Alcatraz light aux riffs gras essentiels

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L’affiche de la cinquième édition du Alcatraz Metal Fest est plutôt ‘light’ (NDR : sept groupes seulement au programme contre douze en moyenne les années précédentes) et, pourtant, pour rien au monde nous ne voudrions manquer ce rendez-vous annuel avec le plus convivial des festivals métal de l’été. Et nous ne sommes manifestement pas les seuls à apprécier cette ambiance particulière puisque le parking du Brielpoort est déjà bien rempli ce dimanche 12 août 2012 lorsque Bernie y pose le train d’atterrissage de la machine à sueur froide avec laquelle il me balade de concert en festival. Midi moins le quart. Nous sommes à l’heure. Enfin presque ! Un bon quart d’heure avant le début des hostilités, cela aurait pu être suffisant si l’organisation avait mis plus d’un guichet à la disposition de celles et ceux qui, comme nous, doivent encore échanger leur réservation internet, leur invitation ou leur accréditation ‘presse’ contre le précieux bracelet coloré donnant accès au site du festival. Conséquence : la file devant l’entrée est longue et l’attente interminable. Il est presque midi vingt lorsque nous pénétrons enfin dans la fournaise. Sur scène, Warbringer distille avec conviction un thrash métal téléphoné, mais diablement efficace. Les Californiens ont probablement beaucoup écouté Slayer, mais dans la fosse, personne ne songe à s’en plaindre. Nous non plus.

Arrivé bien après la fin du troisième titre, Bernie se voit refuser l’accès au ‘frontstage’. Ainsi privé du droit élémentaire d’exercer son art pictographique, le primaire me rejoint dépité, le zoom entre les jambes, tentant désespérément de rattraper le coup en m’offrant un rafraîchissement houblonné. Afin de s’intégrer à la masse métallique, notre keupon arbore fièrement un t-shirt acquis au prix fort dans la nouvelle succursale bruxelloise de cette ‘multinationale du piège à touriste’ que l’on appelle ‘Hard Rock Café’. Ceci en dit long sur le chemin qui lui reste à parcourir pour devenir un headbanger véritable. Mais le bougre fait des efforts, accordons-lui au moins cela.

Finalement, le choix de proposer un festival ‘à l’ancienne’, au cours duquel les groupes se succèdent sur une scène unique après une pose d’une demi-heure s’avère plutôt confortable. Pas besoin de courir d’un côté à l’autre de la salle. Nous pouvons apprécier chaque prestation du début à la fin et profiter, pendant l’entre-acte, de cette belle journée ensoleillée pour déguster quelques délicieuses spécialités locales telles que les frites sauce andalouse, les brochettes saté, le kebab au jambon grillé ou les cornets de pâtes. Sous le soleil estival, l’amateur de gras est aux anges. Cependant, l’attrait des forces obscures se fait irrésistible et nous gagnons la salle où les zombies anglais de Hell s’apprêtent à invoquer le Grand Cornu. Par manque de place, probablement, les rescapés de la N.W.O.B.H.M. n’ont pas emmené la chaire de prêcheur qui trônait sur la scène du PPM Fest de Mons en avril dernier. Mais le reste de la panoplie impie a été déployé : les vitraux blasphématoires en guise de backdrop, la couronne d’épines, les yeux rouge sang de David Bower et son terrifiant jeu d’acteur, le costume de ‘médecin de la peste’ et son masque au bec allongé sur l’intro de “Plague And Fyre”, l’auto flagellation sanglante sur “Blasphemy And The Master”, la terrifiante comptine des sorcières, chantées à trois voix en intro de “Macbeth”, l’effrayante ressemblance de Tony Speakman avec le cadavre de Ronnie James Dio et même les chorégraphies amusantes d’Andy Sneap et Kev Bower. Bien sûr, l’effet de surprise qui nous avait scotché lors de la prestation du PPM Fest s’est un peu estompé. Mais bon sang, quel spectacle ahurissant de la part de ce groupe génial placé, à notre humble avis, bien trop bas sur l’affiche !


14h45. Il est l’heure d’assister à la résurrection de Crimson Glory. Un backdrop aux couleurs du classique “Transcendance” laisse supposer que la formation floridienne va jouer la carte de la nostalgie. Midnight a malheureusement rejoint le Valhalla dont il vantait si bien la beauté et nous sommes nombreux dans la salle à nous demander si Todd La Torre aura assez de coffre pour nous faire oublier le mystérieux vocaliste au masque d’argent. Nous sommes rassurés dès les premières notes de “Valhalla” (justement), joué en ouverture du set. L’organe de La Torre, subtil amalgame entre les timbres particuliers de Midnight et de Geoff Tate, est idéal pour faire revivre les plus grands classiques du groupe. Crimson Glory fait l’impasse sur le controversé “Strange & Beautiful” de 1991, ainsi que sur l’“Astronomica” de son retour (raté) de 1999 et concentre ses efforts sur les premiers opus (“Crimson Glory”, 1986, et “Transcendance”, 1988). Un clavier soutient les guitares de Ben Jackson et Jon Drenning. Le duo de six-cordistes n’a rien perdu de cette alchimie qui lui avait permis de composer quelques-unes des plus belles mélodies du métal des eighties. Impossible de résister aux guitares transcendantes de “Where Dragon Rules”, “Azrael”, “Painted Skies” ou “Queen Of The Masquerade”. La Torre, quant à lui, convainc les derniers incrédules en restituant à la perfection les émotions intenses de l’angoissant “Lost Reflection”. Aux dernières nouvelles, le vocaliste aurait été engagé pour remplacer Geoff Tate au sein de Queensrÿche, c’est dire si le gaillard a du talent. Le meilleur concert de la journée pour votre serviteur, une vague copie d’Iron Maiden selon Bernie… Mais qu’est-ce qu’il m’énerve parfois ce punk !

