THE HIVES et The Bronx jouent au marteau et à l’enclume à l’Ancienne Belgique

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« Cher Père Noël, comme c’est bientôt la fin du monde et que tu n’auras peut-être pas l’occasion de passer par ma cheminée le 24 décembre, je voudrais mon cadeau tout de suite. J’aimerais bien un concert des Hives pas loin de chez moi, tiens. » Et le Père Noël exauça mes vœux en plaçant à l’Ancienne Belgique de Bruxelles un show de la tournée d’automne des Hives, qui plus est avec les Américains de The Bronx en première partie. Les Suédois fous en costume, champions d’un punk rock à la fois festif et classieux, débutent en effet un raid européen destiné à promouvoir leur dernier disque « Lex Hives », paru cinq ans après « The black and white album », ce qui commençait à faire long. La tournée n’en est qu’à ses débuts car le quintette est à la veille de parcourir un véritable marathon mondial qui doit l’emmener en Europe, puis en Australie pour le Nouvel An, et ensuite en Scandinavie et sur les routes américaines durant les mois de février et mars 2013, sans parler des festivals d’été dont certains confirment déjà leur présence.

La joie d’accueillir des musiciens encore frais qui commencent leur tournée est amplifiée par un fait peu banal : la présence en première partie des Hives du groupe californien The Bronx, formation versée dans le punk volontiers hardcore et qui vous laisse en petit slip avant même que vous ne vous en soyez aperçus. Je voue un culte à ce combo dont les albums s’appellent toujours « The Bonx » et contiennent leur lot indispensable de morceaux capables de réveiller les morts et de fissurer la croûte terrestre. Ce groupe s’est formé en 2002 dans la riante cité de Los Angeles et s’est vite taillé une réputation de tueur dans les milieux hardcore. Les albums « The Bronx » (2003), « The Bronx » (2006) et « The Bronx » (2008) sont des armes de destruction massive tout en hargne et hautement recommandées. The Bronx sort enfin un quatrième album hardcore l’an prochain, intitulé… « The Bronx ». Ce dernier fait suite à deux albums de mariachi (oui, vous avez bien lu) édités par le groupe sous le nom de Mariachi El Bronx. Aujourd’hui, le groupe du chanteur Matt Caughtran semble en avoir fini avec le folklore mexicain et revient à des sources saines, bien dans la tradition hardcore.

The Bronx + The Hives est une équation impossible à éviter et il faut se précipiter à l’Ancienne Belgique pour se soumettre à cette association de malfaiteurs du son qui promettent de nous faire passer une soirée plutôt chaude. Après une heure d’attente devant la porte et un sprint vers la salle pour semer un maximum de spectateurs venus avant moi, je me retrouve bien calé à la barrière, au centre gauche, soit assez loin du centre qui promet d’être assailli par les slammeurs et les po-goteurs de tous poils mais suffisamment près pour participer néanmoins aux événements titanesques qui se préparent.

Et la bagarre ne manque pas de commencer sur les chapeaux de roue à 20 heures avec la montée au front de The Bronx. Le quintette prend possession des planches avec assurance et le chanteur chauve Matt Caughtran débute immédiatement les opérations d’intimidation de la foule. Ce petit bouledogue teigneux et hilare n’hésite pas à pénétrer dans la fosse pour découper des quartiers de viande parmi les po-goteurs, incendiant le pit qui se fragmente en bondissements décuplés par l’excitation. Dans le public, c’est la folie, et sur scène, le groupe balance les piles de plombs surchauffées à coups de guitares en fusion et de basse sidérurgique. Un petit batteur nerveux dévaste un kit Tama avec la brutalité et la précision d’un homme de main de la mafia moldave, tandis que le chanteur n’arrête pas de bondir dans tous les coins, retournant une seconde fois dans la fosse parce qu’il n’avait pas tout compris la première fois. À la fin du show, les musiciens des Hives montent sur scène pour une accolade avec leurs collègues du Bronx car ce soir, c’est le dernier concert en commun de ces deux formations mythiques. C’est ici l’occasion de voir les Hives habillés autrement qu’en costard-cravate, leur look de prédilection sur scène.

C’est aussi et surtout l’occasion de se demander comment les Hives vont se sortir du piège tendu par The Bronx, à savoir un show d’une telle énergie et d’un tel pouvoir de destruction qu’il va falloir faire mieux si on ne veut pas se faire voler la vedette. Mais les Hives sont plein de ressources et il ne fait aucun doute qu’ils vont répondre à cette menace avec tout le brio et la gnaque qu’on leur connaît. Réponse quelques minutes plus tard après le départ du Bronx de scène, à 21 heures précises.

