Banane Metalik au Magasin 4 : the pogoting dead

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‘Que tes morts revivent ! Que mes cadavres se relèvent ! Réveillez-vous et tressaillez de joie, habitants de la poussière ! Car ta rosée est une rosée vivifiante, Et la terre redonnera le jour aux ombres’. Le prophète Isaïe était si pressé de nous décrire l’Apocalypse, qu’il avait omis de nous préciser la date et le lieu. Nous sommes donc très heureux de pouvoir remettre les pendules à l’heure : l’apocalypse et la résurrection des morts c’était vendredi dernier, au Magasin 4 de Bruxelles ! Note préliminaire : Après avoir attristé des milliers d’enfants sages en privant le Grand-Saint de son exotique compagnon de route, l’ONU poursuit son œuvre de désinformation en s’acharnant sur un autre duo mythique. Prenant pour prétexte une hypothétique discrimination envers une minorité agonisante, l’O.R.G.A.N.I.S.A.T.I.O.N. nous a demandé de ne plus qualifier notre photographe de ‘Keupon Mono-neuronal’ et nous a conseillé de le présenter aux lecteurs sous un meilleur jour. Les empêcheurs de pogoter en rond nous ont même conseillé un profil idéal : Bernard ; quarantenaire au physique avenant ; ingénieur le jour / passionné de rock et de photographie le soir ; habitant les cartiers aisés du Brabant Wallon ; ayatollah de l’iPhone et du Mac ; amateur de Whisky millésimé et de voitures rapides (NDR : honnêtement qui, à part les idéalistes d’une organisation intergouvernementale, pourrait croire en l’existence d’un tel âne ?).


Il est presque 21h et je ne décolère pas ! L’avenue du port grouille de crêtes, de cuirs et de clous et j’ai l’étrange impression d’avoir été envoyé dans un univers parallèle. Un monde improbable dans lequel le punk n’est pas mort en 1977. Sans Bernie pour assurer mes arrières, je me sens aussi démuni qu’un unijambiste dans un concours de coups de pied au cul. Ce n’était franchement pas le jour pour m’imposer ce glandu de Bernard. Prenant mon courage à deux mains, je franchis le portique, suivi d’un peu trop près par le bellâtre. Heureusement, le sourire avenant du personnel du Magasin 4 et un crochet par le bar me sont salutaires. Je suis même presque détendu lorsque le premier groupe entre en scène. The Raunchy Rumors donne dans le rock’n’roll pur jus. L’affaire est réduite à sa plus simple expression : un guitariste/chanteur, trois accords et un rigolo qui reste debout pour cogner son tambour (NDR : deux futs et une cymbale, peut-on vraiment appeler cela une batterie ?). La salle se divise instantanément en trois clans distincts. Les punks, qui discutent bruyamment en ignorant la nuisance sonore. Les rockers, qui apprécient et acclament le groupe tout en restant loin… très loin de la scène. Les danseurs, qui transforment le pit en ‘boum’ pour ados. Nous remercions d’ailleurs ‘Johnny-Jambes-Agiles’ et ‘Mary-Queue-de-Cheval’ qui, en virevoltant gracieusement d’un bout à l’autre de la salle, ont un peu égayé la prestation monotone des Raunchy Rumors.


Il y a déjà quatre ans, l’album
Nice To Meat You
des Banane Metalik m’avait troué si profondément le fondement que je m’étais laissé aller à lui attribuer une note maximale dans la rubrique ‘chroniques’ de votre webzine préféré. Autant dire que pour le concert de ce soir, mes attentes sont plutôt élevées.

Il est 22h20 lorsque les lumières s’estompent. Une version ‘Gore’n’Roll de la bande originale du “Parrain” de Coppola nous est offerte en guise de mise en bouche. Balayant le rideau de fumigènes, les projecteurs nous révèlent un spectacle terrifiant : Cinq ‘Walkers’ évadés de la série ‘The Walking Dead’ ont envahi la scène et se sont emparés des instruments. Dans la foule, c’est la panique générale, les corps s’entrechoquent, les bras et les jambes moulinent dans un pogo infernal. Sur les planches, les zombies sont retournés à l’“État Sauvage”. ’Nous sommes les Banane Metalik et on est à Bruxelles pour foutre un maximum de bordel’ éructe Ced666, le meneur de la bande de charognards colériques, avant d’entamer le subtil “Immaculée Erection”.

Les morts-vivants se sont mis sur leur 31 pour envahir Bruxelles. Vêtus de costumes trois pièces et fièrement chapeautés de Borsalinos, ils déchirent tout ce qui passe à leur portée. ‘Cette tournée s’appelle le Gorefather Tour’, balance encore l’affreux vocaliste dont le cou est orné d’un collier de doigts humains sanguinolents. Puis, saisissant une antique sulfateuse, il arrose les premiers rangs d’une rafale de plombs imaginaires. Le vocaliste est d’ailleurs armé jusqu’aux dents. Plus tard, il se saisira d’une batte de baseball, d’un revolver ou encore d’un hachoir de boucher pour illustrer ses propos meurtriers.


L’attitude menaçante des musiciens ne semble pourtant pas effrayer les plus jolies filles de la salle. Ces dernières, répondant à l’invitation du hurleur, envahissent la scène pour pour se déhancher au son du lubrique “Pussycat”. Sans conteste, l’un des plus jolis moments de la soirée. Bernard(NDR : Brrr, rien que le prénom me fait froid dans le dos !) qui, jusque là, se tenait courageusement en première ligne pour tenter de décrocher le cliché de sa carrière, se voit forcé de battre en retraite. Emportés par la folie dévastatrice, les premiers rangs se sont lancés dans une sarabande infernale et le chasseur d’image a peur d’ambimer son couteux appareil. Loin de vouloir calmer le jeu, Ced666 se joint aux forcenés pour profiter de la fureur ambiante.


La musique des Banane Metalik ne s’embarasse pas d’étiquettes et mélange Horror-Punk, Psycho-Billy et riffs métalliques pour le plus grand plaisir de la foule cosmopolite du Magasin 4. Afin de booster ce sanguinolent cocktail de hurlements dépravés, de guitares acérées et de batterie explosive, le groupe s’est adjoint les services d’une contrebasse atomique. Le son de l’énorme instrument est phénoménal. Le look du macchabée qui en joue aussi : calotte crânienne découpée, cerveau apparent, visage sanguinolent, il est le plus terrifiant des cinq musiciens. Pour faire succomber le Magasin 4, les affreux n’hésitent pas à revisiter tous les épisodes de leur discographie et proposent un florilège de leurs méfaits les plus horrifiques : Six titres de “Requiem de la dépravation” (1994), quatre de “Sex, Blood and Gore’n’roll” (2005) et cinq de l’excellent “Nice To Meat You” nous mènent à l’apocalypse finale.


Bien plus qu’un concert, Banane Metalik nous a offert ce soir un véritable spectacle. Son, lumière, mise en scène et ambiance morbide, tout frisait la perfection. Bien sur, nous aurions beaucoup apprécié que le groupe amène avec lui la fameuse Go Gore Dancer dont on nous avait tant vanté les mérites. Nous n’y avons malheureusement pas eu droit. Dommage. Une autre fois peut-être.

Si ce compte-rendu vous a aiguisé l’appétit, sachez que les Banane Metalik reviendront très bientôt en Belgique. Rendez-vous le samedi 30 novembre, au Trix de Borgerhout, à l’occasion de la ‘Old School Rockabilly Psychosis Night’. A vos agendas !

Les autres photos de
Banane Metalik

Photos © 2013 Bernard Hulet

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