Jex Thoth, mystique et enfumée au Magasin 4

0 Participations

26 mai, 19h30. C’est un joli dimanche de printemps et, l’espace d’un instant, le soleil a failli briller sur notre capitale. Nous remontons à la hâte l’avenue du Port pour rejoindre le Magasin 4 où la grande prêtresse Jex Thoth se prépare à célébrer la messe du Doom Psychédélique. Alors que nous attendons patiemment le début de la cérémonie mystique, les ‘bruitistes brutaux’ d’Alkerdeel tentent de nous convertir au culte du Drone / Doom / Black métal. Le groupe, originaire de Zomergem en Flandre Orientale, a déjà deux galettes venimeuses à son actif. Son bassiste (QW) milite, à ses heures perdues, au sein de la formation gantoise Serpentcult, ce qui, pour les nombreux fans de Doom présents ce soir, est plutôt une bonne nouvelle. L’intro du concert est prometteuse : une puissante ligne de basse distordue et un riff de guitare pachydermique du plus bel effet. Le son est énorme et nous sommes aux anges. Malheureusement, nous ne tardons pas déchanter. Le tempo, qui accélère de titre en titre, nous oblige à renoncer à nos chimères doom métalliques. La frange la plus extrême du public semble se régaler, les autres, par contre, se contentent de déguster en silence ! Les mélodies minimalistes et les vocaux hurlés à l’extrême sont douloureux pour nos esgourdes sensibles. Heureusement la ‘pharmacie’ du Magasin 4 nous offre la possibilité d’anesthésier nos tympans meurtris à l’aide d’une dose thérapeutique de Chimay Bleue.

Malgré son statut de ‘formation culte’, Jex Thoth ne dispose pas de moyens financiers faramineux et il n’est donc pas surprenant de voir ses musiciens installer eux-mêmes leur matériel sur scène. Quelques chandeliers sont posés sur les haut-parleurs afin d’instaurer une sympathique atmosphère funèbre. Les préparatifs étant terminés, chacun se plante derrière son instrument en attendant l’entrée en scène de Jex, la maîtresse de cérémonie. Celle-ci apparaît quelques instants plus tard, vêtue de noir, les épaules couvertes d’une courte cape d’étoffe blanche. Une briquette d’encens enflammée à la main, l’étrange demoiselle s’applique à bénir chaque musicien, chaque instrument et chaque ampli avant de nous dévoiler ses jolis yeux étrangement rougis. La chose aurait peut-être pu passer pour une allergie aux fumigènes si sa démarche vacillante et le regard vague de le la belle ne nous avaient pas mis sur une autre piste…

Les formalités rituelles étant terminées, le concert peut enfin commencer. Jex Thoth présente d’emblée deux titres de son nouvel opus “Blood Moon Rise”. Si les versions studio sont très atmosphériques, leurs pendants live sont franchement heavy et les amateurs de doom prennent leur pied. Après Jex, Brandon Newhouse (guitare solo) incontestablement l’attraction principale du groupe. Naturellement charismatique, le six-cordiste distille de superbes soli à grand renfort de fuzz et de wha-wha. Matt Jacobs, son alter ego rythmique, se fait beaucoup plus discret et se colle face à son ampli dès qu’il en a l’occasion. A la basse, Danny Gonzales vacille et cligne des yeux. Sans doute subit-il lui aussi les effets de l’étrange ‘allergie aux fumées ambiantes’ dont nous parlions plus tôt. La prestation du claviériste n’est pas des plus excitantes. Le gaillard, pourtant jeune et chevelu, se contente de paresser mollement, assis devant un synthé Roland qu’il titille avec la grâce d’une dactylo docile.

Pendant ce temps, Jex évolue dans un monde parallèle. Sa gestuelle est étrange et fascinante à la fois. Envoutée par on-ne-sait-quelle créature démoniaque, la belle passe son temps à manipuler d’invisibles objets tout en chantant ses envoutantes litanies. Elle se saisit ensuite d’un chandelier qu’elle pose, sans raison apparente, sur le bord de la scène, puis, se confectionne une croix à l’aide d’un couteau à cran d’arrêt sur lequel elle empale une briquette d’encens enflammée avant de la présenter en offrande à une divinité qu’elle est la seule à voir. Ce spectacle ésotérique, soutenu par une musique lourde, envoutante, psychédélique et lancinante nous fait perdre toute notion du temps. Il est 22 heures. Le groupe s’éclipse sans un mot et nous laisse hurler quelques minutes avant de réinvestir les planches. En passant, Jex nous lance le petit signe de la main, qui constituera sa seule tentative de communication avec l’assistance de toute la soirée.

Sans se soucier du couvre feu, Jex Thoth interprète encore trois titres, puis s’en va, comme elle est venue, sans dire un mot. Les lumières qui se rallument dévoilent quelques visages proches de l’extase. Plus qu’un concert, cette soirée avec Jex Thoth fut une expérience mystique !

Laisser un commentaire

Do NOT follow this link or you will be banned from the site!
%d blogueurs aiment cette page :