Raismes Fest 2013 : berdoulle et fricandelles al grante ducasse du métal

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Samedi 14 septembre. La semaine qui vient de s’écouler a été franchement pénible et c’est avec un plaisir non-dissimulé que j’enfourche mon fier destrier pour gagner le nord de la France. 120 bornes à tirer, ce n’est pas la mer à boire, surtout si c’est pour assister à la quinzième édition du Raismes Fest ! Il est dix heures du matin et Bruxelles subit les caprices d’une météo tirant fortement vers l’humide. Un nuage noir m’accompagne tout au long du périple. Entre deux grincements des balais d’essuie-glaces, il me semble entendre la voix désincarnée de Dany Boon susurrer : ‘T’es maboule tiz’aute ? ch’timps i’est à l’pleuf, t’as pas fini d’marcher dins l’berdoule !’
Va au diape Dany, j’ai mis min K-Way !


Il est 11h35 lorsque je gare mon véhicule dans l’une des ruelles boueuses jouxtant le Château de la Princesse d’Arenberg. Comme par miracle, la pluie a cessé de tomber. Au loin, les premières notes de “Jailbreak” prennent un malin plaisir à m’indiquer je j’ai manqué (de peu) le début des festivités. Emerald plays Thin Lizzy vient d’entamer sa (trop courte) demi-heure d’hommage à la plus célèbre des formations hard rock irlandaise. De l’extérieur de l’enceinte du château, la ressemblance entre la réplique lilloise et son modèle dublinois est presque magique. La voix d’Emeric (chant, guitare) est si proche de celle du grand Phil Lynott que je suis (presque) déçu de constater, en me plantant face à la Main Stage, que le musicien français n’est ni bronzé, ni détenteur d’une chevelure hirsute. Sympathique ouverture.


Outbreaker ayant déclaré forfait, c’est à Noise Emission Control que revient le privilège d’inaugurer la ‘Scène Découvertes’. Le groupe, originaire de Douai (NDR : à une quarantaine de kilomètres de Raismes) qualifie sa musique de ‘High Energy Rock’ et, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il ne nous trompe pas sur la marchandise. Mené par un vocaliste survolté, Noise Emission Control nous balance un mélange hyper-burné de Métal, de Stoner, de Punk et de Rock’n’Roll dans les esgourdes. Un coup de fouet salutaire qui réveille les derniers endormis !


La vie des organisateurs de festivals n’a rien d’un long fleuve tranquille. Après l’annulation d’Outbreaker, le Raismes doit faire face à un problème majeur : les Tunisiens de Myrath n’ont pas pu obtenir leur visa et doive se résoudre à annuler leur prestation française. Contactée à la dernière minute, la formation orléanaise Wild Dawn est venue à la rescousse. Le groupe s’est levé à l’aube et a parcouru quatre cent bornes afin de faire exploser quelques bombes Heavy Rock/Stoner sur le site du Raismes. Le set est carré et les compos accrocheuses nous font (presque) oublier la déception qu’avait provoquée l’annonce du forfait de Myrath. Le gig se termine de manière fracassante avec un magnifique solo de guitare interprété en ‘immersion totale’ au centre d’un parterre conquis.

L’absence de Bernie le Keupon, mon (jadis) fidèle compagnon de route a beaucoup de mal à passer. Son regard de bestiau catatonique me manque énormément et la météo maussade m’incite à la mélancolie. Si vous êtes de ceux qui ont apprécié le récit de nos
tribulations
lors de l’édition 2012 du Raismes Fest, vous comprenez qu’en souvenir de ces moments plaisants passés en compagnie de la bête, je me dois de retenter l’expérience de l’’Américain’ (NDR : ce plat traditionnel de la gastronomie festivalière raismoise dont la recette est proche de celle de notre ‘mitraillette’ belge). Afin de rendre un hommage à Myrath, dont la musique mi-orientale/mi-occidentale rapproche les peuples et les cultures, je décide d’apporter, moi aussi, une contribution à la paix universelle en internationalisant mon repas de midi : Américain/Kébab et sauce Samurai…, le tout arrosé par Cuvée des Trolls bien de chez nous, difficile de faire plus cosmopolite !


