DOUR FESTIVAL 2013 (jour 3) : de la moiteur pour The Joy Formidable et Mass Hysteria

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Troisième étape de notre pèlerinage annuel au Dour Festival ce samedi 20 juillet sous un soleil toujours aussi radieux. Une journée moins ronflante d’un point de vue têtes d’affiche mais qui allait faire la part belle aux découvertes sur la plaine de la machine à feu. Tiens, à propos de la machine à feu qui, lors des précédentes éditions, réchauffait les festivaliers une fois les frimas du soir tombés. Qu’est-elle devenue ? En tout cas, une chose est sûre, c’est la première fois depuis 2010 que la crème solaire remplace avantageusement le poncho et on ne va pas s’en plaindre…

Le premier groupe à récolter nos faveurs jouait sous la Jupiler X Marquee. Recorders, ce groupe bruxellois qui a pris le temps de peaufiner son style et qui s’apprête à sortir un premier album enregistré sous le soleil de Californie avec le célèbre Tony Hoffer (qui a collaboré notamment avec M83, The Kooks et Belle & Sebastian). Peinturlurés tels des indiens prêts à partir sur le champ de bataille (le guitariste laisse même pendre des plumes du manche de son instrument), ils s’en sont allés à l’affrontement du public de Dour.

Le verdict allait nous laisser perplexes, du moins au départ. Basées sur des loops que l’on dirait issuss de jeux vidéo des années 80, leurs compositions trempent un peu trop dans un format pop facile et répétitif. En revanche, les titres plus agressifs sortent du lot et la fin du set franchement rock allait se révéler nettement plus intéressante. En tout cas depuis le bar puisqu’il était indispensable de bien s’hydrater…

Vu que les Liégeois de Pale Grey étaient aux Ardentes la semaine dernière et que leur pop bien propre sur elle (à l’instar de leurs uniformes) n’avait pas l’air de faire décoller une assistance faible et dissipée à la Petite Maison dans la Prairie, c’est sous la Jupiler X Marquee que l’on a été en prendre plein les oreilles avec We Are Enfant Terrible.

De loin, on pense entendre du rock contestataire avec une voix féminine mais, une fois sous le chapiteau, les influences se rapprochent davantage d’une électro agressive à la Crystal Castles en moins criard, même si la chanteuse s’égosille et saute dans tous les sens. Elle porte une jupe parée de mini hamburgers alors que ses deux complices de virée (un batteur et un guitariste) arborent un t-shirt burger géant. Derrière une attitude faussement rebelle se cache une volonté de mettre le foutoir mais la chaleur suffocante ne les aura pas aidés.


Direction ensuite la Cannibal Stage où d’autres Français, ETHS, faisaient trembler le chapiteau à coups de riffs dévastateurs et de voix hurlante. Rien de bien surprenant jusque là puisqu’il s’agit du propre de cet endroit du festival. Là où cela devient plus curieux, c’est que la voix en question provient d’une chanteuse. Et assez agréable à regarder en plus. Cela ne doit toutefois pas laisser oublier que pour des novices, les subtilités sont assez difficiles à cerner et si l’énergie a beau être présente, cela finit souvent par tourner en rond.

C’est donc sous la Jupiler X Marquee que l’on a été se mettre momentanément à l’abri des décibels. Jusqu’à ce que The Joy Formidable entament leur set pour être précis. Car ils ont beau n’être que trois sur scène, cela joue de manière puissante. Et la toute frêle chanteuse Ritzy Bryan n’est pas la plus inactive de la bande, elle qui assure littéralement avec sa guitare. Ceci dit, le batteur impressionne lui aussi et le gong qui trône derrière lui va agrémenter leur set à de nombreuses reprises en lui conférant une certaine diversité.


“Wolf’s Law”, leur deuxième album sorti en tout début d’année a permis d’asseoir leur réputation assez brute tout en rendant leurs compositions nettement plus gracieuses et accessibles (“This Ladder Is Ours”, “Little Blimp”). Mais sur scène, le naturel revient avec des moments particulièrement destructeurs (“The Greatest Light Is The Greatest Shade”, “Whirring”). Finalement, c’est peut-être bien ce qui fait leur charme. N’empêche, leur set aura été un des plus captivants de ce samedi après-midi.

