ZAPPA PLAYS ZAPPA à l’AB, un vrai régal musical

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J’ai assisté à l’Ancienne Belgique à une interprétation magistrale et très symphonique de la part de Dweezil Zappa de la production artistique de son père Frank Zappa décédé en 1993. Il ne s’agissait pas d’une pâle copie de la musique de Frank, mais bien d’une réinterprétation personnelle de l’œuvre prolifique de ce dernier. L’âme de Frank était bien présente sur scène, et ce, pendant plus de deux heures. J’ai eu l’occasion de voir Frank Zappa à Forest National en 1984. En 33 ans de carrière, Frank a sorti plus de 80 albums. À 20h précise arrive le groupe composé de Dweezil Zappa à la guitare, de la belle Scheila Gonzalez (au saxophone, flûte, synthétiseur et au chant), de Joe travers (à la batterie et au chant), de Kurt Morgan à la basse, de Ben Thomas (à la voix, à la trompette et au piston) et enfin d’un Chris Norton très sympathique et tout sourire au synthétiseur et au chant. Lui d’ailleurs se met d’emblée dans l’ambiance très décontractée en retirant ses chaussures. C’est amusant et peu commun.

Dweezil, armé de sa Gibson, interprète ce prodigieux solo de guitare comme son père savait le faire en virtuose sur “Treacherous Cretin”. Ce joli morceau issu de l’opus “Shut Up’n Play Yer Guitar” qui avait été créé en 1981 par Frank pour faire la nique à un journaliste américain qui lui reprochait de trop parler sur scène et de ne pas jouer assez de musique. Cet opus fait partie d’un ensemble de trois regroupant 20 solos de guitare et quels solos. Suit en enchaîné “Hungry Freaks Daddy”, chanson d’entrée du premier album de Frank sorti en 1966, soit “Freak Out”. On peut dire que le riff de guitare est calqué sur “Satisfaction”. La voix de Ben est frappante de ressemblance avec celle du maître.

Dweezil introduit le morceau “Teenage Prostitute”, issu de l’album “Ship Arriving Too Late to Save a Drowning Witch”, sorti en 1982, où le chant et les chœurs y occupent une place importante. Et en effet ici, je découvre la superbe voix de Scheila en ouverture suivie de celle de Ben. Ben est un vrai show man et cela va se confirmer tout au long de ce concert. Dweezil présente “Echidnas’s Arf”. C’est une vraie orgie instrumentale de la part des musiciens. Ce morceau est très jazzy dès le début. C’est pour moi, une des meilleures chansons de la période 1973-1976 de Frank.

“Penguin In Bondage” est suivi de “Pygmy Twylyte”. Ce sont, tout comme “Echidnas’s Arf”, des morceaux issus de l’album “Roxy and Elsewhere”. Ben est ici magistral et Scheila, avec ses solos de saxophone, est une vraie tueuse. Les cuivres sont omniprésents et c’est plaisant. Ben, de plus, est tout sourire, plaisante abondamment et fait participer le public qui est réceptif. “The Idiot Bastard Son” est issu de l’album “We’re Only In For The Money”, sorti en 1968 et qui est une violente satire du mouvement hippie. Ce morceau est l’affaire de Ben. “I’m So Cute” est en enchaîné avec “Baby Snakes”. Là, ce sont Chris et Scheila qui se déchaînent aux voix. Ben donne un coup de voix de temps en temps.

“Tryin’ To Grow A Chin” est un morceau, également issu comme les deux précédents du très bon “Sheik Yerbouti”, totalement revisité et beaucoup plus hard que l’original. Magnifique. “Harder Than Your Husband” est issu de l’album ” You Are What You Is” sorti en 1981. On nage dans l’univers de Johnny Cash. Cette version est tout à fait country. “Working in A Gas Station” est enchaîné avec “Ride My Face To Chicago”. Ben et Scheila sont en forme. Dweezil nous fait un solo endiablé avec sa Gibson.

“Motherly Love”, nouveau morceau issu de “Freak Out”, premier opus du maître, Dweezil s’applique toujours bien à présenter chaque chanson avant de la jouer et c’est plaisant. La voix de Ben est en harmonie avec les solos de guitare de Dweezil. Pour la petite anecdote, “Freak Out” est le deuxième double album de l’histoire du rock, quelques mois seulement après “Blonde On Blonde” de Bob Dylan. “Oh No” est un blues psychédélique endiablé. Très beau morceau. “Let’s Make The Water Turn Black” est le second morceau issu de l’album “We’re Only In For The Money”, très psychédélique. Dweezil nous montre encore ses talents de guitariste.

“Take Your Clothes Off When You Danse” est le troisième morceau issu de l’album “We’re Only In For The Money”. Chanté initialement par Captain Beefheart, il est ici magnifiquement interprété par un roadie de Dweezil. Évidemment, Ben et Scheila prêtent la voix. “Outside Now” est extrait de l’opéra rock “Joe’s Garage” sorti en 1979 qui raconte l’histoire d’un jeune groupe, mené par Joe, qui répète habituellement dans son garage. L’histoire se passe dans une société post-moderne où l’expression musicale est interdite, où le Central Scrutinizer met en œuvre sa politique de répression à l’encontre du groupe de Joe. Frank Zappa était un génie musical en avance sur son époque. Il était fortement engagé dans tout ce qu’il créait.

“Debra Kadabra” est issu de l’album live “Bongo Fury”, sorti en 1975. Le trio infernal Dweezil, Ben et Scheila est en action. “Who Are The Brain Police?”, encore extrait de l’album “Freak Out”, résume très bien l’œuvre de Frank Zappa, soit des délires sonores, des arrangements au xylophone, des textes humoristiques et des solos de guitare. Il y a eu plusieurs versions du morceau “Sofa” tout au long de la carrière prolifique de Frank. Ici, le solo de guitare est magnifiquement interprété par Dweezil. Le set de 22 chansons se termine par “Packard Goose”, un nouvel extrait de l’album “Joe’s Garage”, encore un majestueux solo de guitare. Là, Carlos Santana peut se rhabiller.

Un petit répit pour le public et le groupe revient pour le rappel composé de trois chansons, soit “Peaches En Regalia”, “Zomby Woof” et “Strictly Genteel/Sioned Eleri”. “Peaches En Regalia” est extrait de l’album “Hot Rats” paru en 1969. Cet album est considéré comme étant l’un des albums fondateurs du jazz-rock fusion, avec “Bitches Brew” de Miles Davis. Encore un très beau solo de Dweezil. “Zomby Woof” est extrait de “Over-Nite Sensation”, un album de Frank Zappa sorti en 1973. Album plutôt funky au son très seventies, il n’en est pas moins surprenant et avant-gardiste. Volontairement plus accessible que ses précédents albums (“Waka/Jawaka” et “The Grand Wazoo”), “Over-Nite Sensation” va apporter à Frank Zappa un public plus vaste, dont beaucoup lui resteront fidèles au cours de sa carrière. Le guitariste fou est encore en train d’exercer son art, c’est transcendant. Pour “Strictly Genteel/Sioned Eleri”, les cuivres sont omniprésents, Bob avec sa trompette et Scheila avec son saxophone et sa flûte.

Le concert est fini. J’ai passé une soirée admirable en compagnie de musiciens talentueux. Merci les artistes et à une prochaine fois.

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