DANKO JONES dévaste le public de l’AB

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Revoici Danko Jones et ses sbires qui débarquent ce 25 octobre pour la promotion en live et en couleur du dernier album du Canadien énervé, “Rock and roll is black and blue”, encore tout fumant et en vente libre depuis un peu moins d’un mois. Il y a du noir, il y a du bleu, mais il y a aussi du rouge dans cet album qui ne déroge pas à la tradition des œuvres de Danko Jones : 10 000 volts dans chaque oreille et on verra bien ce que ça donnera. La recette, on la connaît, elle est la même que celle qui a donné ce goût épicé à “Born a lion” (2002), “We sweat blood” (2003), “Sleep is the enemy” (2006), “Never too loud” (2008) et Below the belt (2010). Et avec “Rock and roll is black and blue”, c’est tout Pearl Harbor qui recommence, avec ce bombardement en règle à coups de décibels revendicatifs et ces rafales de guitare qui fauchent l’auditeur imprudent sorti d’un concert de Lady Gaga. Ici, Danko Jones, John Calabrese alias JC (basse) et Anton Willard (batterie, nouveau venu dans la formation depuis 2011) remettent le couvert, continuent l’élaboration du hard rock mélodique et saignant esquissé sur le précédent “Below the belt” et jettent dans la bataille une douzaine de titres coupés à la testostérone de buffle. Ce nouvel album est très bon, sans doute le plus abouti du flingueur de Toronto, qui y a distillé quelques influences Foo Fighters de temps à autre, ce qui ne gâche rien.

Un passage de Danko Jones à l’Ancienne Belgique est toujours la garantie d’une soirée sous haut voltage. Le bon Danko n’a jamais caché sa sympathie pour la salle bruxelloise et on commençait à s’impatienter quelque peu à force de ne pas le voir revenir, ses dernières prestations remontant à 2008, en tant que chef de bande en début d’année et comme première partie des sacro-saints Motörhead quelques mois plus tard. Mais cette année, Danko Jones a fort à faire car il a semé quelques graines sympathiques qu’il y a lieu d’exploiter. Le nouvel album, d’abord, mais aussi le DVD “Bring on the mountain”, qui couvre la totalité de la carrière du groupe, avec extraits de concerts et clips vidéo. Ajoutons à cela le bouquin “Too much trouble: A very oral history of Danko Jones” et on a un Danko Jones complètement accaparé par son œuvre et actif sur tous les créneaux.

Je me pointe devant les portes de l’AB vers 17h30 et lorsque j’entre, il y a dix personnes. On ne peut pas dire que Danko Jones ait attiré les foules, du moins au début car le public sera néanmoins au rendez-vous un peu plus tard. Allons-nous vers une nouvelle ère où le rock ‘n’ roll ne fait plus tellement recette et retourne vers l’underground ? On peut se poser la question en voyant les prévisions de concerts à l’AB, qui affiche complet pour de nombreux groupes électro mais où les groupes de rock pur jus n’ont pas encore fait le plein. Ce n’est pas plus mal, ça fera retourner le rock ‘n’ roll aux mains des spécialistes sérieux et des rebelles avisés.

La salle est toujours aussi dispersée lorsqu’apparait sur scène le premier groupe, les Suédois chevelus de Bombus. Quatre lascars blonds comme les blés assènent un stoner métallique puissant et massif, un truc qui rappelle leurs compatriotes de Spiritual Beggars ou Grand Magus. Les deux guitaristes éructent les paroles en même temps, dans un intéressant effet de voix jumelées. Le bassiste se trouve pile au milieu de la scène et constitue l’élément mobile du groupe, allant et venant tout en faisant ronfler son impressionnante Rickenbacker 4001. Bombus assure un set de 35 minutes, principalement composé de longs morceaux (le premier dure déjà dix minutes), ce qui permet des digressions élaborées au pays du son lourd et du cosmos hanté. Un parallèle avec des formations américaines comme The Sword ou Baroness est aussi pertinent, ce qui termine de donner à Bombus les meilleures lettres de créance et le faire pénétrer en confiance dans la grande armée du stoner et du doom metal.