Ceux qui s’apprêtaient ensuite à fouler la Last Arena, Mass Hysteria, sont des grands habitués du festival (c’était leur cinquième passage). Pour la petite histoire, il s’agit du premier groupe à avoir été confirmé à l’affiche de cette édition. Pendant une heure, Mouss Kelai (qui n’a pas vraiment la tête de l’emploi) et ses potes vont adopter la ‘positif à bloc’ attitude et régaler les ‘furieux’ qui s’étaient massés devant la scène. Ceux-ci vont lui obéir au doigt et à l’œil en se lançant dans des pogos, circle pits et autres walls of death, provoquant au passage des nuages de poussière aussi impressionnants que des champignons atomiques.

Si leur discours semble un rien dépassé, musicalement ils sont toujours au top et ne font aucune concession. Imaginez le point de rencontre entre Noir Désir et Rage Against The Machine au milieu d’une foule en délire. Les hymnes se succèdent: “Donnez-vous la peine”, “World On Fire”, “Mass Protect” (enregistré à Liège, “oufti” précisera le chanteur), les récents “Tout doit disparaître” et “Pulsion”. L’ambiance deviendra bouillante sur le “Enter Sandman” de Metallica alors qu’une invasion de scène massive sera organisée pendant “Furia”. Le tout dans une ambiance bon enfant. Pas sûr que cela aurait été pareil dans la boue il y a un an…

Le dernier dilemme de la journée s’apparentait à un véritable casse-tête. D’un côté DIIV à la Petite Maison dans la Prairie et de l’autre Suuns au Jupiler X Marquee. Les premiers n’arrêtent pas d’annuler leurs passages (notamment aux Nuits du Bota et au Trix) alors que les seconds ont sorti un excellent deuxième album avec “Images Du Futur” mais nous avaient laissés sur notre fin au Cirque Royal en mai dernier en ne jouant qu’une petite demi-heure. Pas de modification de programme de dernière minute, c’est donc sans trop de surprise que l’on a opté pour les premiers nommés.

Dans un premier temps du moins car si leur première plaque (“Oshin”) capture intelligemment des sons délicieusement new wave mixés à des influences shoegaze héritées du début des 90’s, l’interprétation live n’apporte pas grand-chose de neuf. Emmené par Zachary Cole Smith, un chanteur androgyne (ex-membre de Beach Fossils) à la voix féminine, le groupe met en avant des guitares sombres qui font irrémédiablement penser à The Cure. Pas négatif en soi, mais on s’attendait peut-être à autre chose.

On a donc traversé la plaine pour assister à la seconde partie du set des Canadiens de Suuns qui étaient justement en train de décliner l’excellent “Arena”, de loin le meilleur extrait de “Zeroes QC”, leur premier album sorti en 2010. Ce petit bijou d’électro rock permet tellement de délires que l’on est à chaque fois surpris de la direction qu’il emprunte. Le souci, c’est qu’après, tout paraît beaucoup plus fade et vu qu’ils installent une ambiance progressive, le fait de n’avoir pas été présents au début de leur set nous a été préjudiciable. Mais on ne loupera certainement pas leur prochain passage en salle.

Il faisait encore beaucoup trop lourd pour risquer de s’assoupir à la Petite Maison dans la Prairie au son du soporifique (sur scène en tout cas) Devendra Banhart. On a donc opté pour Simian Mobile Disco (live) à la Jupiler X Marquee mais là aussi, une erreur de choix nous a été fatale. Depuis que Mobile Disco a été rattaché à Simian (que l’on avait vu en première partie de Supergrass à l’AB en décembre 2002), le style a franchement viré électro malgré l’arrivée dans l’aventure de John Ford, le producteur des deux premiers albums d’Arctic Monkeys). Soit. Voir deux DJs qui passent des disques et qui tournent des boutons, cela n’a rien d’excitant, pas plus que d’écouter le flow ininterrompu des rappeurs de Jurassic 5, aussi légendes du hip-hop soient-ils. Encore que, depuis le bar du petit bois, cela passait encore assez bien…

Photos © 2013 Olivier Bourgi

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