Du métal à tout casser avec ANTHRAX à Anvers

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Après quelques années de vaches maigres, Anthrax est revenu aux affaires, et c’est tant mieux. Les champions du thrash metal mélangé de hardcore new-yorkais ont toujours eu du mal à retrouver le niveau de leur incroyable album « Among the living » de 1987, qui a rejoint le « Master of puppets » de Metallica et le « Reign in blood » de Slayer au sommet du thrash metal classique des années 80. Avec Megadeth qui se rajoute à la liste, Anthrax est bien sûr un membre de ce qu’on appelle désormais le Big Four du thrash US, avec Metallica et Slayer. Les tournées Big Four de ces récentes années ont fait le plus grand bien à Anthrax, qui est revenu complètement dans la compétition de haut niveau avec son excellent dernier album « Worship music », attendu impatiemment par les fans durant huit ans.

Aujourd’hui, c’est un line-up quasiment égal à celui des glorieuses années 1983-90 qui a repris sa carrière en main : Joey Belladonna (chant), Scott Ian (guitare), Frank Bello (basse), Charlie Benante (batterie) et le nouveau venu Rob Caggiano (guitare) n’ont rien perdu de leur fougue et ils sont venus le démontrer lors d’une tournée expresse d’une quinzaine de jours qui passe en revue des principaux festivals allemands, italiens et anglais du moment. Par chance, la Belgique est prévue au programme et c’est le Trix d’Anvers (anciennement Hof Ter Lo) qui reçoit ce 13 juin 2012 les bûcherons d’Anthrax pour le plaisir des petits et des grands. Arrivé assez vite à Anvers grâce à une circulation plus fluide qu’à l’accoutumée, je me retrouve au premier rang devant la scène, pas loin du centre, une place qui promet de l’activité.

Anthrax a emporté deux groupes de première partie dans ses valises, tous du Royaume-Uni. Les Londoniens de Collapse sont chargés du marquage de la zone de bombardement. Ce petit groupe nouveau venu dans la scène métallique donne tout ce qu’il a et s’attire la sympathie du public malgré un son très brouillon. Le thrash metal mélodique de Collapse a déjà été visité bien des fois et le logo du groupe qui peut se lire dans les deux sens est sans doute l’idée la plus imaginative que le groupe ait trouvée pour le moment. Pourtant, on ne peut s’empêcher d’avoir de la sympathie pour le chanteur chevelu qui rend hommage au public du premier rang et agit avec la sincérité la plus totale. Le batteur est plutôt rapide et technique, ce qui ne gâche rien.

Avec Revoker, on va entrer dans une dimension beaucoup plus sérieuse. Ces jeunes Gallois qui sortent leur premier album sur Roadrunner vont devoir être suivis de près. D’abord parce que cet album qui enfile les pantoufles de Metallica et Machine Head est excellent et ensuite parce que sur scène, ces gamins sont de véritables tueurs. Servis par un son énorme, les types de Revoker assènent une demi-heure de métal carré et fier-à-bras. Le chanteur Jamie Matthias, jeune blondinet bravache aux allures christiques, se met le public dans sa poche par la seule force du boniment. Derrière lui, un guitariste bondissant, un bassiste métronomique et un batteur plus puissant que technique ravagent tout avec confiance. Le premier album est passé en revue au cours de ce petit set serré et vindicatif et on remarquera quelques titres saignants comme « Time to die », « Hate inside », « Psychoville » ou « The great pretender ». Le public est littéralement conquis et s’installe alors dans la salle la douce ambiance qui règne quand un groupe totalement inconnu parvient à se faire respecter d’une seconde à l’autre.

