Le monde féérique de VILLAGERS

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Conor O’Brien, le petit génie du folk irlandais mieux connu sous le nom de Villagers, est de retour avec un deuxième album, “{Awayland}”, qu’il présente lors d’une tournée européenne avec un passage obligé par le Botanique. Sans surprise, l’Orangerie affichait complet ce mardi 5 mars…

Il s’agissait d’une soirée marathon car pas moins de deux avant-parties étaient prévues à l’affiche. Un programme chargé qui a débuté avec Aidan & The Italian Weather Ladies, un groupe pas tout à fait inconnu puisqu’on avait déjà eu l’occasion de les voir en support de Get Well Soon en décembre 2010 ici même. Aidan, c’est ce chanteur irlandais dégarni et grisonnant installé à Bruxelles dont la folk rythmée ne laisse personne indifférent, surtout qu’il commente ses chansons dans un français impeccable.

Ce soir, vu l’espace disponible sur scène, le groupe est contraint de se produire en trio (les deux musiciens lésés se trouvent toutefois présents dans le public). C’est ainsi que deux guitares vont répondre élégamment au son d’une batterie rudimentaire en toile de fond (une caisse sur lequel le batteur est assis, une cymbale et un tambourin). Jamais ennuyeuses, les compositions du groupe se permettent même une diversité rêveuse lorsqu’une flûte traversière se met en action, avant de reprendre de plus belle vers une structure remuante qui doit beaucoup aux origines du leader.

Le deuxième support, le londonien Luke Sital-Singh, va se produire seul sur scène, armé d’une guitare et surtout d’une douce voix modulable qui se révèle cependant un peu trop plaintive par moments. Détail cocasse, son attitude et son expression font penser à celles de Jack Savoretti, qui se produisait dans cette même salle deux jours plus tôt avant Jake Bugg.

Mais la comparaison s’arrête là car on décèle actuellement encore trop d’influences marquées chez ce jeune musicien. En fonction des intonations, sa voix nous fait penser tour à tour à Tom McCrae, Damien Rice ou Jasper Steverlinck, sans parvenir à dégager un style qui lui est propre. Ou en tout cas pas encore. Quoi qu’il en soit, le dénominateur commun réside dans la noirceur de ses textes et ses mélodies un rien névrosées. Précisons que cela ne l’empêche pas de manier l’humour avec beaucoup d’habileté lors de ses interventions. À revoir lorsqu’il aura pris un peu de bouteille.

Conor O’Brien alias Villagers est un habitué du Botanique. Il y a déjà joué quelques fois mais c’est aujourd’hui sa première visite à l’Orangerie, comme il le fera justement remarquer. Il vient de sortir “{Awayland}”, un deuxième album sur le dynamique label indépendant Domino, qui marque un pas en avant dans sa manière d’appréhender la construction de ses compositions. En d’autres termes, il a gagné en maturité et cela va se remarquer également sur scène.

“Grateful Song”, le titre d’intro, va intelligemment faire la jonction entre l’ancien et le nouveau matériel. Entamé dans un silence respectueux qui va nous permettre d’apprécier sa voix toujours aussi prenante, l’envolée qui caractérise la fin du morceau va déjà éveiller en nous quelques frissons, qu’un “Home” féérique et réarrangé ne va pas tarder à confirmer.

Conor O’Brien a beau ne pas être très grand, son charisme balaye ce désavantage relatif d’un revers de la main. On ne voit que lui et ses mimiques caractéristiques, malgré les quatre musiciens qui l’entourent. Le claviériste aura d’ailleurs quelques soucis avec son instrument tout au long du set, mais cela n’empêchera pas le boss de garder le sourire.

Parmi les nouveaux titres, “Passing A Message” est sans doute le plus surprenant car son interprétation nous emmène dans un trip piano bar aux contours jazzy nerveux. Mais l’orchestration de “The Bell” va révéler une nouvelle facette du bonhomme alors que son final puissant sera loin d’être un cas isolé ce soir. En effet, “Judgement Call” (qui va le rendre comme possédé) et surtout “The Waves” vont agresser nos tympans (dans le bon sens du terme) accompagnés de jeux de lumière affolants. Le tout dans une simplicité et un flegme à toute épreuve. Le seul bémol viendra de “Rhythm Composer”, dont l’interprétation en demi-teinte sera bien moins excitante que sur l’album.

En revanche, les deux titres les plus poppy d’“{Awayland}”, “Earthly Pleasure” et “Nothing Arrived”, vont tenir la distance par rapport aux moments clé de l’excellent premier album (“Becoming A Jackal”). La plage titulaire, bien entendu, qui n’a pas pris une ride, mais également “The Meaning Of The Ritual” en semi crescendo et “The Pact (I’ll Be Your Fever)”. Seul “Ship Of Promises”, le titre qui va clôturer le set principal va souffler le chaud et le froid. Heureusement, le final dans le rouge va rattraper la balance approximative qui verra les instruments couvrir le son de la voix du chanteur (sur ce titre uniquement, précisons-le).

À la surprise générale, les rappels seront particulièrement calmes et délicats. “That Day” et “My Lighthouse” seront joués dans un calme impressionnant par Conor O’Brien seul à la guitare. Sa voix, dans ces conditions, devient clairement le centre de l’attention et il l’assume complètement. Le groupe au grand complet se retrouvera sur “On A Sunlit Stage” dont la puissance mesurée va accompagner les spectateurs vers la fin d’une soirée dense et généreuse. Les lumières se sont en effet rallumées sur le coup de 23h15. Ceci dit, lorsque Villagers joue, on ne voit pas le temps passer…

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