C’est Danko Jones qui a eu l’idée de recruter Bombus sur sa tournée, ce qui prouve son goût sûr en matière de métallurgie sonore. On va d’ailleurs le constater pas plus tard qu’à 21 heures, moment du déclenchement du concert du bon Danko. Le trio entame le pilonnage avec “Terrified”, nouveauté tirée du dernier album. Il y aura quatre titres de ce “Rock and roll is black and blue” et ce n’est paradoxalement pas sur ces nouvelles chansons que le public se calme le plus. Il était déjà déchaîné sur les classiques, il ne débande pas sur les nouveautés, ce qui va augurer un show dévastateur dans la fosse. Les slammeurs se multiplient dès les premiers morceaux et la faible densité du public aboutit bien souvent à la chute des types en plein milieu de la foule, avant d’avoir pu atteindre les premiers rangs pour être extraits par la sécurité. Les slammeurs démarrent aussi leur course très haut dans le public, au troisième ou quatrième rang, pas plus, ce qui fait qu’on n’a pas le temps de les voir arriver. En quelques instants, ils sont sur les têtes des premiers rangs, portés par des mains qui les envoient parfois très loin et très fort vers la fosse de sécurité. Ce n’est pas encore du lancer de nains, mais on n’en est pas loin.

Sur scène, Danko Jones jubile, alignant les assauts soniques avec “Forget my name”, “First date”, “Lovercall” ou “Cadillac”, qui constituent la moelle épinière des classiques de son répertoire. Le public s’époumone sur les refrains et la communication avec le groupe est totale. Bavard comme toujours, Danko Jones se laisse volontiers aller à des discours de bonimenteur, le genre vendeur de voitures d’occasion ou prédicateur illuminé du Kentucky. Le voilà parti dans des élucubrations sur Twitter, avec son téléphone qui sert à photographier le public. À cette occasion, une pyramide humaine se forme, avec des kids se montant les uns sur les autres sur près de trois étages. De son côté, le bassiste JC sautille quasiment en permanence et vient en bord de scène aiguillonner le public qui ne demande pas mieux. Le nouveau batteur Anton Willard a l’occasion de nous montrer l’étendue de ses talents en assurant une rythmique de bûcheron et en distillant de temps à autre quelques solos tout en force et en technique.

Le show de Danko Jones ne pèche que par sa brièveté, avec une heure tout pile pour le set principal et une vingtaine de minutes pour le rappel. Danko Jones achève ainsi son public sous les ruades de “I think bad thoughts” et “Had enough”, deux extraits de l’avant-dernier album “Below the belt”, avant de terminer son show avec son rituel et indéboulonnable “Mountain”. Ce morceau (dont je ne connais pas de version studio) est l’occasion pour Danko Jones de rendre hommage aux grands disparus du rock, avec l’évocation de cette montagne où il voit apparaître Cliff Burton, Bon Scott, Jimi Hendrix, Johnny Cash et autres héros. Les nouveaux dans la liste sont Ronnie James Dio, John Lord et MCA des Beastie Boys. On aurait aimé ne pas les voir sur cette liste, mais voilà, c’est malheureusement fait et il faut désormais évoquer dignement leur mémoire.

C’est bien lessivé que le public quitte la salle de l’AB pour se précipiter sur le stand des T-shirts et sur le bar. Tous les espoirs reposent maintenant sur un prochain retour de Danko Jones à l’AB en 2013, parce que quatre ans, c’est vraiment trop long. Danko nous l’a promis, espérons qu’il tiendra parole.

Set list : Terrified / I want you / Forget my name / First date / Just a beautiful day / The mango kid / Code of the road / Full of regret / Lovercall / Conceited / Cadillac / I believed in God // Rappel : I think bad thoughts / Had enough / Mountain

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