GET WELL SOON éloigne les frimas du Bota

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Il faut croire que le Botanique porte la poisse aux Allemands de Get Well Soon qui, pour la deuxième fois consécutive après décembre 2010, se sont rendus dans le complexe de la rue Royale sous une neige abondante. Ceci dit, en ce qui nous concerne, il s’agissait d’un événement puisqu’ils ont donné le coup d’envoi de notre année civile de concerts à l’Orangerie ce mardi 22 janvier.

Le premier riff de cette nouvelle saison est toutefois sorti de la guitare de Denis Jones, un artiste à la barbe généreuse et à la voix rocailleuse qui assurait la première partie. Originaire de Manchester comme l’atteste un accent à couper au couteau, sa physionomie renvoie à celle de Guy Garvey au début de la carrière d’Elbow. Armé d’une guitare tout en se trouvant aux commandes d’une impressionnante console destinée à créer des sonorités électroniques, il est accompagné d’un batteur dont le rôle se limitera davantage à une présence scénique qu’à une implication musicale soutenue (ladite console produit également une foison de beats).

Entamé sur un surprenant mode bluesy, son set allait peu à peu prendre une tournure consistante en présentant des compositions majoritairement expérimentales dont l’approche déstructurée puise ses influences dans la période post “OK Computer” de Radiohead (“Sometimes” en est un excellent exemple). Il a tout de même bon goût d’y apporter sa touche personnelle même si cette dernière ne s’avère pas toujours très heureuse (son flow lorgnant de temps à autre vers le rap, les bidouillages sonores avec le jack de sa guitare). Mais dans l’ensemble, on peut affirmer qu’il a réussi à capter l’attention du public avec un style singulier dont on ne donnait pas cher au terme du premier titre joué ce soir.

Après avoir présenté leur troisième album (“The Scarlet Beast O’Seven Heads”) à l’AB Club en octobre dernier, Konstantin Gropper et ses compères de Get Well Soon ont entamé la semaine dernière une nouvelle tournée lors de laquelle on attendait un peu plus de conviction. Leur set d’il y a quelques mois nous avait en effet quelque peu laissés sur notre faim. La faute sans doute à des nouvelles compositions encore un peu trop fraîches.

Ce soir, la couleur prédominante est le bordeaux, à l’instar des tentures en velours à l’arrière de la scène et le coffrage des estrades disposées sur celle-ci alors qu’une énorme étoile en boule à facettes (qui fait penser à un cristal de neige) trône sur un ampli. Sans grande surprise, c’est avec “Prologue” que les festivités prennent leur envol. Konstantin, très smart comme à sa bonne habitude (il porte ce soir un costume trois pièces) va instantanément imposer le respect avec sa caractéristique voix chaleureuse. “The Last Days Of Rome” va ensuite mettre en avant une volée de percussions qui vont faire grimper la température d’un cran.

Après seulement deux titres, la relative contre-performance du mois d’octobre est oubliée et, autant “5 Steps / 7 Words” que “We Are Free” vont mettre en exergue d’une part l’interprétation intensément tragique du chanteur mais aussi et surtout la richesse orchestrale des compositions. On peut en tout cas dire que les musiciens sur scène sont tout sauf des manchots. Ils passent ainsi d’un instrument à l’autre avec une habileté qui laisse rêveur, pour un résultat proche de la perfection, imposé par la rigueur de leur leader.

À ce propos, on accordera une mention particulière à sa sœur, Verena Gropper, dont l’importance n’a sans doute jamais été aussi prépondérante. À l’aise au violon, au synthé, au tambour(in), au mélodica ou au triangle, elle assure également les chœurs lorsqu’elle ne pose pas sa voix d’ange (dans un français impeccable) sur “Good Friday”, un titre issu de la bande originale du film Palermo Shooting de Wim Wenders. Autre curiosité, Konstantin va diffuser un vinyle (une platine se trouve également sur scène) pendant le féérique “Disney”, ce qui permettra aux musiciens de jammer joyeusement sur une musique de dessin animé.

Outre le toujours aussi excellent “Listen! Those Lost At Sea Sing A Song On Christmas Day” dont la version speedée a le mérite de surprendre, le groupe prendra un malin plaisir à retravailler des titres comme “A Gallows” en y injectant une vibe disco bienvenue ou “Courage, Tiger”, qui verra le claviériste Marcus Wuest passer d’un vocoder aux percussions et inversement, lui donnant au passage une intensité inédite. À ce propos, mentionnons également le jeu de Paul Kenny, le batteur jovial dont la bonne humeur et l’efficacité vont rayonner sur le set. On le remarquera tout particulièrement lors du tribal “You Cannot Cast Out The Demons (You Might As Well Dance)” (largement inspiré par Arcade Fire période “Funeral”) qui mettra un terme au set principal d’une époustouflante manière.

S’ensuivront des rappels qui, à bien y réfléchir, partiront dans toutes les directions. “Werner Herzog Gets Shot” va installer une atmosphère rêveuse avant de faire place à une cover toute personnelle du “Tiny Dancer” d’Elton John, rehaussée par la présence de Denis Jones au xylophone et dans les chœurs. Le seul extrait rescapé du premier album aurait dû arriver lors du second retour sur scène des musiciens au travers d’“I Sold My Hands For Food So Please Feed Me” mais c’est finalement “A Voice In The Louvre” qui aura les faveurs du groupe.

En à peine trois mois, les nouvelles compositions de Konstantin Gropper ont acquis sur scène une stature que les versions studio étaient loin de garantir. Et rien que pour cette raison, notre présence au Botanique s’avérait indispensable…

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