C’est donc avec la peau du ventre bien tendue, que je me positionne devant la Scène Découvertes afin d’assister au set des Loques à Terre. Un ‘cover band’ avec un nom amusant : cela sent presque la vaste blague. Et pourtant, il n’en est rien. Tout ici est on-ne-peut-plus-sérieux. Le quatuor lillois, mené par une excellente vocaliste, enchaine diverses reprises en y ajoutant un grain de sel très personnel. La prestation est énergique et nous fait patienter de manière agréable jusqu’à l’entrée en scène d’Eldorado.


Avec ses cheveux ondulés et sa barbe touffue, Jesus Trujillo, le chanteur d’Eldorado aurait très bien pu postuler pour un rôle d’apôtre dans “La Vie De Brian” des Monty Pythons. Si le look du gaillard est plutôt amusant, sa voix ne prête pas du tout à rire. Elle force même plutôt l’admiration. En quelques secondes à peine, le quatuor embarque le Raismes Fest pour un minitrip temporel vers le cœur des seventies. Le Hard Rock vintage des Madrilènes, gorgé de groove et de feeling, réchauffe la foule qui, oubliant un peu la grisaille, se pare de sourires radieux. Le tout premier moment fort de la journée !


Sur la scène opposée, Asylum Pyre doit faire face à quelques soucis techniques. Cependant, rien n’entame la motivation des Parisiens qui gardent le sourire durant les longues minutes que nécessite la résolution du problème. Après le Classic Rock remuant d’Eldorado, le changement de style est assez fulgurant. Asylum Pyre parvient cependant à s’attirer les faveurs de la foule, grâce à un métal progressif technique et enjoué, superbement rehaussé, il faut le dire, par le chant de la jolie Chaos Heidi. Cette dernière, grande, mince et toujours souriante en étonnera plus d’un par la diversité de sa palette vocale.


Retour à la grande scène où Elvenking fait une entrée remarquée. Pour son tout premier concert français, la formation folk/power métal sort le grand jeu : intro épique, masques vénitiens et intrigantes tuniques noires. L’intro terminée, les masques tombent et révèlent des visages maquillés comme des Fiat volées. L’excitation engendrée par cette entrée théâtrale baisse d’un cran lorsque nous découvrons la suite du show qui, sans être ennuyeux n’est pas vraiment des plus excitants. La musique d’Elvenking mixe le métal épique de Rhapsody Of Fire et les envolées folkloriques de Skyclad. Le maquillage guerrier et l’utilisation du violon évoquent l’univers de Turisas, l’énergie féroce du combo guerrier finlandais en moins. Un concert agréable, mais sans plus.


La scène découverte enchaine avec le terrible Gang de Fismes en Champagne-Ardenne. Cette formation Heavy/Trash Old School écume l’underground Hexagonal depuis plus de vingt ans. Contrairement aux Transalpins qui les ont précédés, Gang ne semble pas accorder beaucoup d’attention à son côté visuel et préfère se concentrer sur l’efficacité. Si le style très classique du groupe ne fait pas l’unanimité chez les festivaliers, il permet, en tout cas, aux amateurs du genre (dont je fais partie) de passer un excellent moment.


Faire l’unanimité, par contre, cela semble être un jeu d’enfant pour Bukowski. Avec son Power Hard Rock ultra-plombé et son envie communicative d’en découdre, le quatuor parisien n’éprouve aucune difficulté à se mettre le Raismes Fest dans la poche. Sa prestation marquera, pour beaucoup, le véritable début des Festivités. C’est d’ailleurs à cet instant précis que mes deux nouveaux amis fidèles (Hugues et son imposant téléobjectif) se pointent sur le site pour tenter de me faire oublier l’absence de l’immonde Bernie et de son petit Nikon velu. Si je suis extrêmement reconnaissant envers Hugues pour avoir bien voulu égayer ma prose avec ses jolies images, je me dois de souligner que sa stature imposante (deux bons mètres pour 130 kg de muscles) et son sourire farouche de guerrier Nervien refroidissent quelque peu mes ardeurs venimeuses. Mes fidèles lecteurs ne retrouveront donc pas, aujourd’hui, l’habituel quota de commentaires désobligeants et de méchanceté gratuite envers la communauté des chasseurs d’images qui fait habituellement le charme de mes articles. Cette parenthèse étant fermée, revenons-en à Bukowski et à son set tellurique qui nous permet de visualiser et d’entendre ce qu’aurait pu donner le mariage contre-nature de Motörhead et Monster Magnet. Cinquante minutes de Heavy Rock’n’Roll plombé : il n’en fallait pas plus pour mettre Raismes à genoux ! Monumental.

