Retour (gagnant) des RIVAL SONS à Anvers

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J’avais couru les voir à Werchter en 2011 de peur de ne plus jamais les retrouver, mais les Rival Sons sont de retour. Le plus joli clone de Led Zeppelin du moment a pu pour l’instant survivre à l’incompréhension du grand public, trop sot pour repérer chez eux un talent évident et une capacité peu commune à exhumer des couloirs du temps une certaine idée du hard rock, celui qui, mâtiné de blues et de soul, a pu fabriquer les plus beaux pans du heavy rock des années 70. Après avoir fait leur trou avec leur premier album “Before the fire” en 2010, les Fils Rivaux ont consolidé leur position de tir avec un EP éponyme ébouriffant l’année dernière, suivi du non moins excellent “Pressure in time”, dégoulinant de riffs vintage et de patchouli de contrebande.

Question vintage, les Rival Sons le sont aussi dans leur méthode de travail. Comme dans les années 70, au moins un album par an, et des tournées marathon, pas une petite visite de quatre capitales qu’on appelle après une tournée européenne. Les Rival Sons ont écumé l’Europe au printemps, ils reviennent pour la deuxième couche en automne, avec entre les deux une petite tournée des festivals en juillet. En septembre, les Californiens ont atterri en Grande-Bretagne pour y réinstaller l’électricité. Les voici qui débarquent sur le continent pour relever les compteurs dans tous les pays européens passés et à venir : Belgique, Pays-Bas, Allemagne, Italie, Autriche-Hongrie, Bessarabie, Transnistrie, Syldavie, Courlande, Scandinavie et finalement Nouveau Casino de Paris. Il y en a pour cinq bonnes semaines de combat, de quoi harasser les troupes. Fort heureusement, la Belgique et son Trix anversois est assez haute dans la chronologie, ce qui peut faire espérer un groupe encore en forme.

Mais le sujet d’inquiétude viendrait plutôt du dernier album, une troisième livraison du nom de “Head down” qui reste sympathique mais qui ne permet plus aux Rival Sons de bénéficier de l’effet de surprise. On sait d’avance qu’ils vont nous sortir leur heavy rock zeppelinien coupé à la soul bluesy. C’est ce qui se passe effectivement mais le mélange prend ici des allures un peu plus soul, un peu plus dansantes, et l’album connaît en son milieu une petite baisse de régime par rapport aux morceaux prometteurs de la première partie. Cependant, avec les écoutes, le mal semble s’atténuer et on découvre de nouvelles facettes des Rival Sons, qui ont bien raison de vouloir se départir de l’ombre du Zep pour proposer des choses un peu plus personnelles. Mais si c’est pour faire de l’Everly Brothers, on préfère qu’ils gardent leurs influences premières.

Blague à part, le moment sera néanmoins grand car on ne peut décemment pas bouder son plaisir face à quatre musiciens aussi solides que joviaux, qui cultivent le sens du groove et du bruit lourd. Les Rival Sons sont programmés au club du Trix ce 2 octobre, c’est-à-dire dans la petite salle attenante à l’ancien Hof Ter Lo et qui peut contenir un peu plus de 400 personnes. Un groupe comme les Rival Sons dans un cagibi à peine plus grand que ma cuisine, c’est indigne, mais ceux qui ne sont pas là ce soir ne savent pas ce qu’ils perdent. Après avoir vu le groupe jouer à Werchter en 2011 devant 40 000 personnes, puis à l’Ancienne Belgique cette année devant 700 personnes, je me retrouve devant les Rival Sons dans une salle de 400 personnes. Sûr que le prochain concert se fera dans mon garage ou dans une cabine téléphonique. Le rock ‘n’ roll est en passe de franchir à nouveau les portes de l’underground et le temps n’est pas loin où il va falloir aller voir des concerts désertés car tout le monde sera parti écouter des groupes électro. Après tout, tant mieux, il y aura moins de concurrence et les vrais fans retrouveront ce petit côté exclusif et secret qui fait l’essence du rock.

