Le late night show de Primal Scream au Vooruit

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Preuve que la roue peut parfois tourner vite en musique, il y a encore un an, les Ecossais de Primal Scream n’avaient plus de contrat avec une maison de disques. Cela ne les a pas empêchés d’enregistrer “More Light”, un des albums les plus vindicatifs de l’année, publié au mois de mai sur leur propre label. C’est au Vooruit que Bobby Gillepsie et ses comparses l’ont défendu ce mercredi 13 novembre. Un late night show (le concert a débuté à 22h15) assez coutumier dans la célèbre salle gantoise qui permet à tout un chacun de se mettre en condition à son aise (on vous conseille en passant le café du Vooruit, son architecture majestueuse et sa carte de bières spéciales). Le revers de la médaille, c’est que tout peut se terminer assez tard, surtout lorsque le groupe retrouve une seconde jeunesse.

Ceci dit, même s’ils sont habitués des festivals (particulièrement des Lokerse Feesten où ils jouent une fois tous les deux ans depuis 2009), il était impensable de les louper en salle tant leurs passages dans celles-ci sont rares (ils avaient d’ailleurs annulé leur dernière visite prévue à l’AB en septembre 2008). Ce soir, après les prestations de deux DJs aux noms improbables mais à la programmation impeccable (The Stone Roses, The Jesus & Mary Chain, Spaceman 3…), les vétérans de la scène indie britannique étaient bel et bien présents, prêts à en découdre avec un public rock ‘n’ roll.

Sans grande surprise, c’est avec “2013”, l’excellente plage d’intro de leur dernière plaque, qu’ils vont entamer les débats, suivi du musclé “Hit Void”, une autre tuerie qui prouve qu’ils sont loin d’avoir abdiqué et que leur génie créatif semble toujours bien affûté. Le souci, c’est que la balance laisse à désirer. La voix de Bobby Gillepsie est en effet tout à fait noyée sous les riffs de guitare prononcés d’Andrew Innes. La perception en prend dès lors un sacré coup, surtout que le leader (qui n’a que la peau sur les os), ne semble pas très enclin à se démener.

Pas un sourire, pas un mot entre les morceaux (en tout cas avant une bonne moitié de set), les mains dans les poches ou les bras croisés lorsqu’il ne tourne pas le dos au public, il a clairement l’air de ne pas prendre son pied sur scène. Heureusement, cela s’arrangera par la suite… Derrière lui, la nouvelle bassiste Simone Butler (qui a un peu le look rebelle d’une jeune Shirley Manson) a l’air de très bien s’entendre avec le second guitariste Barrie Cadogan.

Du fait de la bouillie sonore, on ne va pas tout à fait profiter d’une première salve de hits dont un “Jailbird” qui va faire réagir les spectateurs et un “Burning Wheel” à la ligne de basse digne des meilleurs moments des Stone Roses (logique, c’est tout de même Mani qui l’a composée à l’époque). On remarquera également l’absence du saxophone qui avait quelque peu tapé sur le système à Lokeren au mois d’août.

Et c’est justement à ce moment que l’on profitera enfin de la voix du leader, c’est-à-dire lorsque le groupe s’embarquera dans une visite approfondie de “More Light”. Même si on pourrait reprocher une méticulosité exagérée ou des longueurs inadaptées au disque (qui approche les 70 minutes, chose assez rare en 2013), les versions live prennent par moments une toute autre direction. Prenez par exemple le prenant “Walking With The Beast” et “Goodbye Johnny” aux deux guitares complémentaires. Ou encore le curieux “Turn Each Other Inside Out” aux nappes de blues explosives qui vont le transcender.

Bon, évidemment, tout n’est pas parfait, à l’instar d’un inégal “Relativity” bardé d’un orgue 60s et de “Tenement Kid” dans la même veine somme toute assez barbante. On pourrait également y ajouter “It’s Alright, It’s OK”, un peu trop conventionnel à notre goût, d’autant qu’il a été joué après un souci technique qui a contraint les roadies à intervenir en urgence pour remplacer un des retours sur scène.

Tout rentrera finalement dans l’ordre et l’hypnotique “Swastika Eyes” aux jeux de lumière affolants va enfin permettre au leader de se dérider et de se lâcher, surtout que “Country Girl” et “Rocks” vont lui permettre une véritable communion avec un public aux anges. Mission accomplie, il a esquissé un sourire avant de quitter la scène après 90 minutes d’une prestation qui s’est bonifiée au fil du temps. Et sans avoir joué un seul extrait de leur chef d’œuvre, “Screamadelica”.

Ce que l’on ne savait pas encore, c’est que les rappels allaient non seulement s’y plonger allègrement, mais que le show était encore loin d’être terminé. Un allongé “Higher Than The Sun” revisité aux multiples rebondissements va tout d’abord régaler une foule de plus en plus réceptive. Entamé sur un tempo ralenti et conclu en jam improvisée, il verra le groupe emprunter une voie psychédélique particulièrement séduisante, avec moins de drogue qu’à l’époque.

“Loaded” va évidemment récolter un maximum de suffrages alors que “Movin’ On Up” sera lui aussi complètement métamorphosé. Moins inspiré par les Rolling Stones qu’à l’accoutumée, au contraire du très vieux “I’m Losing More Than I’ll Ever Have” balancé entre-temps. Bizarrement, après une concertation collective, ils vont jouer “Rocks” une seconde fois avant de disparaître pour du bon. Quitte à assurer un late night show, autant aller jusqu’au bout du concept… En tout cas, avec 2h15 au compteur, on a sans doute assisté à notre concert le plus long de l’année, même si au final, le terme inégal est celui qui lui conviendrait le mieux.

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