CLUTCH fournit le VK en 220 volts

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Parmi les groupes rock qui font leur petit bout de chemin sans se soucier du reste, méprisants des classements du hit-parade, loyaux envers leur musique et dominant un noyau de fans prêts à se faire couper une main pour eux, Clutch figure dans la tribune d’honneur. Ils étaient au VK ce 1er février. Les dates complètes de leur nouvelle tournée européenne (Londres, Paris, Stuttgart, Munich, Berlin, Cologne, Hambourg, Oslo) montrent bien que Clutch est désormais un petit patron qui entretient son parc de fans avec son stoner rock intègre et viril qui, l’air de rien, répand dans le monde la bonne parole du son brut depuis près de 22 ans.

Oui, Clutch, c’est du stoner, du lourd, du gras, du barbu, de l’option diesel pour camions venant livrer les barres de fonte à domicile, du dynamitage de tympans à l’aide d’une imparable recette faite de rock lourd, d’un peu de funk et de heavy metal avec un taux élevé d’octane. Ce groupe qui vient du Maryland opère depuis 1990 avec la même équipe, à savoir Neil Fallon (chant), Jean-Paul Gaster (batterie), Tim Sult (guitare) et Dan Maines (basse). Au fur et à mesure des albums, Clutch a su montrer son capital puissance et a étendu par-delà ses limites locales une influence qui s’est affirmée le long d’une petite dizaine d’albums. Au hasard et parce que c’est vous : “Transnational speedway league” (1993), “Clutch” (1995), “The elephant riders” (1998), “Jam room” (2000), “Pure rock fury” (2001), “Blast tyrant” (2004), “Robot hive/Exodus” (2005), “From Beale Street to oblivion” (2007), “Strange cousins from the West” (2009) et le petit dernier “Earth rocker”, qui sort en mars 2013.

C’est toujours un peu frustrant d’assister à la tournée d’un groupe qui fait la promo d’un album qui n’est pas encore sorti. On n’a pas tous les éléments en main, on n’a pas pu écouter l’album, juste le single “Earth rocker” qui sert d’éclaireur auprès de la presse et de l’opinion publique. Mais néanmoins, le show de ce soir va surtout capitaliser sur les bons vieux titres de Clutch, notamment ceux extraits de l’album “Blast tyrant” (2004), qui reste le mètre-étalon de la carrière des ursidés du Maryland. Comme c’est vendredi et qu’on est au bord du week-end, j’ai réuni pour l’occasion quelques amis et nous partons gaiment vers la salle du VK, dans le riant quartier de Molenbeek à Bruxelles. L’avantage de cette salle est qu’elle n’est qu’à quelques stations de métro du Rond-point Shuman, où se situe notre bar de prédilection et duquel il faut s’extraire à temps si on ne veut pas que les bières préparatoires de la soirée ne deviennent le principal au lieu de rester l’accessoire.

Nous pénétrons dans le VK en plein milieu du show de Hark, le combo qui ouvre la soirée. Je n’ai certes pas vu l’intégrale du show de ce trio de chevelus mais les derniers morceaux de leur concert ne laissent aucun doute : Hark ne fait pas dans la dentelle. C’est Jimbob Isaac, guitariste chanteur et ex-leader de Taint (un groupe dont les origines remontent quand même à 1994) qui actionne ce groupe, complété par le bassiste Nikolai Ribnikov (ex-Whyteleaf) et l’hirsute batteur Simon Bonwick. Ces types sont annoncés comme venant du pays de Galles et pratiquent un stoner metal grossier et roboratif, qui brille surtout par le jeu du bassiste, un petit barbu qui s’agite derrière une énorme Rickenbacker 4001. J’ai beau être arrivé en retard, je trouve néanmoins ma proverbiale place à la barrière, ce qui va bien m’aider pour la suite…

Clutch intervient vers 21h10, devant une foule fiévreuse et impatiente. Le souvenir que j’avais du groupe, après l’avoir vu deux fois, était celui d’un combo usinant un stoner bien lourd mais peu violent, pour public amateur d’ondes sonores musclées mais peu enclin à l’agitation. Eh bien ce soir, le public du VK explose dès le premier titre. Le barbu à casquette ou l’amateur au faciès d’ingénieur informaticien, les deux espèces qui constituent le public de Clutch, ont décidé de se lâcher ce soir, et l’ambiance survoltée va fournir son lot de slammeurs et de pogoteurs invétérés. Sur scène, Neil Fallon et ses sbires entament les hostilités au petit trot avec de l’artillerie lourde extraite de “Blast tyrant”. Cet album restant le grand-œuvre du groupe, il ne faut pas s’étonner de voir un show partir en vrille dès les premières minutes, pour le plus grand plaisir des petits et des grands. Un de mes camarades, peu habitué à ce genre de joute virile, préfère s’éclipser dans le fond de la salle et bénéficier d’une sécurité relative. Mais mon autre pote, à qui on ne la fait plus, reste près de moi pour subir les assauts d’un public bondissant en tous sens. De grands types avinés tentent de s’incruster à la barrière mais le front dense du premier rang ne permet aucune percée.

Et sur scène, les hommes de Clutch s’en donnent à cœur joie. Ce n’est pas vraiment le jeu de scène qui fait la différence ici. Neil Fallon est le seul à vraiment bouger, tandis que ses camarades assurent la production en série de riffs nerveux et puissants. Tim Sult ressemble à un paisible résident de banlieue suburbaine d’une petite ville de l’Ohio. Jean-Paul Gastier, barbiche blanche et bonnet sur la tête, réduit sa batterie en copeaux au fur et à mesure que le show progresse en intensité. Et Dan Maines émet des ondes de basse propres à déchiqueter le papier peint. Plus que le jeu de scène, c’est la voix forte et claire de Neil Fallon qui impose le respect. Ses grommellements d’ours mécontent donnent vie aux morceaux de la set list, principalement extraits de l’album “Blast tyrant” (sept titres sur dix-sept). Toute la discographie postérieure à cet album est représentée à des degrés divers, mais il n’y a nulle trace des premiers albums, à part le classique “A shogun named Marcus”, extrait du premier album et qui figure toujours en rappel des shows de Clutch.

Les trois titres de “Earth rocker”, lâchés ici en primeur, annoncent un autre album sympathique et détendant, dans la veine de ce que fait Clutch depuis deux décennies. Tout cela se présente sous les meilleurs auspices, puisque Neil Fallon annonce ce soir que Clutch sera présent lors du festival Graspop en juin prochain. Pour ceux qui n’auraient pas tout compris ce soir, une séance de rattrapage est donc prévue en juin, ce qui prouve que Dieu existe.

Après le rappel, je me détache de la barrière, qui a pris la forme de mon bassin, avec en poche une des set lists généreusement donnée par un des roadies démontant le matériel encore fumant. C’est mon troisième concert de Clutch, mais de loin le plus intense et le plus marquant. Ces types seraient-ils en train de devenir des demi-dieux ? En tous cas, il était temps.

Set list : The mob goes wild / 50,000 unstoppable watts / Profits of doom / Subtle hustle / Earth rocker / Gravel road / Burning beard / La Curandera / Cypress grove / DC Sound attack / Promoter (of earthbound causes) / The regulator / Child of the city / Crucial velocity / Electric worry // Rappel : Gone cold / A shogun named Marcus

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