MFVF11 : interview de Charlotte Wessels

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L’année 2013 est un excellent millésime pour le groupe néerlandais Delain. Il faut bien reconnaître que la formation créée par Martijn Westerholt (claviers) et menée par la charismatique Charlotte Wessels ne chôme pas : après la croisière 70.000 Tons of Metal, le groupe a joué au Japon, en Amérique du Sud, en Grande-Bretagne, en Amérique du Nord, ainsi que dans nos contrées. Il a aussi sorti un album de compilation comportant des inédits et des titres en live. Charlotte, Martijn et leurs comparses (Sander Zoer à la batterie, Otto Schimmelpenninck à la basse et Timo Somers à la guitare) étaient aussi à l’affiche du Metal Female Voices Festival qui s’est tenu à Wieze en octobre dernier. Avec un affiche alléchante puisqu’ils ont été rejoints sur scène par Sharon Den Adel de Within Temptation. Charlotte nous a gentiment accordé un entretien une paire d’heures seulement avant de monter sur scène. Compte rendu de la rencontre.


Music in Belgium: Bonjour Charlotte. 2013 est une année fertile en événements pour Delain. Vous rentrez d’une tournée américaine où vous avez assuré la première partie de Kamelot. C’était comment l’Amérique ?

Charlotte Wessels: Incroyable et intense. Là-bas, les distances sont si grandes que les déplacements entre les lieux de concert ont pris parfois des journées entières. Mais l’ambiance était fantastique et je pense que nous avons conquis des nouveaux fans. Nous avons aussi pu nous rendre compte que nous avions pas mal de fans américains. N’ayant jamais été en tournée aux States, nous ne savions pas vraiment à quoi nous attendre. Nous avons été agréablement surpris par la réaction du public et le nombre de fans qui nous attendaient de l’autre côté de l’Atlantique.

MiB: Delain a pourtant participé à l’édition 2013 de la croisière 70000 Tons of Metal ?

Charlotte Wessels: Oui en effet et nous avions joué une fois au ProgPower. Mais ce sont les deux uniques fois que nous avions joué aux États-Unis. Mais quand on fait une véritable tournée et que l’on voit le public chanter les paroles de nos chansons, cela fait quelque chose. Cela fait vraiment plaisir à voir !

MiB: Delain a beaucoup de fans en Europe et on peut dire qu’il y a même parmi eux quelques vrais acharnés. Je crois savoir que certains fans vous ont carrément suivi en Amérique… Cela doit faire une drôle d’impression, non ?

Charlotte Wessels: Oui, c’est formidable. Cyril, un fan français, a fêté son 100e concert de Delain. Mais il n’était pas seul. Ils sont tout un petit groupe à nous suivre un peu partout.

MiB: Cette fidélité des fans ne vous donne-t-elle pas l’envie de créer un fan-club officiel ?

Charlotte Wessels: Nous y travaillons. Nous avons une personne qui est chargée de tout centraliser, qui va jouer en quelque sorte le rôle de coordinateur. Il y a déjà plusieurs fan-clubs nationaux qui vont acquérir le statut de fan-club officiel. Nous allons essayer d’avoir un fan-club officiel dans chaque pays. Une fois que cela sera prêt, nous mettrons en place un forum centralisé, sans doute une page Facebook, où tout le monde pourra se retrouver.

MiB: La vie d’artiste n’est-elle pas trop difficile à concilier avec la vie privée ? Delain a atteint un niveau supérieur et les sollicitations sont nombreuses.

Charlotte Wessels: C’est en effet très difficile. Je suis en train de préparer mon travail de fin d’études et j’avais espéré pouvoir y consacrer une petite heure par jour pendant la tournée. Je n’y suis pas parvenue et j’ai donc pris un retard considérable. Mais cela n’est pas si grave. Il y a tellement d’étudiants qui prennent du retard dans la rédaction de leur travail de fin d’études… Et ils ne sont pas en train de voyager en permanence aux quatre coins du monde! C’est donc un peu difficile à gérer, mais je suis jeune et je n’ai pas beaucoup d’attaches. Je profite donc de ma carrière de chanteuse.

MiB: Et qu’en pensent ta sœur et tes parents ?

Charlotte Wessels: Ils sont fiers de moi. Mais ils tiennent à ce que je termine mes études.

MiB: Tes parents pensent peut-être, comme beaucoup de parents, que chanteuse, ce n’est pas un métier…

Charlotte Wessels: (rit) Il y a un peu de cela, oui.

MiB: Pourtant Delain a grandi à un point tel qu’il est presque devenu possible d’en vivre ou est-ce juste une impression ?

Charlotte Wessels: Ce serait bien en effet d’arriver à en vivre. Mais mes études me passionnent et c’est pourquoi je compte les terminer. En plus, elles me donnent aussi idées de textes. Je viens par exemple de faire un stage très intéressant dans le monde de l’art.

