Le premier mai est la fête du blues à Lessines

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Ce premier mai 2013, le Roots and Roses festival, organisé par le très dynamique Centre Culturel René Magritte de Lessines, bat son plein. J’y participe pour la quatrième fois. Cette fois-ci, je suis de l’autre côté de la barrière en tant que serviteur pour votre site web favori. Le cadre est bucolique, l’organisation est soignée et prévoit tout pour le confort des festivaliers. Ce festival est familial et convivial. L’accueil y est fait en trois langues. Il y a deux chapiteaux, le son y est très bon et n’arrache pas les tympans délicats, la programmation est de plus soignée et de qualité. Un petit changement de dernière minute au programme, le groupe suisse The Hillbilly Moon Explosion, qui devait ouvrir le festival sur la scène Roses, est remplacé au pied levé par Rockin’ And Drinkin’ Guys. Rockin’ And Drinkin’ Guys est un trio bien sympathique qui nous vient de Tournai, composé de Jérôme Rasson aka Crazy Rockabilly Man à la guitare et au chant, d’Antoine Olivier aka Flyin’ Drummer à la batterie et de Guillaume Durieux aka Furious Z à la contrebasse et à l’harmonica. Ce trio guitare, batterie et contrebasse nous fait un rockabilly festif. Ils vont dès les premières notes de musique vous mettre du baume au coeur. C’est énergique et novateur, un peu comme les Stray Cats début 1980. Ils ouvrent la scène Roses qui est censée être plus calme. Pas de chance, on ne commence pas en douceur, mais de façon musclée. C’est une solide carte de visite pour un groupe régional qui a su tenir le public en haleine par sa prestation musicale et scénique parfaite.

Le groupe suivant, qui inaugure la scène Roots, est Larry and His Flask où personne ne s’appelle Larry. Il s’agit d’un combo américain qui nous vient de l’Oregon et non d’Australie. Ils sont un peu beaucoup déjantés. La formation est composée des frères Marshall, de Ian Cook, de Dallin Bulkley, de Kirk Skatvold et enfin d’Andrew Carrew. Cela bouge de partout, le contrebassiste est monté sur ressort et met le feu dès le début de la prestation. Ils font un peu de country, du rockabilly, du punk-bluegrass américain et savent agrémenter leur musique de cuivre et de banjo. Ils seront certainement amenés à revenir lors d’une prochaine édition à Lessines, car dès le matin ils ont mis une certaine ambiance et le feu sur scène. C’est mon premier coup de coeur de ce début de journée déjà prometteur.

Le second groupe à passer sur la scène Roses est Bertrand Lani And Band. C’est mon coup de coeur, car Bert, pour les intimes, est le frère cadet de Frédéric Lani aka Fred And The Healers. Bertrand a présenté le 9 décembre 2012, pour les 25 ans des Classiques de Marc Ysaye au Botanique, son projet solo et acoustique “It Gets Bluer In A While” en compagnie de son frère Fred. Il est à Lessines pour le présenter en version électrique. Bertrand est bien sûr accompagné à la guitare de son frère Fred et c’est la dernière fois, car notre compère Fred va se réattaquer à son projet novateur Fred And The Healers. Bertrand est secondé de Gerry Fiévé à la batterie, de Valentin Marchal-Marchant à la contrebasse et à la basse et de Régis Lorant au piano et synthétiseur. Fred nous avait habitués à du très bon blues, Bertrand fait également un blues, mais teinté de country et d’americana. Sa voix s’y prête beaucoup mieux. Fred se fait discret de corps, mais sa guitare, quand elle s’emballe, rien ne l’arrête. Fred a de la retenue et laisse son frère s’exprimer, il y a une telle complicité entre ces deux-là qu’il est quasiment impossible de les séparer mais c’est la vie, Bertrand veut suivre sa route et pourquoi pas. Bertrand entame donc “Audrey”, “The Richest Guy In Town”, “Following Day”, “The Next Page”, “I’m Not A Cheater” et “It Gets Bluer In A While”, tous extraits de son opus. Son approche du blues est plus douce et fortement teintée de country et parfois de soul comme “The Richest Guy In Town”. La liste des morceaux prévoyait “Fallin’ And Flyin”, mais on a droit à “Who’ll Stop The Rain” une reprise de Creedence Clearwater Revival, un sacré retour en arrière. C’est plaisant, mais il ne pleut pas, le soleil est présent. On a droit également à une reprise de “Baby Let Me Hold Your Hand”, une reprise de Ray Charles, de la douceur comme on peut apprécier. “Le Petit Bonhomme En Mousse” est une reprise assez surprenante de Patrick Sébastien, il est coquin le petit Bertrand. Si Fred est là, on attaque “Stop The Battle” du temps des Superslinger. La cohésion et la complicité des frères Lani ne sont plus à démontrer. Fred prend l’initiative de sa belle guitare noire. “I Don’t Wanna Grow Up” est une reprise de Tom Waits ou The Ramones, je pencherai pour le premier.