Encore abasourdi par la prestation des Franciliens, j’ai un peu de mal à accrocher au Death Métal de Komah. N’allez surtout pas croire que nos compatriotes aient démérité face à nos voisins français. Bien au contraire, la foule massée devant la Scène Découvertes semble être aux anges. Je ne suis tout simplement pas d’humeur extrême aujourd’hui. Tant pis pour moi !


La pluie, qui nous avait laissé tranquilles depuis le début des festivités, fait un retour en force alors qu’Evile investit la grande scène. Le groupe Anglais nous avait fait une grosse frayeur en annonçant le départ imminent de son lead guitariste quelques jours avant le festival. Malgré l’annonce de sa retraite anticipée, Ol Drake est présent aujourd’hui, sur les planches du Raismes Fest, pour distiller (une dernière fois, peut-être) un maelstrom de riffs tranchants et de soli véloces en compagnie de ses futurs ex-compagnons de route. Les amateurs de Thrash Métal (NDR : facile de les reconnaitre, ce sont ceux qui ne se sont pas réfugiés sous les tentes des dealers de CDs et de T-Shirts) subissent courageusement l’assaut des éléments tout en prenant un pied d’enfer.


Après ce set aussi décapant qu’humide, nous partons à la découverte de Ricky Dozen. Cette formation, basée à Dieppe (Haute-Normandie), distille un heavy rock burné et énergique dont les racines sont bien ancrées dans les seventies. Le chanteur est excellent et la musique on ne peut plus entrainante. Sans doute l’un des concerts les plus marquants de la Scène Découvertes 2013.


Si nous ne changeons pas tout à fait de registre musical avec Audrey Horne, nous passons tout de même à un niveau nettement supérieur. Accueillis par un public conquis d’avance, les Norvégiens démontrent, titre après titre, que leur fantastique
Youngblood
est taillé pour la scène. La paire de bretteurs formée par Ice Dale (Enslaved, I) et Thomas Tofhagen (Sagh) impressionne autant par son charisme que par sa technique imparable. Toschie, le frontman tatoué, n’épargne aucun effort pour s’attirer les faveurs de la foule. Une prestation envoutante. À classer impérativement dans le top 3 de la journée !

La fatigue et la faim commencent à se faire sentir. Le premier titre joué par JC Jess ne m’encourage pas à rester pour la suite. Entre ce Heavy Métal pas franchement bluffant et l’appel de la fricandelle, le choix est vite fait. Je profite du répit digestif qui suit pour tailler le bout de gras avec Tony Carlino. Sans me dévoiler ses précieux secrets, l’organisateur du PPM Fest m’annonce qu’il a prévu du très lourd pour l’édition 2014. Voilà qui nous promet un mois d’avril heureux !


J’ai un peu honte de l’avouer mais ma connaissance de la discographie de Pendragon se limite à l’album “The World” sorti en 1991. Mon collègue Hugues, par contre, semble absolument incollable sur le sujet. Malheureusement pour la véracité de cet article, c’est moi qui suis en charge de la rédaction et les fans du groupe Rock Progressif anglais devront se contenter de ma prose mitigée et inconsistante. Inconsistante, parce que je ne maitrise pas vraiment le sujet et mitigée, parce que la prestation du groupe ne m’a convaincu qu’à moitié. Je dois quand même reconnaitre que Pendragon à la classe. Nick Barret affiche un sourire permanent, ce qui le rend fort sympathique. Outre son aspect avenant, le chanteur/guitariste possède une voix superbe et les duels sonores qui l’opposent au claviériste Clive Nolan tiennent parfois du merveilleux. Cependant, pour le pékin qui, comme votre serviteur, ne les connait pas sur le bout des doigts, ces compositions à rallonge finissent par générer un état de somnolence inconfortable et une légère envie d’aller chercher le réconfort auprès d’une succulente Cuvée des Trolls.