MiB: Y as-tu trouvé l’inspiration ?

Charlotte Wessels: Tout à fait. L’inspiration me vient à la fois des études, de ma vie privée et de ma carrière musicale. Il est difficile de dire ce qui m’inspire le plus. Les trois sont indissociables. Le fait est que j’ai l’impression d’avoir beaucoup évolué au cours de l’année écoulée. Mon regard sur certaines questions a changé. Et cela va certainement se sentir dans certains de mes textes.

MiB: Où en sont les préparatifs du concert Masquerade (le 8 novembre au Patronaat à Haarlem) ?

Charlotte Wessels: Le concert sera très spécial. Nous sommes très impatients d’y être, même s’il reste une foule de choses à régler avant. Mais je ne veux pas en dire trop pour ne pas gâcher l’effet de surprise… Une chose est sûre: ce sera un spectacle hors norme. Comme le nom «Masquerade» l’indique, ce sera une fête costumée et nous espérons que le public participera en venant déguisé et masqué.

MiB: On a pu lire sur les réseaux sociaux que vous avez déjà eu quelques séances d’écriture. Où en est la préparation du prochain album ?

Charlotte Wessels: Nous y avons déjà beaucoup travaillé. En fait, j’ai décidé d’en parler sur Facebook afin que les fans puissent suivre le processus de création. Nous aimons beaucoup l’interaction que cela crée avec les fans. La plupart des gens sont impatients d’entendre des nouveaux titres.

MiB: Votre dernier opus «Interlude» portait bien son nom. Ce n’était pas tout à fait un album à part entière. On y trouvait un peu de tout.

Charlotte Wessels: Certains l’ont qualifié d’EP. Pourtant, il y avait plus de morceaux que sur un EP normal. Mais ce n’est pas vraiment non plus un album studio à part entière. C’est une espèce de patchwork de morceaux inédits, de versions alternatives de morceaux existants, de covers et de titres en live. En fait une jolie palette illustrant divers aspects de la musique de Delain. Avec en prime un DVD bonus qui montre le groupe en tournée et dans les coulisses des concerts.

MiB: Peux-tu déjà lever un coin du voile à propos du nouveau cd et du style de musique que l’on y trouvera ?

Charlotte Wessels: Il est encore trop tôt pour parler du style général de l’album. Ce que je peux déjà dire, c’est que nous avons signé chez Napalm. Le label a confiance en nous sur le plan artistique. Cela fait toute la différence avec notre album précédent «We Are The others» pour lequel nous avons dû nous battre pour préserver notre vision artistique. Maintenant, nous travaillons en toute liberté, sans pression aucune. Et cette liberté nous permettra d’explorer des pistes musicales que nous n’osions pas envisager auparavant. Nous laissons libre cours à notre créativité et c’est très productif.

MiB: Timo participe à beaucoup d’autres projets en marge de Delain. Les autres membres du groupe sont-ils tentés par une expérience solo. Je crois avoir lu que tu as écrit la musique d’une série pour la TV néerlandaise ?

Charlotte Wessels: C’est exact. J’ai écrit la musique du pilote d’une série intitulée «Queer Amsterdam» et j’y ai pris beaucoup de plaisir. Une fois que j’en aurai terminé avec mon travail de fin d’études, j’ai bien l’intention de profiter d’un moment plus calme pour poursuivre le projet. J’aimerais que la musique de Queer Amsterdam puisse être entendue quand la série sera diffusée et/ou sous une autre forme accessible à tous. J’ai écrit cette musique. Le pilote est prêt et a déjà été projeté dans certains festivals où il a reçu un excellent accueil. La projection dans la plus grande salle d’Amsterdam s’est faite à guichets fermés. Toutes les places avaient été vendues.

MiB: Ta participation à ce projet est-elle le reflet d’un engagement quasi politique ?

Charlotte Wessels: Voici comment les choses se sont passées. Mes études portent sur la problématique du genre. Cette formation est suivie par des personnes de toutes sortes d’horizons différents. Je me suis retrouvée au cours avec une jeune réalisatrice. Un jour, elle se plaignait de la difficulté de trouver une musique pour accompagner son film, à cause des droits d’auteur parfois prohibitifs à payer. De mon côté, je me plaignais que notre musique n’est jamais utilisée au cinéma ou à la télévision… C’est alors que nous avons eu l’idée de travailler ensemble. Ce n’était donc pas un choix «politique» au vrai sens du terme, mais plutôt le résultat d’un concours de circonstances. Cela dit, il se fait que j’ai dans mes fréquentations beaucoup d’amis homosexuels. Le choix de ce projet aurait donc aussi pu être guidé par un certain engagement de ma part en faveur de cette cause.

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