Les fans du groupe me pardonneront, mais je n’ai jamais vraiment accroché au pagan/black métal celtique de Primordial. Et ce n’est sûrement pas la prestation relativement transparente de ce dimanche qui me fera changer d’avis. Certes le maquillage est original, la batterie déroutante, quelques mélodies celtiques sont accrocheuses (NDR : au milieu du brouhaha cacophonique, on a parfois l’impression d’entendre la mélodie du “Over The Hills And Far Away” de Gary Moore), mais l’ensemble reste quand même une bouillie sonore relativement imbuvable. Les premiers rangs semblent apprécier, tant mieux pour eux.


Testament est presque un habitué de l’Alcatraz. (NDR : Chuck Billy & Co ont participé à l’édition 2009 en compagnie de Saxon, Agent Steel, Helstar et quelques autres). Confiants, les thrashers démarrent leur set avec “Rise Up”, un extrait de leur “Dark Roots Of Earth” fraîchement sorti des presses (NDR : ils en interpréteront quatre titres au cours de la soirée). Les Californiens dégagent une puissance de feu phénoménale. Derrière les fûts, l’immense Gene Hoglan dévaste tout sur son passage tandis qu’à la guitare, Alex Skolnick distille ses parties lead les plus techniques avec un sourire déconcertant. Le son est colossal. Chuck Billy aussi. L’Alcatraz entier vibre à l’écoute de l’imposant amérindien. Malheureusement, le groupe est un poil trop statique et le martèlement incessant d’Hoglan, s’il est franchement impressionnant, devient un peu lassant au bout d’une heure. De plus, le Brielpoort est une véritable fournaise. Nous décidons donc (Bernie, quelques compagnons d’infortune et moi-même) d’abréger les souffrances de nos tympans et d’aller prendre le frais sous l’agréable soleil flamand de ce début de soirée.

Nous regagnons la salle dès 19h30 afin de ne pas manquer la prestation, visiblement très attendue, d’Iced Earth. Comme beaucoup, nous désirons juger de l’efficacité scénique de Stu Block à qui John Schaffer a confié la tâche de succéder à Matt Barlow.

Vocalement, le jeune canadien ne déçoit pas. Non content d’interpréter à la perfection les parties de son prédécesseur, il y imprime une patte personnelle plutôt agréable. Pour tout dire, Block s’en sort tellement bien que Schaffer lui laisse (presque) porter seul le poids du show. Le guitariste reste étrangement en retrait et laisse libre cours aux élucubrations ‘démago’ de son nouveau vocaliste. Ce dernier, pris par l’ambiance, nous sert de la ‘fraternité métallique’ à tout bout de champ, comme s’il voulait être Manowar à la place de Manowar. Comme celle de Testament, la prestation d’Iced Earth est puissante, technique, mais bien trop statique pour nous convaincre d’affronter jusqu’à la fin du set la canicule insupportable qui règne dans la salle.

21h30. Un bon quart du public a quitté le Brielpoort après la prestation d’Iced Earth. La peur d’attraper un ‘coup de froid’ lors de l’entrée en scène des ‘Bêtes Du Blizzard’, probablement. Pour son retour en Belgique, Immortal a sorti le grand jeu : murs de haut-parleurs, fumigènes à gogo, colonnes de flammes (NDR : qui ajoutent encore quelques degrés à la température ambiante) et explosions diverses. Le trio lui-même semble être au top de sa forme et l’entrée en scène sur le génial “Withstand the Fall of Time” (NDR : extrait du “At The Heart Of Winter” de 1999) est plutôt fracassante.

Abbath (guitare et chant) et Apollyon (basse) se démènent comme des damnés en exécutant quelques mouvements chorégraphiques qui laissent peu de place à l’improvisation. Chaque déplacement semble calculé au millimètre près (NDR : ce qui est plutôt judicieux lorsque l’on ne veut pas servir de combustible aux colonnes de flammes qui se déclenchent à intervalle régulier). L’énergie dégagée par le groupe est contagieuse et la sécurité a fort à faire pour gérer le flot constant de slameurs et slameuses qui surfent vers la scène. Une fois n’est pas coutume, Abbath est d’humeur communicative. Il présente (NDR : brièvement, il ne faut pas rêver) les titres et va même jusqu’à se plaindre de la chaleur. Les Norvégiens revisitent ainsi la plus grande partie de leur discographie (NDR : en oubliant bizarrement les classiques “Battles in the North” de 1995 et “Blizzard Beasts” de 1997). C’est étrangement l’album “Sons Of The Northen Darkness” de 2002 qui est le mieux représentés, avec cinq titres joués sur la soirée. “At The Heart Of Winter” (NDR : l’album favori de votre serviteur) n’est, quant à lui, sollicité qu’à trois reprises. Le ‘schedule’ du festival prévoit un show d’une heure trente. Mais Abbath, Apollyon et Horgh, qui semblent être adeptes de la pratique honteuse du ‘concertus interruptus’ ne l’entendent pas de cette oreille et quittent la scène quinze bonnes minutes avant l’heure prévue. Il n’y aura aucun rappel, malgré les suppliques insistantes d’une salle frustrée au possible. Triste final quand même pour une aussi belle journée.

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Photos © 2012 Bernard Hulet

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