La nouvelle dynamique d’OZARK HENRY : À deux, c’est mieux !

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Il s’est fait attendre, mais le retour de Piet Goddaer alias Ozark Henry sur scène a finalement eu lieu ce jeudi 23 mai à l’Ancienne Belgique, soit un bon mois après la date initiale. L’occasion de découvrir en live “Stay Gold”, le septième album du Courtraisien sorti il y a peu… Si ce dernier est un habitué de l’AB, l’artiste choisi pour assurer la première partie n’est pas non plus un néophyte de l’endroit. Il revient même sur le terrain de ses exploits puisque Tout Va Bien, le nom de scène de Jan Wouter van Gestel, a brillé lors de l’émission orchestrée par Studio Brussel, De Nieuwe Lichting (un genre de The Voice alternatif), dont la finale a eu lieu ici même le 14 avril dernier, lui octroyant le privilège de se produire en avant-première d’un concert important.

L’état de stress du jeune Malinois moustachu n’avait donc rien d’étonnant lorsqu’il s’est assis derrière son clavier. Seul sur scène face à un public qui commençait à se presser dans la grande salle, il a toutefois assuré en parvenant à maîtriser ses émotions. D’ailleurs, en parlant d’émotions, on peut sans crainte affirmer que sa voix enlevée les met avantageusement en avant. Hésitante au début du set (quelque part entre Jasper Steverlinck et Antony Hegarty), elle a ensuite mué pour lorgner du côté de celle d’Hayden Thorpe (Wild Beasts). A moins que ce ne soit le style musical du bonhomme qui nous ait permis de cibler la comparaison.

Car son talent de pianiste va achever de nous convaincre tout en mesurant son potentiel. Certaines compositions remplies de nuances mélodieuses prennent vraiment aux tripes, malgré un public pas trop attentif. Il faut dire qu’il a pas mal disserté entre les chansons et qu’au bout d’un certain moment, on a l’impression qu’il tourne en rond. Ceci dit, n’oublions pas qu’il débute et qu’il doit encore apprendre à travailler son jeu de scène relativement linéaire actuellement. Et qu’un endroit intime lui conviendrait sans doute bien mieux. Mais dans l’ensemble, il s’en est plutôt bien sorti.

“Stay Gold”, le nouvel album d’Ozark Henry, a de quoi surprendre. Beaucoup plus langoureux qu’à l’accoutumée, il ne tolère aucune écoute distraite, au risque de passer à côté d’arrangements subtils. En revanche, Piet Goddaer (qui a tout réalisé lui-même dans son studio à la mer) partage désormais le micro avec une certaine Amaryllis Uitterlinden pour un résultat fusionnel très réussi. On était d’ailleurs curieux de découvrir la manière avec laquelle le maître allait réussi à transposer le tout sur scène.

La réponse allait venir assez rapidement car une fois les premières douces mesures de “Give Yourself A Chance With Me” passées, la voix de la petite Amaryllis, jolie rousse souriante à souhait, allait scotcher tout le monde sur place. Juste après, “We Were Never Alone” allait nous faire comprendre que Piet Goddaer a patiemment réarrangé ses anciennes compositions pour prolonger la complicité vocale du dernier album.

Ce dernier se tient, basse entre les mains, du côté droit de la scène. A l’instar de sa partenaire, il porte une sorte de tunique blanche qui tient plus du tablier de boucher que de sa traditionnelle toge. D’ailleurs, le blanc est la couleur de rigueur ce soir car tous les musiciens en sont vêtus. Ceux-ci se trouvent en retrait et le batteur se voit même emprisonné derrière des parois en plexiglas alors qu’un claviériste et un guitariste se trouvent de part et d’autre de sa cage. Quatre panneaux étroits qui font office d’écran sont répartis sur scène, même si les projections seront très discrètes tout au long du set.

Le focus se dirige clairement vers les deux principaux protagonistes qui vont se partager les vocaux d’une équitable manière, chacun dans son style. A ce propos, on a l’impression que Piet a trouvé son penchant féminin et qu’il lui laisse la vedette. Il faut avouer que ce petit bout de femme a un organe vocal particulièrement affûté. Tour à tour douce, puissante et impressionnante, elle va tout simplement en mettre plein les oreilles à un auditoire qui va littéralement craquer pour elle. Oubliée la dernière tournée d’Ozark Henry où il ne se passait pas grand-chose sur scène (le leader sera toutefois toujours aussi muet entre les morceaux).

Ainsi, on va se délecter de la métamorphose de certains titres qui vont se retrouver bonifiés comme par enchantement. “Indian Summer”, par exemple, sera méconnaissable alors qu’un puissant “Rescue” sera animé par de simples effets visuels que l’on aurait dit empruntés aux jeux Atari. Un peu plus tard, une version pleine d’entrain de “Verspertine” succèdera à “Do You Love Me” dont l’orchestration groovante laissera l’AB de marbre. Le tout grâce aussi au guitariste qui va décocher des riffs presque metal à priori hors propos mais qui se glisseront à merveille dans le nouvel univers scénique de Piet Goddaer.

Parallèlement, à l’exception de l’entêtant “We Are Incurable Romantics” et de l’imprononçable (mais musicalement très riche) “Plaudite Amici Comedia Finita Est”, les nouveaux titres ont encore du mal à s’imposer. Ainsi, “Outpatient”, malgré un xylophone tout à fait à propos, ne décolle pas, à l’instar de “Deep”, pendant lequel on sentira une baisse d’attention assez palpable.

Heureusement, Piet Goddaer va entre les coups continuer à revisiter son back catalogue et à donner une autre dimension à des titres comme “Godspeed” (un des deux seuls extraits du pourtant excellent “Hverlreki”) et “At Sea”, un autre hit en puissance. Les spectateurs participeront activement à la fête en se lançant dans des pas de danse spontanés tout en devenant incontrôlables au son d’“I’m Your Sacrifice”, le titre (un peu trop gnan gnan toutefois) qui va mettre un terme au set principal.

Sans surprise, les musiciens reviendront parachever le travail. “Free Haven” et “These Days” dans des versions impeccables interprétées le cœur léger auront un effet positif immédiat sur le public. Après avoir salué la foule, on les pensait partis en backstage pour débriefer cette première date mais ils vont revenir pour un ultime titre, “This One’s For You”, qui va initier un impressionnant singalong. On est arrivé curieux, on est reparti conquis. Ce soir, on a redécouvert Ozark Henry et on vous suggère vivement d’en faire de même…

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