Le changement de matériel et le sound check nous amènent tout doucement à 22 heures, quand Anthrax s’apprête à pacifier la contrée à coups de décibels. Joey Belladonna, Charlie Benante, Scott Ian, Frank Bello et Rob Caggiano prennent possession de la scène sous un tonnerre d’ovations. Anthrax contamine la salle d’entrée de jeu avec une volée de bois vert en provenance directe du nouvel album. « Earth on hell » et « Fight’em til you can’t » contiennent ce qu’il faut de matière fissile et de mélodie pour chauffer et égayer le public. Au total, on se chope quatre titres de « Worship music », plus deux instrumentaux d’intermède. Le reste de la set list est basé sur d’incontournables classiques, majoritairement extraits du fameux « Among the living ». Mais les choses commencent à la vitesse d’un dragster chauffé à blanc puisque les premiers slammeurs s’abattent dans le couloir de sécurité dès le premier morceau, avec un petit vieux qui pourrait être mon père en guise de commencement. Le flot de slammeurs se multiplie si vite qu’il faut évacuer les photographes avant la fin du troisième morceau, période habituellement allouée aux preneurs d’images. Anthrax affiche une forme insolente et va littéralement incendier le public pendant une heure et quart. Chaque morceau est joué avec une telle intensité qu’il pourrait être à chaque fois le morceau de la fin. Joey Belladonna fait ce qu’il veut avec la foule, distribuant ses canettes de Redbull (je récupère d’ailleurs la première), empruntant les appareils photo des premiers rangs pour photographier leurs propriétaires et serrant la main de presque chaque slammeur qui reprend son chemin en direction de la foule après s’être ramassé sur les gardes. Frank Bello, bassiste historique, se contorsionne en mille mouvements névrotiques, bouche ouverte et yeux plissés. Charlie Benante est planqué derrière sa citadelle de fûts, démolissant ses peaux et fendillant ses cymbales avec une implacable rigueur. Scott Ian et Rob Caggiano ébranlent l’atmosphère de rugueux solos de guitare et de rythmiques galvanisées à l’acier de synthèse.

Le public est haché par de monstrueux hoquets humains qui se répandent en bondissements démesurés et en po-gos dévastateurs. C’est bien sûr avec « Caught in a mosh », la monumentale reprise de l’« Antisocial » de Trust et l’inhumain « Indians » que les choses tournent au délire. « Indians » comporte ce fameux moment où le chanteur hurle « Wardance! » et où la fosse se livre à une gigantesque danse tournoyante qui se termine en un clash faramineux des corps s’entrechoquant en po-go titanesque. Vous me direz que les mecs d’Anthrax sont des brutes finies, mais je vous répliquerais qu’ils ont quand même des lettres lorsqu’ils reprennent le « Got the time » de Joe Jackson, dans une version punk hardcore rendant la version originale tout juste bonne à servir de berceuse dans les maisons de retraite.

Les débats sont menés au petit trot et nous voilà déjà à la fin du set principal, qui achève le public sous d’énormes versions de « Medusa » et « Among the living ». Après une courte pause, le rappel vient remettre quelques dernières pendules à l’heure avec du très lourd. Scott Ian entame les premières salves de « Efelnikufesin », encore un titre d’« Among the living » qui vient replâtrer une couche de chaos dans le public. Puis vient l’excellent « Madhouse », suivi d’une reprise en béton armé du « Neon knights » de Black Sabbath. Ce morceau est extrait du premier album du Sab avec Ronnie James Dio, qui remplaçait en 1980 un Ozzy Osbourne complètement lessivé par les excès opiacés et alcooliques. La version jouée ce soir par Anthrax est tout simplement fantastique, hommage suprême au grand Ronnie James Dio qui nous a quittés il y a deux ans. Avec « I am the law », Anthrax termine un show merveilleux de puissance, de hargne, de panache et d’amour envers son public. Les décibels ont volé bas ce soir, tout comme les slammeurs, les tympans ont été fraisés avec franchise et détermination et surtout, Anthrax est allé thrasher sur nos tombes avec enthousiasme et professionnalisme.

Ayant échoué dans la récupération d’onglets qui se sont pourtant abattus en pluie à la fin du concert, je me rattrape en rencontrant Rob Gaggiano à la sortie du show, qui signe quelques autographes et distribue des onglets. Nous verrons aussi Joey Belladonna, Frank Bello et Charlie Benante qui échangent quelques mots avec les derniers fans et apposent quelques paraphes sur des disques ou des billets. Scott Ian a réussi à entrer en douce dans le bus de tournée sans se faire voir, le coquin !

Set list : Worship (intro) / Earth on hell / Fight ’em till you can’t / Caught in a mosh / Antisocial / The devil you know / Indians / Hymn 1 / In the end / Got the time / Medusa / Among the living // Rappel : Efilnikufesin (N.F.L) / Madhouse / Neon knights / I am the law

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