ALABAMA SHAKES retourne l’AB

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En l’espace de quelques mois, Alabama Shakes est passé du statut de groupe obscur de bars enfumés à celui de révélation internationale pure et simple grâce à un premier album (“Boys & Girls”) mais surtout une voix, celle de la chanteuse Brittany Howard. Le Club de l’AB avait déjà débordé au printemps dernier, c’était au tour de la grande salle un étage plus bas de subir le même sort ce vendredi 9 novembre. Ils avaient tenu à emmener avec eux pour cette tournée leur compatriote Dylan LeBlanc, la tête pensante d’un groupe à géométrie variable qui porte son nom. Actif à la guitare acoustique, il est accompagné ce soir d’un musicien qui joue d’une sorte d’instrument à corde proche de la guitare slide. Si sa voix douce berce les oreilles des spectateurs attentifs, il faudra toutefois attendre l’arrivée d’un troisième larron pour que son set prenne une dimension plus intéressante.

En effet, c’est Ben Tanner, membre du groupe mais également claviériste de tournée des stars du jour qui va les rejoindre pour une poignée de compositions. Grâce à ses parties de synthé vintage aux sonorités d’orgue, celles-ci vont devenir prenantes, d’autant que la voix du leader va comme par magie se transformer pour devenir un rien écorchée. Certains passages enlevés vont dès lors nous faire penser aux magnifiques mélodies de la période dorée de Saybia, lorsque Søren Huss (le chanteur de ces derniers) montait dans les tours. Il va bizarrement conclure sur une cover d’Al Green, “Let’s Stay Together”, popularisé par Tina Turner dans les années 80. Un album, “Cast The Same Old Shadow”, est disponible depuis la fin de l’été.

L’histoire d’Alabama Shakes ressemble à un conte de fées des temps modernes. Un passage remarqué à la convention CMJ de New York va leur permettre de signer un contrat avec la célèbre maison de disques indépendante Rough Trade, de se faire repérer par Jack White et d’enregistrer un premier album, “Boys & Girls”, qui sera top 3 en Angleterre et top 10 aux USA. Le tout en moins de six mois…


Depuis, ils surfent sur la vague de la hype et il ne faudra pas longtemps pour en comprendre la raison. En fait, dès l’entame du concert, le sexy et langoureux “Squidbillies” va instantanément poser les bases d’une soirée placée sous le signe d’un blues accessible et envoûtant, surtout que les hits “Hang Loose” et “Hold On” seront balancés juste après. Mais bien plus que le style pratiqué par le groupe, c’est sa charismatique chanteuse Brittany Howard qui capte avant tout l’attention.

Il y a bien entendu sa voix soul puissante qui se trouve quelque part entre celle d’Aretha Franklin et de Lisa Kekaula (The BellRays) avec qui elle partage également le coffre. Mais il y a aussi cette présence, cette expression corporelle et cette manière de vivre intensément les chansons, malgré une paradoxale timidité qui va limiter ses interventions entre celles-ci. C’est bien simple, elle éclipse naturellement les autres musiciens, si ce n’est peut-être l’imposant bassiste barbu à l’inamovible casquette, Zac Cockrell, le co-fondateur du groupe.


La majeure partie de l’album sera interprétée dans des versions live qui se démarquent généralement des originales et qui lorgnent par moments du côté d’une jam session organisée (“Always Alright”, l’époustouflant final de “Be Mine”). De temps à autre, un orgue délicieusement sixties vient se greffer pour un effet garanti (“Worryin’ Blues” et “Heartbreaker” qui feront grimper la température). Mais c’est surtout l’excellent “I Found You” qui mettra tout le monde d’accord.

Encore que, les nouveaux titres joués ce soir, à première écoute, ont fait mieux que se défendre. Le très rythmé “Making Me Itch” embrasse des influences moins roots (et même franchement plus rock car les Strokes ne sont pas loin…) alors que “Gospel Song” poursuit dans la lignée d’un revival blues qui leur sied à merveille, à l’instar de “Heavy Chevy”, un titre bonus de “Boys & Girls” qui va mettre un terme au set principal dans une ambiance de feu.

Les rappels vont nous apporter une preuve supplémentaire qu’ils pratiquent une musique tout ce qu’il y a de plus communicative et sur laquelle on ne peut que se dandiner, comme va le résumer parfaitement l’inédit “Heat Lightning” avec lequel ils prendront congé de l’AB. Just avant, “I Ain’t The Same” dans une vibe proche de celle d’“Angel Of Harlem” et “On Your Way” dans une version nerveuse n’altèreront en rien un concert d’une remarquable intensité. Les sourires sur les têtes des spectateurs en disaient long sur le déroulement de la soirée…

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Alabama Shakes

Photos © 2012 Bernard Hulet

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