On va se rendre ensuite sur la scène Roots pour accueillir les Anglais de The Urban Voodoo Machine qui pratiquent une musique blues gipsy bop’n’ stroll imbibé de bon whisky. Le collectif se produit à douze sur scène, mais à Lessines ils ne sont que onze. C’est festif et à prendre au second degré un peu comme les Poulycroc, ils sont colorés, cela bouge sur scène. J’ai écouté deux chansons, n’accrochant pas spécialement, je suis parti me restaurer. Il est à noter que les stands prévus à cet effet présentaient des mets variés et d’excellente qualité, l’accueil y était parfait et les prix plus que démocratiques. La mal bouffe n’est pas d’application à Lessines et tous les produits de qualités étaient régionaux.

L’artiste suivant, qui se présentait sur la scène Roses, est Madé J, un jeune prodige de la guitare qui fait un blues profond. Ce petit jeune, né à Bali, a grandi en Australie et vit à Bruxelles, c’est une étoile montante de la scène blues belge. Madé J pratique un blues teinté de garage rock, de punk avec une petite pointe de rockabilly. Son groupe est classique et composé du trio basse/guitare /batterie. À la guitare, nous avons Madé J, Graeme Ross à la basse et contrebasse et Steve Harlall (Sons of Disaster) à la batterie. Madé J, comme un grand qu’il est en devenir, joue sans setlist. Ses influences musicales nous viennent de la scène rock garage de Détroit et comprend The Sonic et Early Punk. Il est principalement là pour nous faire découvrir son opus “Das Rumble” sorti depuis peu chez Mottow Soundz. L’énergie est ultra présente, le batteur n’y est certainement pas étranger, car il martyrise ses fûts avec vigueur, la voix est juste, les sons de guitares vous sont envoyés en plein visage sans perturbation aucune pour les tympans. Le public de Lessines, déjà nombreux, a apprécié. Moi, j’ai adoré. À la fin du concert, Madé J a lancé vers la foule CD’s et tee-shirt. Une belle découverte et un point fort de ce festival, un grand merci aux organisateurs pour la qualité de la programmation.

Cinq minutes de battement et l’on se rend ensuite sur la scène Roots pour accueillir Amarak Iab aka Bai Kamara Junior, un habitué de la scène Belge. Ici, le projet est blues et de très grande qualité. Si la musique de Bai Kamara Junior est habituellement rock, soul, jazz, pop et parfois funk, ici c’est résolument blues dans la parfaite lignée d’une programmation type de festival blues. Mais Lessines n’est pas un festival de blues classique. La programmation est de qualité exceptionnelle, les découvertes sont présentes ainsi que des artistes confirmés. Avec Amarak Iab, on assiste à une montée en puissance graduée de la qualité musicale. Bai, avec sa voix teintée de Jimi Hendrix, nous procure quelques frissons dans le dos. Le blues est bien présent aussi bien dans la voix que dans l’instrumentation. Bai est accompagné de musiciens de talent qui savent passer d’un blues plus dur à un blues au groove plus lent. La voix se fait même à certains moments soul. Le nouvel opus sortira bientôt, il faudra se précipiter chez tout bon disquaire pour se procurer cette petite merveille.

Les U.S.A. sont bien représentés ce jour à Lessines qui chaque année met à l’honneur un homme-orchestre, genre à Rémy Bricka. Cela se passe sur la scène Roses avec un artiste de talent en la personne de John Schooley And His One Man Band. À lui tout seul, avec sa batterie, ses percussions, sa guitare, son harmonica et son banjo, John est un véritable phénomène musical. Sa musique va du blues profond au rhythm’n’ blues traditionnel ce qui amène un son particulier et une énergie certaine. La voix est particulière et cela amène un plus.