Dès que le batteur Chris Dangerous surgit sur scène et entame les premiers coups de tambours de « Come on! », le public entre en excitation chamanique. Et lorsque le groupe est au complet sur scène, habillé de pied en cap en redingotes et chapeaux haut-de-forme, les événements prennent une tournure homérique. Le chanteur Pelle Almquist tient une forme olympique, il se met rapidement dans la poche un public conquis jusqu’à l’extase. Sous les coups souverains de titres vingt fois gagnants comme « Try it again », « Take back the toys » ou « 1000 answers », Almquist devient le dieu de la soirée, juché sur les amplis de retour, sautant du podium de la batterie, se débarrassant peu à peu de son haut-de-forme puis de sa redingote, allant se faire déchirer son gilet au contact des premiers rangs (et plus d’une fois, je peux vous le dire) ou sortant toutes sortes de boniments dont certains font figure de nouveauté. Quelle tchatche ! Ce type serait capable de vendre des manteaux de fourrure grande taille à des pygmées ou des réfrigérateurs à des esquimaux.

Et ses petits copains ne sont pas en reste. Le guitariste Nicholaus Arson, mèches bouclées en bataille, œil maniaque et rictus salace, se met lui aussi à venir se frotter aux premiers rangs. C’est une nouveauté car jusqu’à présent le rythmicien dément se contentait d’arpenter la scène dans tous les sens. Et derrière, c’est une section rythmique en béton armé qui sue sang et haut pour imprimer une pulsion de locomotive en flammes à ce show qui est sans doute le meilleur concert des Hives que j’ai pu voir. Le public fait partie intégrante de cette folie car les bondissements, po-gos et slams ne vont jamais s’arrêter. Je suis sûr qu’on en a encore retrouvé le lendemain matin en train de sauter dans tous les coins de la salle de l’AB, sous l’œil médusé des femmes de ménage.

Face à ce raz-de-marée humain, je dois ressortir toute la science du spectateur de premier rang : bander les abdos pour éviter de se retrouver aplati contre la barrière, placer l’avant-bras au-dessus de la tête quand les types de la sécurité aperçoivent des slammeurs arrivant à grande vitesse sur les premiers rangs, mendier humblement et avec succès un médiator tombé par terre auprès des mêmes types de la sécurité. Mais tout cela n’est rien comparé au bonheur de se prendre en pleine face un show d’anthologie des Hives, en tout point parfaits et ayant parfaitement compris que face à la barre placée si haute par les Bronx, il fallait relever le défi et se sortir les doigts pour en mettre plein la vue au public.

Le pari est d’autant plus réussi que la set list réunit ce que les Hives ont fait de mieux. Prenez une bonne moitié de titres du dernier album (la meilleure moitié, bien sûr) et ajoutez les petits classiques qui ont fait leurs preuves : « Main offender », « Walk idiot walk », « Die, all right! » et bien sûr « Hate to say I told you so ». On obtient une onde de choc permanente de près de 90 minutes, entretenue par Pelle Almquist et ses sbires, et enjolivée au passage par la réintroduction d’un titre rare, le « The Hives – Déclare guerre nucléaire » (en français dans le texte) qui figure sur le deuxième album « Veni vidi vicious » de 2000.

À ce niveau de satisfaction, on ne sait plus quoi demander mais le rappel est là juste à propos pour faire de ce show une allégorie du paradis sur terre. Les Hives lancent l’assaut avec « Go right ahead », nouveau titre, et enchaînent sur « Insane », une chanson bonus du dernier album qui est aussi une reprise de The Swedish Rockstars, formation parallèle mise en place par le guitariste Vigilante Carlstroem, le gros barbudo du fond qui assène des solos de gratte coupés au plutonium. Et l’apothéose totale survient avec le terminal « Tick tick boom », punk fusionnel au cours duquel Pelle Almquist présente ses compagnons à grands renforts de superlatifs délirants et achève de porter un public toujours bouillonnant vers les sphères insoupçonnées de la satisfaction ultime.

Je quitte éberlué la salle encore fumante avec sous mon bras un morceau de set list, une serviette éponge et un médiator, pêche miraculeuse qui me servira de souvenir enchanté les jours de pluie, les jours de blues ou les jours de travail forcé, en attendant le retour de ces héros suédois que sont les Hives, le chaînon manquant entre le Père Noël et Gengis Khan.

Set list The Hives : Come on! / Try it again / Take back the toys / 1000 answers / Main offender / Walk idiot walk / My time is coming / No pun intended / Wait a minute / Die, all right! / I want more / Won’t be long / Hate to say I told you so / The Hives – Déclare guerre nucléaire / Patrolling days // Rappel : Go right ahead / Insane / Tick tick boom

Set list The Bronx : Ribcage / Shitty future / Unholy hand / Knifeman / Under the rabbit / Along for the ride / Too many devils / Heart attack American / False alarm / Torches / Valley heat / History’s stranglers

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