La nouvelle direction de MYSTERY JETS

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Ce jeudi 22 novembre était synonyme d’une nouvelle soirée à dilemme au Botanique. D’un côté, Dry The River investissait l’Orangerie alors que de l’autre, les lascars de Mystery Jets avaient choisi l’intimité de la Rotonde pour défendre leur dernière livraison, “Radlands”. C’est la petite salle qui a eu nos faveurs ce soir. Lors de cette tournée, ils ont demandé à des amis de les accompagner pour assurer leur première partie : Oh Othello, un duo à tendance folk composé de George Jephson (le brun gaucher à la voix grave) et Thos Henley (le blond droitier à la voix enlevée). Ce dernier n’est pas un inconnu puisque l’an dernier, il a sorti un premier album solo (A Collection Of Early Recordings) alors que la scène parisienne lui a décerné le surnom de petit prince du folk. Col de manteau relevé et armés chacun d’une guitare acoustique, ils vont proposer un set de compositions en apparence d’une étonnante simplicité mais à la richesse vocale insoupçonnée.

Leurs deux voix se complètent à merveille, à l’instar de celles de Simon & Garfunkel. Ou, en plus imagé, si Carl Barât et Pete Doherty avaient décidé d’emprunter une direction acoustique et de se faire produire par Bob Dylan plutôt que par Mick Jones. Quoi qu’il en soit, leur son sonne très 60’s à l’instar du titre qui va clôturer leur set (paradoxalement intitulé “Kids From The Eighties”) dont certains accords renvoient au célèbre “Music To Watch The Girls Go By” du regretté Andy Williams. Néanmoins, leur aisance de communication entre les titres (la plupart du temps dans un français pas si approximatif que cela et chargé d’humour) va achever de convaincre des spectateurs qui iront en masse féliciter les deux bonhommes au stand merchandising dès la fin du concert.

Cela fait désormais quelques années que les Londoniens de Mystery Jets arpentent les salles de concerts (leur première visite au Bota remonte à février 2006 en première partie des Arctic Monkeys à l’Orangerie). Parallèlement, ils ont évolué dans un style qui leur est devenu propre, généralement à l’écart des modes. Ainsi, leur quatrième plaque, “Radlands”, à laquelle ils voulaient donner un son plus américain, a été composée et enregistrée au Texas. Et le résultat, contre toute attente, est à la hauteur des espérances.

Le seul bémol dans toute cette histoire, c’est qu’ils ont perdu leur bassiste Kai Fish, qui a quitté le groupe peu après la sortie de l’album pour se concentrer sur une carrière solo (il était d’ailleurs passé au Witloof Bar quelques mois auparavant). Une des clés de la prestation de ce soir sera donc de vérifier la manière dont ils gèrent l’absence de celui qui était devenu au fil du temps un des piliers du groupe.

Leurs nouvelles influences vont en tout cas se faire sentir dès l’extinction des lumières sur le coup de 21h10 lorsque qu’une intro à l’ambiance des champs de coton du Mississippi au début du siècle dernier a jailli des haut-parleurs. Les musiciens feront ensuite leur entrée sur scène, le chanteur Blaine Harrison en queue de peloton. Logique, puisqu’il se déplace avec des béquilles (rappelons qu’il est atteint de Spina Bifida, une imperfection de la colonne vertébrale, le contraignant à performer sur une chaise haute). Cela ne l’empêche toutefois pas de manipuler avec brio ses pédales à effets ni d’arborer ses cheveux en bataille et sa veste de cowboy aux contours de fourrure.

Une fois installé (mention spéciale à l’efficace roadie qui se décarcasse en permanence pour lui faciliter la vie), c’est parti avec “Someone Purer”, un premier nouveau titre à la structure progressivement nerveuse qui va idéalement installer leur univers. Un petit coup d’œil à la droite du leader pour vérifier comment s’en sort Peter Cochrane, le nouveau bassiste. (Volontairement ?) en retrait, il est loin de dégager le même charisme que son prédécesseur, mais ses parties tiennent la route, et c’est bien cela l’essentiel.

En revanche, le guitariste William Rees, déjà bien en verve lors de la tournée précédente, s’est encore affirmé, comme le confirmeront ses excellentes prestations vocales (“Flash Of A Hungry Smile” qui sera subtilement enchaîné au “Jet” des Wings et “Sister Everett” un peu plus tard en seront les meilleurs exemples). Mais son jeu de guitare et sa présence scénique n’ont sans doute jamais été aussi essentiels à l’environnement du groupe. Mentionnons également la pedal steel guitar qui va retranscrire le son caractéristique de “Radlands”, tout simplement envoûtante sur l’excellente plage titulaire.

Si les anciens “Veiled In Grey” et “Young Love” vont retourner la Rotonde, “Flakes” (issu de “Twenty-One”, comme les deux précités) sera par contre un peu trop cliché que pour être crédible (les mains en l’air qui font des vagues, ce n’est définitivement pas rock ‘n’ roll…). On préfèrera de loin la fin du set avec deux dernières nouvelles compositions. La bien nommée “Lost in Austin” va caractériser à elle seule la philosophie americana de “Radlands” en réservant un final puissant et stroboscopique alors que la version acoustique de “Luminescence” va clore le set principal sur un mode plus soyeux.

Malgré ses problèmes de mobilité, Blaine Harrison va jouer le jeu à fond en rentrant en coulisses avant de revenir pour les rappels que le public réclamait à corps et à cris, entamés avec “Half In Love With Elizabeth”. Une excellente nouvelle pour nos tympans car une sauvage hurlait systématiquement après ce titre depuis le début du concert. Heureusement, le calme reviendra (dans le public en tout cas) pour le toujours aussi joyeux “Two Doors Down” et ses délicieuses sonorités eighties alors qu’“Alice Springs” va terminer la soirée d’une impeccable manière. Rien à redire, Mystery Jets reste une valeur sûre du paysage musical indépendant britannique. Un joyau que l’on voudrait garder jalousement afin de continuer à les apprécier dans un environnement cosy comme celui de la Rotonde…

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