L’univers expérimental de DJANGO DJANGO

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Un peu moins d’une semaine après Alabama Shakes, l’Ancienne Belgique accueillait dans sa grande salle un autre nouveau groupe en passe de marquer l’année 2012 de son empreinte. Django Django officie certes dans un style radicalement différent, mais les symptômes de haut potentiel sont identiques. L’occasion nous était donnée de juger sur pièces ce jeudi 15 novembre.

Par ailleurs, le parallèle entre les deux formations ne s’arrête pas là puisque le quatuor écossais a également joué dans une petite salle au printemps (la Rotonde du Botanique lors des Nuits) avant de faire un détour par un festival quelques semaines plus tard (le jeudi du Pukkelpop dans un Club bondé et surchauffé).

Leur tournée européenne débutait ce soir en compagnie d’un groupe au nom particulier, Eaux. Contrairement (e)aux apparences, les trois membres qui le composent ne sont pas francophones mais ont tout de même inondé le public d’ondes rafraîchissantes principalement par l’entremise de sa chanteuse Sian Ahern. En effet, cette dernière utilise sa douce voix dans un registre qui tient davantage de l’incantation que du chant, quelque part entre Enya et Sarah Mclachlan.

Autour d’elle, deux musiciens se trouvent face à un mur composé de claviers, sequencers et autres échantillonneurs pour un son presque exclusivement électronique. Presque, car les accords simples d’une guitare apportent une chaleur aussi inattendue que bienvenue. On pourrait les comparer à The xx en moins écorché, comme si ces derniers avaient timidement trouvé un coin sur une piste de danse tout en conservant leur combinaison sombre. Ceci dit, au fil du set, la voix s’est progressivement affirmée et leur style a penché vers des influences trip hop avec Portishead en ligne de mire. Dès qu’ils auront trouvé leur voie, ils devraient assez rapidement faire parler d’eux.

À défaut d’être un succès commercial, le premier effort éponyme de Django Django a d’emblée séduit la presse spécialisée et les connaisseurs avides de découvertes originales. Récemment, ils ont fait partie de la shortlist des albums retenus pour le Mercury Music Prize, sans toutefois empêcher Alt-J de rafler la mise. Il est vrai que, à l’instar de Hot Chip, leurs compositions basées sur l’électronique conservent un visage humain grâce à l’utilisation d’instruments classiques, mis à part le poste de contrôle géré de main de maître par le geek Tommy Grace qui doit par moments se servir d’un bloc-notes pour programmer son engin entre deux morceaux.

Le tout début de leur prestation sera en tous points identique avec le disque puisque la parfaite intro va faire place à “Hail Bop” d’une efficacité telle que les premiers rangs vont déjà ressentir des fourmis dans les jambes. Le chanteur Vincent Neff (au physique rappelant furieusement Alex Kapranos de Franz Ferdinand) sera à l’image de ses compères, content d’être là et sa bonne humeur va contaminer des compositions qui ont parfaitement mûri depuis la sortie de la plaque (“Storm”, “Waveforms”).

En plus, une attention toute particulière a été apportée au visuel qui, dans l’absolu, tient plus de l’originalité que de la prouesse technique. En effet, derrière les musiciens sont positionnées trois énormes persiennes, comme si le groupe jouait à l’intérieur d’un espace cosy. Sur celles-ci sont projetés des effets lumineux allant de bons vieux smileys (qui renvoient à certains sons empruntés à l’acid house) à des ombres chinoises en passant par des gadgets disposés à l’arrière (cerceau, lampe à incandescence,…) pour une efficacité garantie.

L’autre curiosité, qui est une constante depuis leurs débuts, réside dans les objets usuels qu’ils utilisent dans le but d’en sortir des sons parfois biscornus (noix de coco, hochet, râpe, ressort,…). Ajoutez-y un énorme tambourin et des moments où les percussions sont mises en exergue (“Life’s A Beach” notamment) et vous comprendrez qu’il était impossible de s’ennuyer ce soir.

Au rayon des titres les plus réussis, citons le très oriental “Skies Over Cairo” dont la partie dub n’est pas sans rappeler le Primal Scream circa “Screamadelica”, le single “Default” dans une puissante version ainsi que le final “Wor” à l’intensité décuplée qui a littéralement laissé les spectateurs groggy. Ils auraient d’ailleurs gagné à rester sur cette note plus que positive car il était couru d’avance que “Silver Rays”, le titre interprété en rappel, n’allait pas réussir à sublimer le moment que l’on venait de vivre. Cette grosse heure de prestation sans faille a permis de trouver un nouveau point commun avec Alabama Shakes. Celui d’avoir mis l’AB à genoux…

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