Fest a vécu. L’organisation était sans faille, les tarifs raisonnables, l’accueil sympathique et la programmation pleine de surprises. Que demander de plus pour l’année prochaine ? Une nourriture un peu plus variée (trois jours à manger du gras, ce n’est pas raisonnable) quelques sièges pour pouvoir reposer nos pieds endoloris, un peu de chauffage sur le soir, et un groupe punk pour Bernie. Dans ces conditions, nous reviendrons, c’est sûr !

The End.

Les autres photos de

Beyond The Labyrinth
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Lonewolf
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Manigance


Power Quest
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Mystic Prophecy
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Powerwolf


Freak Kitchen
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Epica
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Blind Guardian

Photos © 2012 Bernard Hulet

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