Pour faire oublier l’humidité et la fraicheur de la nuit qui est tombée sur le parc du Château de la Princesse et pour annihiler la torpeur qui s’est emparée du Fest, il n’y a rien de tel que le Rock’n’roll hyper-burné des furieux Sticky Boys. Les ‘boys’ sont LE power trio par excellence. Une basse, une guitare et une batterie maniées à l’arrache par trois chevelus colériques passés experts dans l’art de manipuler les foules. En trois secondes chrono, Raismes tape du pied, headbangue, danse et chante à tue tête. L’une des prestations les plus électrifiantes de cette excellente cuvée 2013.


Après cet électrochoc vivifiant, les châtelains d’un jour que nous sommes sont fin prêts pour affronter la dernière ligne droite. Fan de Y&T depuis 1982, je n’ai jamais eu l’occasion de les voir en scène. C’est vous dire si j’attends le début du set avec impatience. Plantés sur le côté de la scène, Dave Meniketti et ses sbires attendent le bon vouloir de la sono. Après une petite remise à l’ordre gestuelle, les speakers déversent (enfin) dans les oreilles ravies de la foule l’intro ‘made in the jungle’ du classique “Black Tiger”. Contrairement à celle de Pendragon, la prestation d’Y&T ne nous laisse aucun répit. Les américains enchainent hits et classiques avec un enthousiasme qui fait plaisir à voir. “Mean Streak”, “Hard Times”, “Winds Of Change” tout est bon pour faire remuer le Raismes ! Dave Meniketti, qui fêtera son soixantième anniversaire à la fin de cette année, est absolument impérial dans son double rôle de chanteur et de guitar-hero. Malgré ses quarante ans de carrière (NDR : la formation de Y&T remonte à 1974) le Californien n’a absolument rien perdu de sa superbe. Ses soli de guitares sont bluffants au possible et sa voix… bon sang, quelle voix ! Comment ne pas succomber à l’intro acoustique du fantastique “Midnight in Tokyo” ? Les trois autres membres du groupe ne sont pas en reste : Brad Lang, le bassiste charismatique qui remplace Phil Kennemore depuis 2011, John Nymann , le guitariste rythmique et le batteur Mike Vanderhule, non contents d’être maitres dans l’art de manier leurs instruments respectifs, sont tous trois d’excellents choristes et leurs harmonies vocales frisent la perfection absolue ! L’heure et demie allouée aux Américains passe à une vitesse subluminique et c’est presque déçus, mais heureux, que nous entendons résonner la célèbre intro du classique “Forever” qui marque souvent la fin des concerts du groupe. Réclamés à tue tête par une foule avide, Meniketti & Co reviendront, tout sourires, déverser quelques décibels supplémentaires avant de rendre le parc du château de la Princesse d’Arenberg aux oiseaux et aux écureuils.

Malgré une affiche de grande qualité, cette quinzième édition du Raismes Fest n’aura pas connu les records de participation de l’année dernière. Nous mettrons cela sur le compte de la crise financière et d’une météo peu clémente. Il ne reste qu’à espérer que cette soudaine désaffection pour le merveilleux festival ne mettra pas en péril l’organisation de la seizième édition. Et si celle-ci à lieu, je serai présent. Car je l’affirme haut et fort : Raismes Fest, j’ t’ai quer et j’sus fou d’ti !

Avant de terminer, je tiens à remercier le photographe Alain Boucly qui a gentiment accepté de nous confier quelques superbes clichés de Noise Emission Control, Wild Down, Elven King, Bukowski, Les Loques à Terre, Gang et Asylum Pyre afin de nous permettre de compléter notre collection personnelle.

Les autres photos de

Y&T
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Sticky Boys
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Pendragon
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Audrey Horne


Ricky Dozen
|
Evile

Photos © 2013 Alain Boucly et Hugues Timmermans

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