Les artistes suivants à passer sur la scène Roots sont Slim Cessna’s Auto Club. Le groupe américain originaire de Denver au Colorado est qualifié de meilleur groupe live des États-Unis. Il est composé de deux chanteurs ultra charismatiques soit Slim Cessna (le barbu) et Munly Munly aka Jay Munly. Le groupe est actif depuis 1993 et pratique une country assez alternative et novatrice teintée de folk, rock et gospel. Les deux chanteurs n’ont pas peur de se frotter au public, ils sont complètement déjantés et de vrais phénomènes de scène. Leur country festive se communique immédiatement à un public conquis depuis la première chanson. L’interactivité entre le public et les artistes est totale. Merci pour ce bon bol de bonne humeur et de musique de qualité.

La journée passe et je m’amuse comme un fou. Je passe ensuite à la scène Roses pour redécouvrir des vieux routiers de qualité soit The Godfathers. The Godfathers est un groupe punk formé en 1985 par Peter (chant) et Chris Coyne (basse). Ils sont secondés par Del Bartle à la guitare et par Dave Twigg à la batterie. Depuis trois ans, ils enchaînent tournée sur tournée et 17 ans après la sortie du dernier opus en date, “Birth, School, Work, Death”, qui était une compilation, ils viennent de sortir cette année un nouvel album “Jukebox Fury” qu’ils vont défendre ce soir à Lessines. Leur musique est carrée, rock, punk dans la pure tradition anglaise. Je me retrouve 30 ans en arrière et c’est fabuleux de revivre cela.

La soirée avance tout doucement, le soleil est présent ainsi que la bonne humeur parmi les festivaliers et nous allons comme tout le monde découvrir sur la scène Roots un phénomène américain : The Reverend Peyton’s Big Damn Band. L’allure est sympathique, le guitariste barbu arrive et nous attaque d’emblée avec son “Seah yeah… Clap your Hands”. Ce barbu au sourire ravageur et débordant de bonne humeur vous met immédiatement en confiance, je sens que je vais passer un très bon moment. Le groupe enchaîne une tournée de plus de 250 dates et son dernier opus “Between The Ditches” sorti en 2012 est le plus téléchargé sur iTunes aux États-Unis. Peyton est un virtuose de la guitare et est aussi à l’aise avec sa Dobro qu’avec une Cigar Box guitare. Madame Breezy se sert d’une râpe anciennement utilisée pour la lessive sur laquelle est implanté un tambourin. Le batteur Cuz va utiliser soit ses fûts soit un bidon en plastique. Ce trio nous vient de l’Indiana et va littéralement mettre le feu sur la scène Roots avec sa musique mêlant l’americana, le delta blues et le hillbilly. Peyton va même nous faire une démonstration pour sortir en même temps de sa guitare des sons de basse et de guitare. Ce fut pour moi une révélation et un moment plein d’interactivité avec les artistes. J’ai encore adoré.

Je me précipite vers la scène Roses pour l’événement de la soirée, The Jim Jones Revue que j’ai vu ici en 2011 et qui avait littéralement mis le feu sur scène. J’ai vu ce phénomène il y a peu en comité restreint au Beursschouwburg de Bruxelles. Jim avait alors eu un problème de guitare, mais nous avait délivré un concert malgré cela débordant d’énergie. Jim avec sa troupe va nous livrer ce soir un très grand concert. Cela va être la claque musicale de la soirée, du rock garage à profusion, de l’énergie à revendre, des mélodies soutenues par des musiciens d’exceptions. Cela pogotait sec et Jim était ravi. À un certain moment même, la sécurité a dû être renforcée aux barrières.

Le dernier groupe à passer sur la scène Roots est un habitué du Centre Culturel René Magritte de Lessines, nos vieux punks de The Stranglers. Ils sont en mode semi-acoustique. Le groupe, malgré ses 40 ans de carrière, n’a pas pris une ride. Ils étaient à leur début associés au mouvement punk, mais leur musique a su évoluer. Ils ont néanmoins placé dans les charts anglais 23 singles et 18 albums. Il y a en plus avec le groupe un percussionniste. Jean Jacques Burnel arrive sur scène, aidé d’une béquille, ce qui ne va pas l’empêcher d’empoigner son verre de vin et faire santé au public. Pendant une heure et demie, le groupe tout en douceur et en musicalité va nous faire défiler tous ses grands succès pour le bonheur d’un public ravi qui attendait cela avec impatience. Merci Lessines, j’ai passé une journée magnifique et à l’année prochaine.

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