La première partie est assurée par les Sha-La-Lee’s, un groupe belge qui réunit des éléments survivants ou en provenance de combos ayant usiné un rock ‘n’ roll sans concessions. Le batteur Dave Schroyen a sué chez de Evil Superstars, Millionaire et Creature With The Atom Brain. Le chanteur et guitariste Cedric Maes a raboté ses doigts chez les excellents El Guapo Stuntteam ainsi que chez les Sore Losers. Quant à l’harmoniciste Christophe Vaes, on a pu le voir chez Noordkaap et également dans El Guapo Stuntteam. Le bassiste Toon Aerts a, d’après nos informations, un casier judiciaire vierge. Connus d’abord sous le nom de The Orphans, les Sha-La-Lee’s (référence évidente au fameux “Sha la la lee” des Small Faces) se lancent dans la guerre du rock avec des munitions solides, assorties de capsules de plutonium en plus pour renforcer un peu la dévastation. La trentaine de minutes qu’ils nous consacrent révèle un rock garage bluesy et psychédélique, très bien amené mais dépourvu de confiance en soi. En effet, le guitariste chanteur se trouve placé à l’extrémité gauche de la scène, alors qu’il devrait être en plein centre. Cela mettrait incontestablement plus de charisme à une formation au potentiel certain mais qui n’ose pas se mettre en avant. Chers amis de Sha-La-Lee, souvenez-vous que sous-estimer son talent, c’est faciliter la réussite des médiocres. Reste que le nom de Sha-La-Lee’s devra rester dans les mémoires car ce combo tout à fait excellent peut avoir des choses à dire à l’avenir, si l’on en juge par sa capacité à broyer l’électricité et à en faire un véhicule de la conquête psychédélico-cosmico-garage.

La minuscule scène du Trix accueille les Rival Sons à 21h30 précises. Tout était prêt dix minutes avant mais les Rival Sons n’ont même pas saisi l’opportunité de commencer en avance pour placer un petit morceau de plus ou une reprise, ça sent le fonctionnariat. Mais cela va vite être pardonné devant un show tout en force et en puissance, marqué par les glissades de guitare de Scott Holiday, lunettes noires sur le nez et foulard de soie autour du cou. Le batteur Michael Miley n’est pas en reste et sa robuste carcasse mène un ballet de coups et blessures sur les fûts. Au fond de la scène, l’impassible Robin Everhart tricote des lignes de basse pesantes et élastiques, de quoi donner du grain à moudre au chanteur Jay Buchanan qui part dans des vocalises zeppeliniennes, virevoltant autour de son micro et dansant pieds nus, la poitrine débordant fièrement d’une chemise noire trempée de sueur.

Question set list, les Rival Sons ont fait leur choix entre les deux écoles qui consistent soit à ne jouer qu’un ou deux morceaux du dernier album (les vieux groupes qui n’ont plus de mémoire pour retenir les nouvelles chansons), soit à capitaliser massivement sur la dernière production (les jeunes groupes qui veulent montrer qu’ils savent aussi faire des choses de leur propre cru à partir du troisième album). Pour eux, c’est la seconde solution, d’où la présence ce soir de dix titres de “Head down” sur dix-neuf. Exit donc les excellents “Sleepwalker”, “Pocketful of stones” ou “I want more” qui avaient enjolivé le premier album “Before the fire” ou le premier EP éponyme, par ailleurs assez difficilement trouvables sous les latitudes européennes. Mais la façon de présenter les choses est impeccable. Le groupe jette sur la table les huit premiers morceaux de son dernier album, dans l’ordre, comme ces vieux groupes qui rejouent désormais l’entièreté de leurs albums classiques sur scène. Ensuite, ce sera trois titres de “Before the fire”, deux titres du premier EP et quatre titres de “Pressure and time”, avec encore un petit rappel composé du diptyque “Manifest destiny” en provenance du dernier album. Voici une rigueur logique qui fait des Rival Sons de véritables mathématiciens de la set list.

Après avoir exécuté la quasi-totalité de leur dernier album en première partie de show, les Rival Sons libèrent les vannes et s’attaquent à leurs morceaux les plus anciens, qui sont aussi les plus directs. “Tell me something”, “Memphis sun” et “On my way” remettent le public d’aplomb et c’est parti pour une seconde moitié de concert placée sous le signe de la fête et de la bonne humeur. Le groupe termine sur le très zeppelinesque “Pressure and time” avant de revenir bien vite pour un rappel qui brille de tous ses feux avec le magnifique “Manifest destiny”, faramineux morceau en deux parties, oriental, pharaonique, zoroastrien. L’affaire a été réglée en 90 minutes, avec maîtrise, un pied dans le cosmos, un autre sur terre et la tête dans une fournaise de sons stellaires et cossus. Scott Holiday me donne son onglet et j’en profite également pour mettre la main sur la set list, trop tentante car sous mon nez.

La messe est dite, la bénédiction électrique a été donnée et les Rival Sons pourront revenir en Europe dans un proche avenir, il y aura toujours quelques dizaines de fans irréductibles pour les accueillir.

Set list : Keep on swinging / Wild animal / You want to / Until the sun comes / Run from revelation / Jordan / All the way / The heist / Tell me something / Memphis sun / On my way / Get what’s coming / Torture / All over the road / Young love /Pressure and time // Rappel : Face of light / Manifest destiny, part 1 / Manifest destiny, part 2

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